France. Racisme. L’affaire Rokhaya Diallo ou les fantasmes malsains d’un homme blanc
France. Racisme. L’affaire Rokhaya Diallo ou les fantasmes malsains d’un homme blanc
Paris. Lundi 29 décembre 2025. CCN. Le journal satirique français des années 70 “Charlie Hebdo” qu’on a longtemps considéré comme étant proche de ce qu’était jadis la “Gauche “ française a visiblement changé son paradigme. Dans une caricature raciste inacceptable publiée récemment, la journaliste Rokhaya Diallo a été mise en cause. La cause de cette “maltraitance caricaturale ” est la prise de position de R. Diallo sur la laïcité
L’analyse de Cécile Vrain, journaliste française. Docteur en Histoire. Pdte des Femmes 41
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Quel rapport entre la Laïcité et une ceinture de bananes?
Aucun, a priori sauf pour Charlie Hebdo qui pour fêter Noël – on ne pouvait pas mieux choisir comme moment – a offert à ses lecteurs et lectrices un article sur la laïcité en caricaturant la journaliste et militante Rokhaya Diallo.
Vous allez me dire jusque-là rien de plus normal pour Charlie Hebdo dont c’est l’activité principale. Le problème est que cette caricature censée illustrer une polémique autour de la laïcité représente une femme noire dont les hanches sont ceintes de bananes.
On cherche toujours le rapport. Rokhaya Diallo défend une vision de la laïcité influencée par les Etats-Unis et contraire à celle de la République française. C’est son droit. Le débat est ouvert.
Charlie Hebdo, lui, défend la vision française, là aussi c’est son droit. Mais alors me direz-vous, où est le problème ? C’est simple, celui-ci se trouve dans la caricature qui illustre les propos de l’article. Pour rappel, on y voit Rokhaya Diallo presque nue puisque habillée d’une simple ceinture de bananes. Vous commencez à voir où je veux en venir. En effet, nous sommes en droit de nous poser la question du rapport entre un débat légitime sur la laïcité, alors que la République française a justement fêté les 120 ans de cette loi le 9 décembre et sa contradictrice, non pas nue à dire vrai, pire, juste habillée d’une ceinture de bananes. Cette fameuse ceinture de bananes qui rappelle le succès d’une jeune Afro Américaine venue en France à une époque où il semblait plus facile d’y vivre qu’aux Etats-Unis lorsqu’on avait la peau noire, et qui a été panthéonisée il y a peu. Panthéonisée, c’est-à-dire, dont la dépouille a été déposée dans le temple de la laïcité républicaine, ancienne église d’ailleurs. Joséphine Baker a trouvé le succès à Paris, elle qui disait avoir deux amours « son pays et Paris ». Une femme qui a su utiliser les préjugés de l’époque pour survivre mais dont on vient il y a peu de comprendre qu’elle avait été aussi un membre actif de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Enfin, le symbole n’est pas des moindres puisque c’est la première femme noire à être entrée au Panthéon.
Comme quoi ces histoires de laïcité, c’est compliqué et sujet à controverses.
Ce qui l’est beaucoup moins, c’est la représentation de Rokhaya Diallo. Pourquoi en 2025, une journaliste et militante noire doit-elle encore être représentée à travers les fantasmes malsains d’un homme blanc ? Je parle de fantasmes malsains car si le directeur de Charlie Hebdo avait voulu rabaisser Rokhaya Diallo à seulement sa couleur de peau, il aurait osé la caricaturer avec un os dans des cheveux crépus. Mais là, non, elle est nue, s’agitant – pour faire bouger les bananes exotiques et phalliques. Ce qui doit être dénoncé, ce n’est pas seulement des codes de l’imagerie coloniale relevés par Diallo et ses soutiens, ce n’est pas seulement le racisme lié à la couleur de sa peau mais aussi le sexisme. Cela fait beaucoup pour un seul dessin.
Charlie Hebdo qui se plaint d’avoir déjà été victime des accusations de Rokhaya Diallo devrait peut-être se remettre en question car en voulant défendre ici une valeur de la République, donne surtout à la partie adverse un écho à sa thèse, dont on peut penser qu’elle et ses soutiens politiques LFI et le parti socialiste en tête rêvaient. On notera d’ailleurs à cette occasion l’absence de réactions des partis de droite. C’est regrettable. Les reproches faits à Charlie Hebdo sont légitimes et surtout ouvrent un débat qui par principe ne devrait jamais se refermer. Le journal, fidèle à sa ligne éditoriale, invoque la liberté de caricature et le droit d’attaquer les idéologies, jugeant Rokhaya Diallo représentative d’un « antiracisme politique » qu’il juge communautariste et dangereux pour l’unité républicaine. Mais encore une fois, quel rapport avec une femme noire, dansant avec une ceinture de bananes ? On a beau chercher, aucun ! Charlie Hebdo s’est trompé – ce n’est ni la première ni la dernière fois – et grandirait son image en le reconnaissant.
Cécile Vrain
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