Breaking News

Le Centre des arts et de la Culture appartient à tous les Guadeloupéens

08 Déc 2020
1409 fois

Pawol Lib (Libre Propos) est une nouvelle rubrique de CCN. Notre rédaction propose donc à tous les progressistes qui le souhaitent un espace de communication, une tribune dont le but principal est de porter une contribution au débat d’idées qui fait cruellement défaut dans notre pays. Les points de vue exprimés dans « Pawol Iib » n’engageront pas nécessairement la ligne éditoriale de CCN mais il nous semble indispensable que les intellectuels, la société civile aient la possibilité de pouvoir très librement opiner dans nos colonnes. Cette fois, c'est Claude Barfleur, conseiller municipal de Pointe-à-Pitre qui nous soumet son billet.

Nous avons appris par voie de presse (France Antilles du 25/11/2020) que le Président de Cap Excellence veut décider du sort du centre des arts et de la culture en confiant son destin à une commission. D'aucuns pourraient se réjouir et se dire qu'enfin les choses vont avancer et l'on s'acheminera vers la fin de cette rénovation.

Mais quelle fin ?  L’arrêt des travaux ou leur achèvement ?

Certains se souviennent sûrement de cette phrase du général De Gaulle " quand on veut enterrer un projet, on crée une commission".

Tout est flou dans cette affaire : A quelle date cette commission sera-t-elle constituée ? Qui seront ses membres ? Comment seront-ils choisis ?  Quelle sera sa feuille de route ?

Cette dernière question a toute son importance, surtout lorsque l'on sait que dans les projets de Cap Excellence, il y a l'agrandissement du Centre Sonis, que le palais Félix Proto vient d’être inauguré, et que toutes ces structures à vocation culturelle se trouvent sur le territoire des abymes. En outre et depuis quelque temps, la municipalité Abymienne offre, à certains groupes de Mas a Pô historiquement pointois, des locaux à titre gracieux sur le territoire de la commune des Abymes afin qu’ils viennent s’y domicilier.  Existerait-il une sorte concurrence culturelle larvée entre les Abymes et Pointe-a-Pitre avec une volonté hégémonique affichée par l’équipe Abymienne ? Il y a, vous en conviendrez, de quoi se questionner sur les véritables buts de cette commission et d’être inquiet quant à la poursuite de la rénovation du Centre des Arts. A quoi bon rénover un centre des arts qui pourrait par ses capacités et sa dimension historique réduire les velléités culturelles Abymienne.

Vous me direz que les pointois ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. L’ancienne équipe qui a montré son incapacité à manager ce projet de rénovation, puisqu’elle a été inapte à monter un dossier de financement et à choisir une entreprise capable de  réaliser ces travaux. Cap-Excellence n’a pas fait mieux.  Quant à la nouvelle majorité, elle croit dur comme fer qu’il faut choisir entre la propreté nécessaire d’une ville et sa politique culturelle tout aussi essentielle.

Les récentes déclarations du nouveau maire de Pointe à Pitre ne peuvent qu'accentuer mes inquiétudes : "vendre le fleuron de la culture guadeloupéenne à des privés"….rien que ça !  Comme à son habitude, Monsieur Durimel nous montre la profondeur abyssale de son manque d’anticipation et d’imagination.  Les fautes sont grandes quand l’amour est petit.   Croyez-vous que  le président de la République, pourtant chantre du libéralisme, déciderait de vendre l'Opéra Garnier à des entreprises privées au prétexte que la France a des difficultés financières?

Le secteur privé à aussi sa partition à jouer dans cette rénovation, mais pas comme le propose certain. Rappelez-vous que, lorsque Notre-Dame de  Paris a brulé, l’État a, en 24 heures, récolté de la part des capitaines d’industries français  plus de fonds (don, mécénat, partenariat)  qu’il n’en faudrait  pour reconstruire toutes les églises de France et de Navarre. Je me refuse à croire que nos chefs d’entreprises locaux ne pourraient répondre favorablement à un tel appel.  Cela ne serait qu’un juste retour des choses à la communauté guadeloupéenne, quand on évalue la part des aides et subventions octroyées, par les collectivités locales, à nos entreprises, qui le méritent et qui en ont besoin pour oxygéner notre économie.    

Sauver le centre des arts, c’est plus que sauver Pointe-à-Pitre, c’est sauver la culture en Guadeloupe. La reconstruction du centre des arts, n’est pas une question pointoise, ni une question dépendant de Cap-Excellence, mais une réponse au problème de la diffusion de la culture dans ce pays.

J’invite l’ensemble de la population guadeloupéenne à se saisir de cette question, à se saisir de l’histoire de son patrimoine culturel, et à ne pas laisser un petit nombre décider à sa place de son destin culturel.

La rénovation du Centre des Arts doit se terminer, cet équipement cultuel doit reprendre les activités auxquelles il est destiné, les spectacles, les expositions et la transmission de savoir. Souvenez-vous du temps où tout artiste de renom inscrivait systématiquement dans sa tournée mondiale, Pointe-à-Pitre aussi bien que Paris, Londres, new-York, Sydney et bien d’autres capitales. Ces échanges culturels permettaient à ces grandes pointures du spectacle et au reste des peuples de situer et de découvrir notre très petit territoire sur la carte mondiale.    Peut-on imaginer Londres sans le Royal Albert Hall, New York sans le Carnegie Hall, Sydney sans son opéra ? J’ai la faiblesse de croire aux symboles culturels,  qui positionnent, définissent un peuple par rapport à d’autres et participent à la naissance de son soft power.

Aucun complexe culturel en Guadeloupe à par le centre des arts ne peut offrir en même temps, à un artiste, un public et à un producteur des conditions optimales d’un spectacle de qualité et rentable. Le Centre des Arts avait été conçu par sa jauge (+de 1000 places), ses espaces et équipements techniques pour le spectacle et l’activité culturelle et seulement pour cela. Ce n’est pas, comme tous les autres complexes, une composante annexe de ses activités.

 On ne peut laisser un tel monument de la culture à la seule dimension communale ou communautaire. Le centre des arts et de la culture appartient aux Guadeloupéens, il doit devenir un « Temple National». A mon sens et pour être sincère, le projet de rénovation actuel du centre des arts est insuffisant et manque d’ambition. Le centre des arts doit devenir un Conservatoire à Rayonnement Régional (CRR).

« Ces CRR attestent d’un socle qualitatif et professionnel identique (musique, danse, art dramatique.), partout et pour tous permettant de favoriser une grande diversité de profils d’amateurs comme d’étudiants intégrant l’enseignement supérieur de la création artistique ». A vrai dire, pour obtenir le label de conservatoire, il faudra répondre à un cahier des charges exigeant, ce qui, pour moi, doit être, le véritable axe du projet de rénovation du Centre des Arts. Nous devons toujours affirmer notre appétence pour l’excellence.

Aimé Césaire a dit « l’homme de culture doit être un inventeur d’âme », peut-on faire de la politique sans âme ? », Peut-on avoir une ville sans âme ? Peut-on avoir un territoire sans âme ? Peut-on avoir un pays sans âme ? L’âme de notre pays se résumerait-elle à de petits combats de clocher, à de petits comptes tenus par des comptables aveuglés par leur quotidien ?

Plus de politiques moins de comptables, plus de liens moins de biens. Je crois fondamentalement, que seule la culture à ces vertus, nous faire tendre vers un mode de vie plus ouvert et plus harmonieux.

 Claude BARFLEUR

Citoyen Guadeloupéen

Conseiller Municipal de Pointe-à-Pitre

    

 

 

 

Évaluer cet élément
(2 Votes)
CCN

Webzine cari-guadeloupéen créé en 2008. Notre premier objectif est d'établir par ce biais un véritable lien entre les caribéens, qu'ils soient francophones, créolophones, anglophones, hispanophones. L'information est donc pour CCN une matière première d'importance capitale.

Site internet : www.caraibcreolenews.com

Toute l'actu de la Guadeloupe et des Caraïbes.

Articles Populaires