Guadeloupe. Foot. Pourquoi la LGF va-t-elle disparaître ?
Guadeloupe. Foot. Pourquoi la LGF va-t-elle disparaître ?
Pointe-à-Pitre, jeudi 20 mars 2026. CCN.
Le football guadeloupéen traverse aujourd’hui l’une des crises institutionnelles les plus graves de son histoire récente.
La situation de la Ligue guadeloupéenne de football (LGF) a atteint un niveau de dégradation tel que la justice a été amenée à intervenir et que la perspective d’une liquidation judiciaire de la structure est désormais explicitement évoquée.
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Au cœur de cette crise se trouve un endettement estimé à plus de 2,2 millions d’euros pour une organisation comptant moins de 10 000 licenciés, des dysfonctionnements structurels dans la gestion administrative et financière de la Ligue, ainsi qu’une gouvernance contestée depuis plusieurs mandatures. Dans ce contexte, la Fédération Française de Football s’est directement saisie du dossier et a dépêché une délégation en Guadeloupe afin d’évaluer la situation et d’exposer les perspectives institutionnelles.
Les éléments rassemblés dans ce dossier permettent de retracer l’évolution de la crise, d’identifier les acteurs concernés et d’éclairer les scénarios désormais envisagés pour l’avenir du football guadeloupéen.
Une situation financière devenue critique
La crise actuelle de la Ligue Guadeloupéenne de Football s’explique d’abord par la dégradation progressive de sa situation financière.
Les informations disponibles font état d’un déficit supérieur à 2,2 millions d’euros, pour une organisation qui encadre moins de 10 000 licenciés sur le territoire. Ce niveau d’endettement apparaît particulièrement élevé au regard de la taille de la structure et de ses ressources.
Les difficultés financières se traduisent notamment par une situation de trésorerie fortement dégradée, un déficit d’exploitation structurel et un niveau d’endettement à court terme important. Des incohérences dans certaines données comptables, ainsi qu’une fiabilité jugée insuffisante du système d’information financier, ont également été signalées.
Ces éléments ont conduit plusieurs observateurs du football local à considérer que la crise dépasse désormais la simple question d’un soutien financier ponctuel.
L’intervention de la justice et la mise sous administration judiciaire
Face à la gravité de la situation, la justice a été amenée à intervenir.
Par décision judiciaire rendue le 20 octobre 2025, la mission d’administration provisoire et d’évaluation de la situation de la Ligue a été confiée à l’administrateur judiciaire Alain Miroite.
Cette mission consiste à analyser la situation financière et institutionnelle de la Ligue et à proposer les mesures nécessaires pour faire face à la crise.
Dans le cadre de cette mission, plusieurs dysfonctionnements structurels ont été identifiés, notamment la faiblesse du système d’information comptable, des incohérences dans certaines données financières, un déficit d’exploitation structurel et des difficultés de trésorerie récurrentes.
La reconnaissance officielle de la cessation de paiement
Au début de l’année 2026, la situation financière de la Ligue conduit à reconnaître officiellement son incapacité à faire face à ses obligations financières.
Dans un communiqué publié le 7 mars 2026, le président actuel de la Ligue sous tutelle, Philippe Maquiaba, a indiqué que l’administrateur judiciaire Alain Miroite avait déposé le 16 mars 2026 une déclaration de cessation de paiement auprès du tribunal compétent.
Cette démarche constitue une étape juridique majeure puisqu’elle ouvre la voie à l’ouverture d’une procédure collective devant la justice.
L’intervention de la Fédération Française de Football
Face à la gravité de la situation, une délégation de la Fédération Française de Football s’est rendue en Guadeloupe afin d’évaluer la situation et d’échanger avec plusieurs acteurs du football local.
Cette délégation comprenait notamment Claude Delforge, président de la Ligue du Football Amateur, François Parent, membre du Comité exécutif de la Fédération, un avocat mandaté par la Fédération afin d’exposer les conséquences juridiques de la situation, ainsi qu’un autre représentant de l’instance nationale.
La présence de cette délégation témoigne de la gravité de la crise et de l’implication directe de la Fédération dans la gestion de ses conséquences.
Les acteurs du football local présents lors des échanges
Face à cette délégation fédérale étaient présents plusieurs acteurs du football guadeloupéen.
Parmi eux figuraient Alain Arconte, ancien dirigeant de la Ligue et président de club de football à 11, Maximin Lefèvre, président de club de football à 11, Rudy Manin, président de club de football à 11, Danielle Monlouis, représentante d’un club de football féminin du Moule, Alain Morvany, ancien dirigeant de la Ligue, Joseph Séné, ancien président de la Ligue, ainsi que Henri Yacou, ancien dirigeant de la Ligue.
Ces échanges se sont déroulés dans le cadre de la mission confiée à l’administrateur judiciaire Alain Miroite.
Une position fédérale présentée comme très claire
Selon les informations rapportées par les participants à cette réunion, la délégation de la Fédération Française de Football aurait exposé une analyse très claire de la situation.
Au regard du niveau d’endettement et des difficultés structurelles constatées, la Ligue apparaît difficilement redressable dans sa forme actuelle.
La stratégie présentée par la Fédération Française de Football consiste à constater la cessation de paiement de la Ligue, à engager la procédure judiciaire devant le tribunal compétent et à demander la liquidation judiciaire de la structure actuelle.
La Fédération souhaite toutefois que les compétitions puissent se poursuivre jusqu’à la fin de la saison sportive afin de ne pas pénaliser les clubs et les licenciés. Elle aurait indiqué être prête à mobiliser une ligne budgétaire spécifique afin de permettre la poursuite des compétitions jusqu’au 30 juin 2026.
L’objectif serait ensuite de recréer une nouvelle Ligue juridiquement assainie et libérée du passif financier de la structure actuelle. Dans ce scénario, la liquidation judiciaire aurait pour effet d’effacer les dettes existantes, y compris celles des clubs vis-à-vis de la Ligue.
Le débat sur les responsabilités
La communication récente du comité de Ligue tend à présenter la crise actuelle comme une situation subie et largement imputable à des facteurs extérieurs.
Plusieurs acteurs du football guadeloupéen contestent toutefois cette lecture et estiment que la crise s’inscrit dans la continuité de gouvernances successives qui se sont succédé à la tête de la Ligue.
Entre 2012 et 2016, la Ligue est présidée par Joseph Séné, période durant laquelle Jean Dartron exerce les fonctions de premier vice-président.
À partir de 2016, Jean Dartron accède à la présidence de la Ligue. Cet ancien président de la Ligue de football de Guadeloupe a été condamné en septembre 2025 à un an de prison avec sursis et une amende de 15 000 euros. Il avait dirigé la Ligue pendant neuf ans avant d’être mis en retrait à la suite d’une enquête.
Durant ces différentes mandatures, plusieurs responsables participent à la direction de l’institution, notamment Alain Arconte, Henri Yacou et Alain Morvany, qui ont occupé des fonctions de secrétaire général ou de vice-président.
Certains acteurs du football local rappellent également que des dirigeants aujourd’hui en responsabilité faisaient déjà partie des équipes dirigeantes lors de ces périodes, notamment Philippe Maquiaba, actuel président de la Ligue, ainsi que Teddy Flereau, actuel secrétaire général de la Ligue.
Dans ce contexte, plusieurs observateurs estiment que la crise actuelle ne peut être analysée uniquement comme une situation nouvelle, mais qu’elle s’inscrit dans une continuité de gouvernance qui s’est prolongée au fil des différentes mandatures.
Les enjeux stratégiques du dossier
Au-delà de la seule situation financière de la Ligue, la crise actuelle soulève plusieurs enjeux majeurs pour l’avenir du football guadeloupéen.
Le premier enjeu concerne la continuité des compétitions et la stabilité du système sportif local. Avec plusieurs milliers de licenciés et de nombreux clubs engagés dans les compétitions régionales, la disparition brutale de la Ligue actuelle pourrait avoir des conséquences importantes sur l’ensemble de l’écosystème du football guadeloupéen.
C’est la raison pour laquelle la Fédération Française de Football a indiqué être prête à mobiliser une ligne budgétaire spécifique afin de garantir la poursuite des compétitions jusqu’au 30 juin 2026.
Le deuxième enjeu concerne la reconstruction institutionnelle du football guadeloupéen. Si la liquidation judiciaire de la Ligue actuelle est prononcée, comme l’a annoncé la Fédération Française de Football, la création d’une nouvelle structure devra permettre de repartir sur des bases juridiques et financières assainies.
Le troisième enjeu concerne la question des responsabilités dans la gestion passée de l’institution.
Enfin, l’enjeu majeur reste la capacité des acteurs du football guadeloupéen à reconstruire une organisation crédible et stable pour l’avenir.
Dans l’immédiat, l’enjeu demeure la continuité des compétitions et la protection des clubs et des licenciés, ce que la Fédération Française de Football aurait garanti en dégageant notamment une ligne budgétaire afin de permettre d’aller au bout des compétitions jusqu’au 30 juin.
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