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Guadeloupe. Archives. Le vieillissement de notre population est lié à la mise en place du BUMIDOM

Guadeloupe. Archives. Le vieillissement de notre population est lié à la mise en place du BUMIDOM

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Guadeloupe. Archives. Le vieillissement de notre population est lié à la mise en place du BUMIDOM

Lundi 23 février 2026. CCN. “Gouverner la jeunesse” 1954. France Algérie Antilles, l’ouvrage publié fin 2025 par Karine Sitcharn docteure en Histoire apporte une toute nouvelle lecture de cette période historique intense que furent les  années 60 : indépendance de l’Algérie, montée en puissance de l’anticolonialisme dans les mouvements étudiants des dernières colonies françaises, création du GONG. En ayant accès à des archives jusqu’ici tenues très secrètes (les papiers de J.Foccart), Karine Sitcharn qui maîtrise parfaitement le sujet donne une approche qui dépasse le cadre historique. En effet, ce livre, grâce à de nombreux témoignages, permet de mieux comprendre comment le système  colonial français a fonctionné  au cours des précédentes décennies et pourquoi   notre société  actuelle a du mal à se libérer… À lire absolument. 

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CCN. Quels étaient les objectifs de cet ouvrage ? D’où est partie l’idée ? Qu’est-ce qui vous a inspiré

Karine Sitcharn. Ce livre est tiré de ma thèse de doctorat soutenue à l’École normale supérieure de Paris et à EHESS en décembre 2022, intitulée : « Une génération d’Algérie aux Antilles ? Une sociohistoire de la jeunesse antillaise de la guerre d’Algérie à 1972 ». L’idée de départ m’a été inspirée par un cours que je faisais à l’époque dans une classe de terminale sur l’histoire et les mémoires de la guerre d’Algérie. Soucieuse de faire appel aux ressources locales, j’avais sollicité d’anciens combattants guadeloupéens de la guerre d’Algérie pour échanger avec les élèves, mais je n’avais pas eu de réponse positive à mes demandes et un ancien combattant m’a confié ensuite qu’il n’oserait pas parler de la guerre d’Algérie devant des jeunes, car il n’était pas fier d’avoir fait cette guerre. Confrontée à cette mémoire silencieuse, j’ai compris alors qu’il y avait un sujet de recherche autour du rapport entre les Antillais et la guerre d’Algérie. Les objectifs de cette recherche c’était d’abord de comprendre s’il y avait une génération d’Algérie aux Antilles, c’est-à-dire une jeunesse mobilisée autour de l’indépendance algérienne.

Puis à l’aune des entretiens que j’ai réalisés, j’ai tenté de décrypter pourquoi dans la période 1954-1972, la jeunesse antillaise qui apparaît très fracturée sur le plan social, culturel, racial arrive à s’unir dans des mobilisations sociales, en l’occurrence au moment de l’émergence des premiers syndicats agricoles à coloration indépendantistes. Et, pourquoi cette union qui dépasse la barrière des classes sociales n’arrive pas à se faire sur la question politique et notamment sur celle de l’indépendance. En fait plus généralement je m’intéressais aux fractures entre les intellectuels et le peuple.

CCN. Votre ouvrage dépasse le cadre historique classique et acquiert une dimension sociologique, pourquoi ce choix ?

K.C. Mon parcours académique explique ce choix, ce dernier a toujours été marqué par la mise en relation de l’analyse sociologique et historique pour tenter de mieux comprendre la réalité sociale. J’ai ainsi fait des études d’histoire avec une sous-dominante sociologique à l’université de Paris I Panthéon sorbonne, j’ai poursuivi mon cursus par une maîtrise d’histoire co-dirigée par une historienne et un sociologue et ma thèse a été elle-même été dirigée par une sociologue et anthropologue en co-direction avec un historien spécialiste de Jacques Foccart. 

CCN. Pourquoi cette plongée dans les archives et sources de Jacques Foccart ?

KC Lorsque l’on s’intéresse au parcours de Jacques Foccart, on comprend tout l’intérêt de ses archives pour analyser l’histoire des DOM-TOM. C’est l’homme qui chuchote à l’oreille des présidents de la Ve république, son bureau est à l’Élysée et il a en charge à partir des années 1960 jusqu’aux années 1990, la politique africaine de la France ainsi que la politique en direction des DOM-TOM. C’est un ancien des services secrets français habitués à garder tous les papiers. Les « papiers Foccart » sont donc une mine d’information qui renouvelle l’écriture de notre histoire.

CCN. Que faut-il retenir de l’action (ou des actions) de ce personnage pas très connu en Gwadloup ?

KC. Compte tenu des opinions politiques de Jacques Foccart, et de l’influence qu’il a au cœur du pouvoir, il a eu un impact considérable sur l’immobilisme statutaire des DOM durant les années 1960-1990, il est aussi un relais des préoccupations des élites économiques au plus haut niveau de l’État.

CCN. Après avoir fait cet énorme travail de recherches, que pensez-vous de cette période historique de notre pays ?

K.C. Je pense qu’une politique visant à nous conditionner pour rester dans le giron français a été pensée par de hauts fonctionnaires et des responsables politiques et que celle-ci a été relativement efficiente d’un point de vue institutionnel, mais, elle n’a pas empêché une politisation des mobilisations sociales et de la culture, il reste ainsi que c’est dans notre tissu social et culturel que l’on retrouve une certaine autonomie. 

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CCN. En lisant cet ouvrage, on a le sentiment que les processus de dominations et d’exercice du pouvoir ont été  pensés et mis en place  dans les années 60  et on en subit  les résultats en ce moment? ex la baisse démographique  dans  notre pays n’est pas due qu’au vieillissement ? 

K.C. Les répercussions d’une politique étatique pour diriger nos actions sont tangibles dès le début des années 1970 et elles sont encore effectivement palpables, c’est pour cela que l’on peut expliquer le présent par le passé, c’est le propre de l’analyse socio-historique. Le vieillissement de notre population est ainsi intimement lié à la mise en place du BUMIDOM.

CCN. Il en va de même pour la racialisation de notre société et des conséquences actuelles ?

K.C. La racialisation de notre société est un phénomène dont il faut trouver les racines durant la période de l’esclavage et de la Plantation durant laquelle des processus mentaux d’intériorisation de la domination se sont mis en place qui ont été transmis de génération en génération par de multiples canaux. Des études sont à mener pour savoir si la jeunesse actuelle a réussi à s’en défaire.

CCN. Le rapport Stora sur le massacre de mai 67, n’a pas fait l’unanimité chez les historiens guadeloupéens, à votre avis pourquoi ?

K.C. Je pense qu’il faut d’abord bien comprendre ce que l’on entend par « commission d’information », celle qui a permis d’établir le rapport Stora. Une équipe d’historiens a pu avoir accès à des archives qui ont été déclassifiées à cette occasion. Ils ont travaillé dans un temps restreint en permettant de défricher un terrain totalement vierge. Ils n’ont pas pu répondre à une attente sociale (par exemple combien y- a-t-il eu de morts en mai 1967 ?), tout simplement parce que l’on idéalise à tort le travail de l’historien ou de l’historienne. L’historien du contemporain est limité dans sa recherche par l’accès aux archives. Il ne peut trouver que ce que l’État consent à lui montrer ou qui passe sous les radars. Même si je n’ai pas travaillé dans un temps restreint puisque ma recherche a duré 6 années, j’ai également été victime de ce biais puisque l’accès à certains dossiers m’a été refusé sous le motif qu’il portait atteinte à la sûreté de l’État.

CCN. D’autre part le GONG n’a pas joué le rôle que les RG ont voulu lui attribuer ?

KC. Sur le rôle politique du GONG, on peut dire que les responsables politiques ont créé une légende du GONG qui ne correspondait pas à la réalité. Cette organisation indépendantiste n’avait pas, en 1967, une puissance d’action lui permettant de créer les conditions d’une révolution, ni même d’une révolte. L’objectif du procès du GONG en 1968 est donc de prévenir la menace politique créée par le GONG avant qu’elle ne se réalise.

CCN. Il y encore des documents importants   sur les années 60/70 auxquels les chercheurs n’ont pas accès ?

KC. Oui, malheureusement, il faut savoir que les archives ne sont accessibles qu’après un délai de 50 ans. Ensuite quand, elles comportent des tampons « secret », le délai d’incommunicabilité peut aller jusqu’à soixante-quinze ans ou à cent ans et comme elle deviennent à ce moment des archives classifiées, le chercheur doit faire une demande de déclassification qui peut être acceptée ou refusée. Par exemple, pour une des archives qui se trouvent dans l’ouvrage, j’avais déjà soutenu ma thèse, lorsque l’accès m’a été accordé. 

CCN. Au fil de la lecture au vu des rapports entre FLN, les gwadlouoeyens et Martniqucais, on s’aperçoit que la guerre d’indépendance de l’Algérie aurait pu avoir  à   ce moment des conséquences sur  la décolonisation de nos pays, qu’est ce qui  a manqué ou qui n’ a pas fonctionné?

KC. Ce qui a manqué, c’est le fait que les classes populaires n’ont pas adhéré au projet de décolonisation pour de multiples raisons que j’explique dans l’ouvrage et à cette causalité interne à nos sociétés s’ajoute une politique menée par l’État qui a été particulièrement efficace.

Karine  Sitcharn

Karine Sitcharn

interview Danik Zandwonis

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