Breaking News

De l'anti-conspirationnisme primaire à l'extrêmisme légitimiste : Réponse à Didier Destouches

27 Nov 2020 Eric Coriolan
1068 fois

Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c'est Eric Coriolan, qui nous soumet son billet.

Dans un édito publié ce samedi 21 novembre, sur CCN, l’universitaire et essayiste Guadeloupéen, auteur de « discours sur le néo-racisme », Didier Destouches, se livre à une analyse pour le moins « risquée » de la situation induite par la gestion calamiteuse de cette « crise sanitaire », que l’on pourrait tout aussi bien qualifier « d’affaire Covid-19 », par le Président de la République Française, et son gouvernement.

 
Débutant sa démonstration par une forte, et juste dénonciation du recul culturel qu’entraînent les modes de communication privilégiés par nos contemporains : smartphones, réseaux sociaux, immédiateté de l’infos ; ayant remplacés, lectures, échanges réels entre humains, recherches, expertises, approfondissements ; Didier Destouches s’enfonce ligne après ligne, dans un véritable procès en sorcellerie, contre ceux qu’il affuble du désormais galvaudé titre de « complotistes » et de « conspirationnistes ».
 
Alternant entre, critique du documentaire Hold-Up (devenu en quelques jours la référence absolue de tout chasseur de complotistes qui se respecte !), et remise en question du niveau culturel général des citoyens. Mettant dans le même sac, le professeur Didier Raoult, Éric Zemmour (juste qualifié de polémiste !), et le philosophe Michel Onfray. 
 
La distance idéologique entre Onfray et Zemmour aurait quand-même dû interpeler l’universitaire Didier Destouches, pour une première question sur la concordance de la dénonciation chez ces deux personnalités aux antipodes idéologiques l’une de l’autre… Mais non ! 
 
Il faut associer et dézinguer tout ce qui s’oppose à la parole gouvernementale ! Et s’il faut faire de l’extrême droite et l’extrême gauche un parti unique, alors c’est bon pour la traque des complotistes.
 
Selon Destouches : « Comment expliquer que de nombreux guadeloupéens se mobilisent sur les réseaux sociaux derrière des allégations délirantes d'un documentaire français sur la crise sanitaire en les diffusant, et ne bougent pas l'ombre d'un petit doigt suite aux documentaires et reportages sur la Chlordécone, les violences racistes, les inégalités sociales hors normes, les gabegies financières de certains élus, l'empoisonnement alimentaire des guadeloupéens (sucre, sel, etc…) ». Interrogations qui serait louable d’adresser aux élus en exercices ! Non ?!
 
Mais il est plus aisé en effet d’intenter un procès en sorcellerie aux citoyens exprimant leurs justes et légitimes incompréhensions, plutôt que d’interpeller les autorités sur leurs manquements, leurs silences, leurs suivismes, leurs délibérations liberticides. N’est-ce pas ?!
 
En fait, Didier Destouches n’est pas un cas exceptionnel ou isolé. Il est ce que l’on appelle un légitimiste.
 
Pour lui, la « parole officielle » fait loi. Elle doit être écoutée, respectée, exécutée. Si votre « bon-sens » vous interpelle, c'est qu'il vous joue de mauvais tours. c'est un "mauvais-sens". Mettez-le en berne, et attendez que ça passe. Brouiller la "parole publique" est un acte passible de conspirationnisme !
 
Vos libertés fondamentales peuvent être bafouées, si c’est la volonté du gouvernement !
 
La chloroquine ne peut pas vous soigner, si le gouvernement dit que c’est faux !
 
Les masques en plein-air en Guadeloupe sous 30° vous provoquent des maux de tête, des malaises. Il n’y a rien d’alarmant, le gouvernement ne veut que votre bien.
 
En réalité, l’universitaire Guadeloupéen, comme beaucoup de responsables politiques s’inscrivent dans l’esprit de L’École des néo-monarchistes (de la fin XVIIIe à la fin XIXe). Ces derniers estimaient que les principes qui étaient édictés par le système étaient tellement naturels, tellement évidents que l’on devait se contenter de les vivre (comme il est naturel de respirer l’air ! - tiens !), sans éprouver le besoin de les expliciter. 
Edmund BURKE, un anglais, libéral de formation, dit de la théorie des Droits de l’Homme, qu’elle reflète l’abstraction et la désincarnation des institutions. L’idée de souveraineté du peuple lui apparait chimérique.
Louis de BONALD par exemple, à la même époque, estime que l’autorité politique est analogue à l’autorité paternelle. Il en découle que la souveraineté du peuple à l’égal de la souveraineté des enfants, ne fait qu’engendrer le désordre. 
Joseph de MAISTRE considère, comme Bonald, que le pouvoir absolu qui coiffe la pyramide aristocratique (naturelle au gouvernement des hommes) est tempérée par son essence divine, sa légitimité catholique (le Prince gouverne sous l’œil de Dieu, des clercs et des fidèles obéissant par Dieu et pour Dieu).
 
Les références historiques expliquant cette démarche intellectuelle sont légions, et connues. 
 
Ce qui demeure par contre, énigmatique et contradictoire dans cet édito, c'est l'indispensabilité du débat démocratique qu'il semble défendre, et "en même temps", l'absolue nécessité d'obéir aux injonctions contradictoires de ceux-là même qui l'ont banni depuis le début de la "crise sanitaire".
 
La vérité est chez les gouvernants, la chercher ailleurs relève systématiquement du complotisme.
 
Enfin, en terminant son papier par "Ayons moins de défiance, et plus de confiance avant qu’il ne soit trop tard", Didier Destouches trébuche sur ce qui devrait pourtant relever d'une démarche d'universitaire, consistant à approfondir ses recherches sur l'Allemagne nazi par exemple. 
 
Il y découvrirait qu'il était extrêmement difficile de s'opposer au projet d'Hitler, démocratiquement élu. Certains hauts gradés reconnurent qu'il était inconvenable de s’attaquer à un homme auquel on a prêté serment de fidélité. Didier Destouches gagnerait également à enrichir sa culture en se renseignant sur, « Roter Stosstrupp », « Neu Beginnen », Le cercle de Kreisau, l'Orchestre Rouge, qui en alertant sur les projets funèbres du 3ème Reich, étaient affublés de... complotistes.
 
La vigilance citoyenne doit perdurer pour que l'histoire ne bégaie pas...
 
Éric Coriolan
 
Évaluer cet élément
(3 Votes)

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires