Guadeloupe. Économie. Vers un nouveau modèle de développement durable en 2026 ?
Guadeloupe. Économie. Vers un nouveau modèle de développement durable en 2026 ?
Pointe-à-Pitre. Mercredi 11 février 2026. CCN. La Guadeloupe, île paradis des Antilles françaises, est confrontée à des défis majeurs qui menacent son avenir. L’eau, la précarité, la vie chère et la visibilité des politiques publiques sont autant de problèmes qui nécessitent des solutions urgentes et innovantes. Il est temps de sortir des modèles institutionnels et économiques traditionnels pour développer un nouveau paradigme de développement qui soit plus juste, plus équitable et plus durable.
By David Boucaud
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Il est indispensable de libérer nos esprits des schémas dominants et des sémantiques forcées ou suggérées, pour entrer dans une Guadeloupe authentique, dans le champ de nos possibles.
1. L’eau : un besoin fondamental à satisfaire
L’accès à l’eau potable est un droit fondamental qui est loin d’être garanti pour tous les habitants de la Guadeloupe. Pour l’eau, il est nécessaire de changer la totalité du réseau et de revoir la totalité des usines d’assainissement. Cela nécessite des investissements importants, mais il est essentiel de prendre en compte les enjeux environnementaux et de préserver les ressources en eau de l’île.
Il est nécessaire de :
- Changer la totalité du réseau d’eau pour garantir l’accès à l’eau potable pour tous les habitants de la Guadeloupe.
- Mettre en place des systèmes de gestion de l’eau plus efficaces et plus transparents.
- Revoir la totalité des usines d’assainissement pour améliorer la qualité de l’eau et protéger l’environnement.
Les experts estiment à 150 000 euros/Kms le coût de rénovation du réseau d’eau potable en France hexagonale, pour un réseau perdant 20% de l’eau transportée (soit 3 fois moins qu’en Guadeloupe ou seulement 40% de l’eau prélevée arrive au robinet du consommateur Guadeloupéen). Or nous avons plus de 3000 kms de réseau d’eau potable en Guadeloupe. Cette réalité locale exige autour de milliards pour une rénovation efficace et complète de notre réseau d’eau potable, en deçà c’est investir dans un tonneau des danaïdes !
2. La précarité : un fléau à combattre
La précarité est un fléau qui touche de nombreuses familles guadeloupéennes. Pour lutter contre la précarité, il est nécessaire de mettre en place des politiques publiques ciblées sur les populations les plus vulnérables.
Agir pour :
- Combattre la réalité des travailleurs pauvres en augmentant le salaire minimum et en améliorant les conditions de travail.
- Lutter contre la déscolarisation en développant des programmes d’éducation et de formation pour les jeunes.
- Lutter contre l’isolement en développant des programmes de soutien social et de solidarité.
- Promouvoir l’inclusion sociale en développant des programmes de soutien aux personnes handicapées, aux personnes âgées et autres personnes en réinsertion sociale.
- La crise démographique
La Guadeloupe est en train de vivre une crise démographique sans précédent. La jeunesse, qui devrait être l’avenir de l’île, est en train de disparaître. Les chiffres sont alarmants : en 2042, la population de moins de 40 ans représentera seulement 34% de la population, et en 2070, ce chiffre tombera à 32%. Cela signifie que la Guadeloupe sera une île de vieux, avec 68% de la population ayant plus de 40 ans.
- Les conséquences économiques et sociales
Mais ce n’est pas seulement un problème démographique, c’est un problème économique et social. Les jeunes qui restent en Guadeloupe sont confrontés à un manque d’emplois, à une formation insuffisante et à une déscolarisation précoce. Les jeunes formés sont sous-employés, sans perspective de promotion et de rayonnement professionnel. C’est une fuite des cerveaux qui menace l’avenir de l’île.
- Il est temps d’agir
Il est temps de prendre des mesures drastiques pour inverser cette tendance. Il faut créer des emplois, des formations et des opportunités pour les jeunes. Il faut encourager l’entreprenariat, l’innovation et la créativité. Il faut donner aux jeunes les moyens de réussir et de rester en Guadeloupe.
- Les solutions souhaitables
- Créer des emplois citoyens (RSE) pour les jeunes
- Développer la formation et l’éducation à la création de richesse locale
- Développer une politique malthusienne
- Encourager l’entreprenariat et l’innovation, par des aides à la valeur ajoutée incitatives
- Intégrer des principes de subsidiarité et d’adaptabilité municipales
- Renforcer les dispositifs de concertation inter-institutions
- Un système économique adapté
Il faut développer un système économique qui permette la création de niches d’activités économiques et de micro-économies locales, offrant ainsi des activités et des revenus à nos jeunes, tout en leur inculquant un sentiment de responsabilité et de fierté. C’est ce double regard d’économiste et de psychanalyste qui me permet de considérer cette approche comme essentielle.
- Les outils
Les systèmes d’échange local et les monnaies locales sont l’une des possibilités.
Les chiffres clés
- 34% de la population de moins de 40 ans en 2042
- 32% de la population de moins de 40 ans en 2070
- 68% de la population de plus de 40 ans en 2070
- -30% de diminution de la population entre 2042 et 2070
3. La vie chère : un défi à relever
La vie chère est un problème majeur en Guadeloupe, qui affecte particulièrement les ménages les plus modestes. Pour combattre la vie chère, il est nécessaire de favoriser le développement des circuits courts, des monnaies locales, et d’imposer les surmarges abusives au profit des collectivités locales.
Il faut :
- Favoriser le développement des circuits courts en soutenant les producteurs locaux et en développant les marchés de producteurs.
- Mettre en place des monnaies locales pour encourager l’économie locale et réduire la dépendance aux importations.
- Taxer les surmarges abusives au profit des collectivités locales pour financer des projets de développement local.
La situation économique en Guadeloupe présente des disparités notables par rapport à la métropole française. Trois points clés illustrent ces différences :
Salaire Médian
Le salaire médian en Guadeloupe s’élève à 1 828 euros mensuels nets en équivalent temps plein (EQTP), soit environ 10 % de moins que les 1 987 euros observés en Hexagone. Cette différence de salaire peut avoir des implications significatives sur le niveau de vie des résidents guadeloupéens.
PIB par Habitant
Le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant en Guadeloupe est de 24 663 euros, ce qui représente une différence notable de 36 % par rapport aux 38 775 euros enregistrés en métropole. Cette disparité reflète les défis économiques auxquels la région est confrontée pour atteindre un niveau de richesse similaire à celui de la métropole.
Bonification de Dépaysement
La bonification de dépaysement, qui offre un avantage d’un an pour trois ans passés en Outre-Mer, est réservée aux fonctionnaires. Cependant, cette mesure ne concerne qu’environ 20 % de la population active en Guadeloupe, laissant une grande partie de la population hors de ce bénéfice.
Ces éléments mettent en lumière les défis économiques spécifiques auxquels la Guadeloupe est confrontée, notamment en termes de salaires et de richesse par habitant. La compréhension de ces disparités est essentielle pour élaborer des politiques économiques ciblées visant à améliorer la situation économique de la région.
4. La visibilité des politiques publiques : un enjeu de démocratie
A. Pour améliorer la visibilité des politiques publiques, il est nécessaire de
- Donner les moyens, par exemple, à Marie-Galante de maîtriser mieux son développement, sa double insularité et son authenticité, avec des pouvoirs spécifiques en matières fiscales, d’aménagement et de transports maritimes et aériens, un modèle entre Saint Martin et Saint Barthélémy. [2]
- Faire jouer la solidarité nationale de l’État en développant davantage le pouvoir des maires outre-mer par des lois spéciales.
- Mettre en place des lois contextuelles pour prendre en compte les spécificités de la Guadeloupe et de ses territoires.
- Simplifier les institutions intermédiaires en créant trois agglomérations : Guadeloupe Basse-Terre, Guadeloupe centre, Guadeloupe Grande-Terre et une gouvernance sur le modèle Corse.
La Dotation Globale de Fonctionnement (DGF) est une allocation versée par l’État aux communes, intercommunalités et départements pour financer leurs dépenses de fonctionnement. Cependant, la situation en Guadeloupe est préoccupante. Malgré un taux de pauvreté de 35%, soit 2,5 fois supérieur à celui de la France métropolitaine, les dépenses par habitant sont similaires, avec 1 650 euros en Guadeloupe contre 1 550 euros en métropole.
Comparaison des DGF entre communes de métropole et de Guadeloupe
- La DGF des communes de Guadeloupe est en moyenne de 1 650 euros par habitant.
- La DGF des communes de métropole est en moyenne de 1 550 euros par habitant.
- Les communes de Guadeloupe ont des besoins sociaux et économiques plus importants en raison du taux de pauvreté élevé.
Recettes fiscales
- Les communes de France métropolitaine ont des recettes fiscales moyennes de 1 000 euros par habitant.
- Les communes d’outre-mer ont des recettes fiscales moyennes de 500 euros par habitant.
B. L’analyse suivante, met en évidence une anomalie flagrante dans les dépenses municipales en Guadeloupe par rapport à la France métropolitaine.
Les chiffres clés
- Dépenses par habitant :
- France : 1 550 euros
- Guadeloupe : 1 650 euros
- Taux de pauvreté monétaire :
- France : 15%
- Guadeloupe : 35%
L’anomalie
Le taux de pauvreté en Guadeloupe est 2,5 fois supérieur à celui de la France métropolitaine, mais les dépenses par habitant sont similaires. Cela signifie que les communes de Guadeloupe ont des ressources financières similaires à celles de la France métropolitaine, mais doivent faire face à des besoins sociaux et économiques beaucoup plus importants en raison du taux de pauvreté élevé.
C. Les conséquences
Cette situation a des conséquences importantes sur la capacité des communes de Guadeloupe à répondre aux besoins de leurs habitants. Les dépenses par habitant devraient être beaucoup plus élevées pour prendre en charge les problématiques sociétales liées à la pauvreté, telles que :
- La sécurité
- L’accès aux soins de santé
- Le logement
- L’éducation
- L’emploi
Les questions qui se posent
- Comment les communes de Guadeloupe peuvent-elles répondre aux besoins de leurs habitants avec des ressources financières limitées ?
- Pourquoi les dépenses par habitant sont-elles similaires en Guadeloupe et en France métropolitaine, malgré un taux de pauvreté beaucoup plus élevé en Guadeloupe ?
- Quelles sont les conséquences à long terme de cette situation sur le développement économique et social de la Guadeloupe ?
Les pistes de réflexion
- Il est essentiel de renforcer la coopération entre les acteurs locaux, régionaux et nationaux pour trouver des solutions durables à ces problématiques.
- Il est important de mettre en place des politiques publiques ciblées pour lutter contre la pauvreté et ses conséquences en Guadeloupe.
- Il est nécessaire de réévaluer les dotations financières attribuées aux communes de Guadeloupe pour prendre en compte les spécificités de leur situation économique et sociale.
D. Répartition moyenne en pourcentage des recettes des communes de Guadeloupe
- Autres recettes (subventions, emprunts, recettes de services, etc.) : environ 5% des recettes
- Dotation Globale de Fonctionnement (DGF) : environ 35% des recettes
- Octroi de mer : environ 45% des recettes fiscales
- Taxe foncière : environ 15% des recettes
La dotation de péréquation qui aurait dû corriger les inégalités outre-mer/métropole, compte tenu des lourds besoins des communes de Guadeloupe ne fonctionne pas, ne remplit pas sa mission, ce qui n’est pas le cas entre collectivités de métropole.
E. L’État doit agir pour les Outre-mer : la Guadeloupe en attente d’un plan Marshall
Il n’est pas temps de faire disparaître l’octroi de mer, de diminuer les dotations globales de fonctionnement (DGF), de fiscaliser davantage les populations ultramarines… mais d’aligner les dotations sur nos réalités, non pas par un dispositif correctif, comme le COROM, mais une stratégie budgétaire d’État, véritablement un plan Marshall pour nos sociétés d’outre-mer, même avant que de débattre de statut…
La Guadeloupe a besoin d’argent pour sa population, que les dispositifs de péréquation budgétaires soient à minima respectés.
5. Un nouveau modèle de développement
Pour répondre aux besoins fondamentaux de la Guadeloupe, il est nécessaire de passer de régions à pays, avec une localisation de la fiscalité, de la politique d’aménagement du territoire et des lois contextuelles.
- Développer un modèle de développement plus adapté aux spécificités de la Guadeloupe et de ses territoires.
- Mettre en place une politique d’aménagement du territoire qui prenne en compte les enjeux environnementaux et sociaux.
- Favoriser la maîtrise politique locale en donnant plus de pouvoir aux collectivités locales.
La Guadeloupe a les moyens de son avenir. Il est temps de prendre les décisions nécessaires pour garantir un développement durable et équitable pour tous les habitants de l’île. Il est temps de sortir des modèles traditionnels et de développer un nouveau paradigme de développement qui soit plus juste, plus équitable et plus durable.
En tant qu’économiste, je suis convaincu que la protection de l’économie locale est essentielle pour le développement durable de nos communes. Dans un contexte de mondialisation et de libéralisation des échanges, les économies locales sont de plus en plus exposées aux pressions de la concurrence internationale et à la spéculation financière. Il est donc crucial de trouver des moyens de protéger et de promouvoir l’économie locale pour assurer l’avenir de nos communes et de nos jeunes.
A. Les Outils de Protection de l’Économie Locale
Pour protéger l’économie locale, je propose de promouvoir deux outils efficients : les Systèmes d’Échange Local (SEL) et le développement d’une monnaie locale.
Les Systèmes d’Échange Local (SEL) ;
- C’est un outil de solidarité et de coopération qui favorise l’entraide et la mutualisation des ressources.
- Les SEL sont des systèmes d’échange de biens et de services qui permettent aux membres de la communauté de se rencontrer et de partager leurs compétences et leurs ressources.
Le Développement d’une Monnaie Locale :
- Elle permet de favoriser les échanges et les transactions locales, de soutenir les entreprises et les projets locaux, et de promouvoir l’économie circulaire.
- Une monnaie locale est une monnaie complémentaire à l’euro qui est émise et gérée par la communauté locale.
B. Les Exemples de Monnaies Locales en France_
Il y a actuellement plus de 80 monnaies locales complémentaires en circulation dans l’hexagone. Voici quelques exemples :
- La Gonette à Lyon
- La Roue en Provence-Alpes-Côte d’Azur
- Le Cairn à Grenoble
- Le Sol-Violette à Toulouse
- L’Eusko au Pays Basque
C. Le Rôle des Municipalités
Les municipalités jouent un rôle clé dans le soutien et la promotion des monnaies locales complémentaires (MLC) en France. Voici quelques exemples d’interventions possibles :
- Communication et sensibilisation
- Financement de projets
- Paiement de services publics
- Partenariats avec des associations
D. L’Importance de l’Insertion par l’Activité Économique
Je crois en une insertion par l’activité économique, c’est le remède à l’indolence juvénile qui, parfois, se mue en délinquance. En effet, l’inactivité et le manque d’opportunités économiques peuvent conduire les jeunes à la délinquance et à la marginalisation.
La Guadeloupe a les moyens de son avenir, mais il est temps de prendre les décisions nécessaires pour garantir un développement durable et équitable pour tous les habitants de l’île. Les pistes proposées sont nombreuses et variées :
- Améliorer la gestion de l’eau et des ressources naturelles, en investissant dans les infrastructures et en promouvant des pratiques durables.
- Développer des systèmes d’échange local (SEL) et des monnaies locales pour soutenir l’économie locale et favoriser l’inclusion sociale.
- Mettre en place des politiques publiques ciblées pour lutter contre la précarité et la pauvreté, en favorisant l’accès à l’emploi et à la formation.
- Renforcer la visibilité et la transparence des politiques publiques, en favorisant la participation des citoyens et la gestion efficace des ressources.
En mettant en œuvre ces pistes, la Guadeloupe pourra construire un avenir meilleur pour ses habitants, en garantissant un développement durable, équitable et solidaire. Il est temps de prendre les décisions nécessaires pour faire de la Guadeloupe un modèle de développement pour les îles des Antilles et au-delà.
[1] Bibliographie sommaire indicative
- Boucaud, D. (1989). *Endoscopie de la théorie économique de l’offre touristique. Analyse Guadeloupe-Puerto Rico*. CTO Barbade.
- Boucaud, D. (2009). *Management complexe*. Éditions Alisés.
- Boucaud, D. & alii (2010). *Manager à la Guadeloupe*. Société des économistes de la Guadeloupe.
- Boucaud, D. (2010). *Territoire insulaire et changement climatique*. Acte colloque international, Cité des métiers.
- Boucaud, D. (2016). *Paradigme guadeloupéen*. Ateliers AFD.
- Boucaud, D. (2018). *D’un projet politique partagé à une logique de proximité avec les habitants*. Colloque DEAL Marie-Galante.
[2] Les Statuts des Territoires Insulaires de la France
Reconnaissance du Caractère Insulaire
Il existe une multitude de statuts des territoires insulaires de La France. La France a reconnu le caractère insulaire et les spécificités de la Corse, en dotant la constitution d’un article 72‑5 ainsi rédigé : » La Corse est dotée d’un statut d’autonomie au sein de la République, qui tient compte de ses intérêts propres, liés à son insularité méditerranéenne et à sa communauté … » La loi 3Ds a actualisé le 21 février 2022 les communes insulaires.
Le Statut de Commune Insulaire
Le statut de commune insulaire est un statut spécifique attribué à certaines communes françaises situées sur des îles, qui leur permet de bénéficier de dispositions particulières en raison de leur insularité.
– Définition : Une commune insulaire est une commune située sur une île, qui est séparée du continent par un bras de mer.
– Critères : Pour bénéficier du statut de commune insulaire, une commune doit répondre à certains critères, tels que :
- Être située sur une île
- Avoir une population inférieure à un certain seuil (généralement 10 000 habitants)
- Avoir des difficultés de communication avec le continent (distance, fréquence des liaisons maritimes, etc.)
– Avantages : Les communes insulaires bénéficient de dispositions spécifiques, telles que :
- Des exonérations ou réductions d’impôts
- Des subventions pour les liaisons maritimes et les transports
- Des aides à l’installation et au développement d’activités
- Des mesures de protection de l’environnement
Historique et Législation
Mais les communes insulaires bretonnes sont reconnues depuis 1985, il y a plus de 40 ans ! Le statut de commune insulaire est défini par la loi n° 85-30 du 9 janvier 1985 relative au développement et à la protection de la montagne, et par le décret n° 85-453 du 23 avril 1985.
Il s’agit d’aller vers un statut congruent, c’est-à-dire convenant géographiquement, économiquement, socialement, écologiquement… aux singularités insulaires. Des singularités insulaires existent déjà au sein de la nation depuis longtemps, il est donc possible, même sans cette loi 3Ds, de poser les bases de notre singularité qui ne se résume ni aux articles 72, 73 ou 74 de la Constitution, mais à une stratégie en deux temps :
- Remise à niveau du pays (je ne parle pas de rattrapage…) : eau, routes, assainissement, énergie, autosuffisance, péréquation, DGF des communes…
- Organisation du système Guadeloupe avec le développement d’institutions et d’organismes de pilotage des politiques publiques.
David Boucaud
Economiste-Psychanalyste [1]
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Mais Woucikam Tome 2, de la pensée symbolique africaine à la langue dite créole, à la recherche de la langue fondamentale, va beaucoup plus loin. Le chercheur explique le processus même de formation des premières langues de l’humanité et celui qui a conduit à l’apparition de notre langue. Aussi, il explique en quoi la majorité des marqueurs de cette époque qui remontent à plusieurs dizaines de milliers d’années avant l’avènement même de l’Égypte pharaonique affectent encore notre façon de parler créole en 2026. Il démontre que les hiéroglyphes habitent encore notre quotidien, même si nous ne savons plus les lire. Il présente le schéma d’évolution des diachronies créoles à partir d’une matrice initiale commune et en explique les raisons. Il insiste sur le caractère indélébile de cette pensée symbolique africaine qui anime tous les afro-descendants qu’ils en soient conscients ou pas.
Au moyen de ces analyses, ce sont des pans entiers de notre modèle culturel qu’il a reconstruit Cela revient à dire qu’en dépit des dénégations de certains, nous pensons et penserons toujours le monde comme des africains, à l’image de ceux des débuts du langage humain apparus dans la région des grands lacs. La conséquence directe de tout cela, c’est que Woucikam est utile non seulement aux locuteurs créoles, mais à tout africain en quête de la parenté génétique de sa langue avec l’Égypte.
Autant dire que par cette découverte disons-le mondiale, le chercheur devrait permettre à la Guadeloupe de faire des pas de géant et de se positionner comme leader de la recherche la plus avancée sur le créole. Et c’est précisément à cette connaissance conséquente qu’il est fait obstinément ou et, désespérément obstacle pour des raisons purement dogmatiques tandis que de grandes universités telle celle de Harvard les plébiscitent.
Mais, ne nous trompons pas. Si certains créolistes envisagent les langues africaines, il est à parier que leur motivation ne soit pas la manifestation éclatante de la vérité, mais masque une énième tentative de reprendre le contrôle sur un discours imposé sur le créole qui, par leur dédain de l’Afrique leur a déjà échappé. Ce nouveau positionnement s’apparente donc plus à une manifestation d’égo inspiré par le mépris et tendant à faire croire que seules leurs conclusions en la matière seraient dignes de foi.
Aussi Djolo de rappeler que ce travail que certains s’apprêtent à entamer a déjà été effectué et ses conclusions connues et publiées depuis 35 ans. Selon lui, à condition de recourir à la bonne méthodologie et de s’imposer la rigueur que réclame un tel exercice, ils ne sauraient aboutir à rien d’autre que ces conclusions déjà énoncées. Il insiste sur le fait que chercher à contredire des conclusions scientifiques par un numéro d’équilibriste à la réussite incertaine ne saurait qu’être malhonnête aux yeux de tous les locuteurs créole. Cela reviendrait à agir comme si la science n’avait pas encore parlé, à réinventer le théorème de Pythagore afin de tenter d’imposer une idéologie en déclin certain. Et là, on s’écarte de la science pour s’engoncer dans le dogme.
Jean Luc Divialle






