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Guadeloupe. Lang Kréyol : vers un changement de paradigme ?

Guadeloupe. Lang Kréyol : vers un changement de paradigme ?

Guadeloupe. Lang Kréyol : vers un changement de paradigme ?

Pointe-à-Pitre. Mercredi 11 février 2026.CCN. samedi  dernier (31/01/26), Tony Mango, enseignant en langue créole a annoncé au micro de Radyo Tanbou, l’intention de certains enseignants-chercheurs en langue créole d’envisager de nouvelles pistes d’identification des origines réelles de notre langue maternelle. Les langues congolaises seraient désormais leur nouveau domaine de recherche. Ce revirement de situation de la part de personnes plutôt opposées à toute origine africaine de notre langue à de quoi interpeller. Entendent-ils par là aboutir à des conclusions plus scientifiques où par ce biais tenter une fois de plus d ‘invisibiliser les thèses défendues par Ama Mazama ou Djolo. Rien ne serait impossible. C’est à suivre…

by Jean Luc Divialle

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La nouvelle en a surpris plus d’un. La récente déclaration de Tony Mango quant à la décision de solliciter les langues congolaises afin d’établir les origines réelles de la langue créole marque pour l’intéressé un virage à 180°. Quoi qu’on en dise, c’est un tournant qui, s’il aboutissait sincèrement, ne saurait que déboucher vers la fin de l’hégémonie des théories eurocentrées actuellement en vigueur. C’est dire qu’il est maintenant acté par eux aussi que cette voie est par eux reconnue sans issue. Elle ne saurait rien produire de plus.

Mais faire des langues africaines un domaine de recherche ne résout pas tout. Ainsi, à l’annonce de cette nouvelle, Djolo (Jean-Luc Divialle-Hamlet) s’est fendu d’un communiqué. S’il y dit se féliciter de cette orientation prise qui marque un retour à la raison, il ne peut qu’attirer l’attention de la population sur l’importance d’une méthodologie scientifiquement fiable et à même de déterminer l’origine réelle de notre langue. Il ajoute concernant les théories actuelles que leur point de départ étant faux, il était naturel qu’elles finissent par déboucher sur un chaos linguistique et identitaire attendu et dont certains tentent enfin de s’extraire. 

Or, ce manque de méthodologie scientifiquement fiable fait toute la faiblesses des analyses qui ont aboutit aux théories fumeuses actuelles. Elles ne reposent que sur le point de vue occidental porté sur nous. Mais nous qu’avons nous à dire de notre langue ? Les rares linguistes, rappelle-t-il, à travailler sur la langue créole pratiquent la méthode  descriptive synchronique. Or, elle est inapte à déterminer les origines d’une langue et surtout de permettre la reconstruction de son ancêtre pré-dialectal. 

Si donc ce qu’il dit est vrai, on ne peut plus poursuivre comme à l’initial et continuer à enseigner à nos enfants que la langue créole n’est rien d’autre qu’un français déformé. Nous ne pouvons plus dire qu’il s’agit d’un mélange à l’image de celui observable au sein de la population guadeloupéenne, parce que justement, la langue, ce n’est pas la race. La langue procède d’un modèle culturel, d’une vision du monde claire qui, pour peu qu’elle soit puissante, finit par s’imposer à tous en se moquant bien de leur phénotype. Nous devons donc nous abstenir de confondre biologie et linguistique. Aussi, le concept de créole à base lexicale française, théorie où il serait naturel de trouver des mots et des influences venues de toute part, ne peut que s’effondrer.

Il faut dire surtout que les travaux les plus récents poursuivis sur cette question sont venus rebattre les cartes. Face à eux, un petit microcosme créole plutôt opaque par nature à toute remise en question des vieux poncifs occidentaux tente encore une résistance qui ne saurait être que vaine. Mais pour combien de temps encore ? Après l’ouvrage du Dr. en linguistique Ama Mazama (Marie Josée Cérol), Langue et identité créole, un impératif afro-centrique, 1981, ouvrage de celle qui la première avait établi des correspondances significatives tant du point de vue du vocabulaire que de la syntaxe entre la langue créole et les langues congolaises. Après Woucikam Tome 1 et 2, de Djolo (Jean-Luc Divialle Hamlet) qui exposent le lien de parenté génétique entre l’égyptien pharaonique et le créole, qui peut encore ignorer que toutes ces théories euro-centristes sont non scientifiquement fondées ?

Mais la première réaction de tous ces contradicteurs de ces nouveaux travaux fut d’opposer à ces chercheurs un silence aussi opaque que dédaigneux. Et que démontre ce nouveau tournant ? Il révèle l’absence d’approche strictement scientifique de leur part où l’on critique d’abord, on fait obstruction totale ensuite avant de finir par revenir au pied de la croix. 

Et qu’entendaient-ils ainsi nous cacher sinon que notre langue est une langue africaine ? Dans Woucikam (comprenez, nouvelle langue ancestrale africaine), l’œuvre très ambitieuse de Djolo et à notre sens l’ouvrage le plus complet et le plus abouti sur la question, l’auteur décrit en deux tomes parus en 2017 et 2025, les éléments linguistiques jamais exposés et à ce jour les plus crédibles. Ceux-ci permettent enfin d’établir de façon technique, scientifique, et donc rigoureuse le lien de parenté génétique que notre langue entretient avec non seulement les langues africaines sub-sahariennes modernes mais aussi avec celles plus anciennes que sont le copte et l’égyptien ancien. Dans ces ouvrages, de nombreuses énigmes se voient enfin résolues, tout y est expliqué, tout trouve son sens, rien n’est laissé au hasard ou aux légendes urbaines. 

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Mais Woucikam Tome 2, de la pensée symbolique africaine à la langue dite créole, à la recherche de la langue fondamentale, va beaucoup plus loin. Le chercheur explique le processus même de formation des premières langues de l’humanité et celui qui a conduit à l’apparition de notre langue. Aussi, il explique en quoi la majorité des marqueurs de cette époque qui remontent à plusieurs dizaines de milliers d’années avant l’avènement même de l’Égypte pharaonique affectent encore notre façon de parler créole en 2026. Il démontre que les hiéroglyphes habitent encore notre quotidien, même si nous ne savons plus les lire. Il présente le schéma d’évolution des diachronies créoles à partir d’une matrice initiale commune et en explique les raisons. Il insiste sur le caractère indélébile de cette pensée symbolique africaine qui anime tous les afro-descendants qu’ils en soient conscients ou pas. 

Au moyen de ces analyses, ce sont des pans entiers de notre modèle culturel qu’il a reconstruit Cela revient à dire qu’en dépit des dénégations de certains, nous pensons et penserons toujours le monde comme des africains, à l’image de ceux des débuts du langage humain apparus dans la région des grands lacs. La conséquence directe de tout cela, c’est que Woucikam est utile non seulement aux locuteurs créoles, mais à tout africain en quête de la parenté génétique de sa langue avec l’Égypte. 

Autant dire que par cette découverte disons-le mondiale, le chercheur devrait permettre à la Guadeloupe de faire des pas de géant et de se positionner comme leader de la recherche la plus avancée sur le créole. Et c’est précisément à cette connaissance conséquente qu’il est fait obstinément ou et, désespérément obstacle pour des raisons purement dogmatiques tandis que de grandes universités telle celle de Harvard les plébiscitent.

Mais, ne nous trompons pas. Si certains créolistes envisagent les langues africaines, il est à parier que leur motivation ne soit pas la manifestation éclatante de la vérité, mais masque une énième tentative de reprendre le contrôle sur un discours imposé sur le créole qui, par leur dédain de l’Afrique leur a déjà échappé. Ce nouveau positionnement s’apparente donc plus à une manifestation d’égo inspiré par le mépris et tendant à faire croire que seules leurs conclusions en la matière seraient dignes de foi. 

Aussi Djolo de rappeler que ce travail que certains s’apprêtent à entamer a déjà été effectué et ses conclusions connues et publiées depuis 35 ans. Selon lui, à condition de recourir à la bonne méthodologie et de s’imposer la rigueur que réclame un tel exercice, ils ne sauraient aboutir à rien d’autre que ces conclusions déjà énoncées. Il insiste sur le fait que chercher à contredire des conclusions scientifiques par un numéro d’équilibriste à la réussite incertaine ne saurait qu’être malhonnête aux yeux de tous les locuteurs créole. Cela reviendrait à agir comme si la science n’avait pas encore parlé, à réinventer le théorème de Pythagore afin de tenter d’imposer une idéologie en déclin certain. Et là, on s’écarte de la science pour s’engoncer dans le dogme. 

 

Jean Luc Divialle

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