Guadeloupe. Lettre ouverte au préfet. Sécurité, reconnaissance et guérison collective
Guadeloupe. Lettre ouverte au préfet. Sécurité, reconnaissance et guérison collective
Pointe-à-pitre, mardi 10 février 2026. CCN. Pawol Lib. Lettre ouverte au préfet de Guadeloupe et à la population guadeloupéenne. Sécurité, reconnaissance et guérison collective : au-delà de l’apaisement.
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Monsieur le Préfet,
Chers concitoyens guadeloupéens,
L’annonce de la tenue prochaine d’États généraux de la sécurité en Guadeloupe, portée par Thierry Devimeux, mérite d’être examinée avec sérieux, lucidité et responsabilité.
Car la situation que traverse la Guadeloupe ne relève pas d’un simple dérèglement sécuritaire. Elle révèle une souffrance collective profonde, ancienne, enracinée, qui ne peut être durablement traitée sans une reconnaissance explicite de l’État et sans une réflexion courageuse sur la réparation nécessaire à la guérison.
La Guadeloupe n’est pas face à une crise ordinaire.
Les violences qui frappent aujourd’hui notre territoire — crimes, règlements de comptes, défiance généralisée, désespérance d’une partie de la jeunesse — ne sont pas des accidents isolés ni des dérives conjoncturelles.
Elles sont le symptôme visible d’un mal structurel, qui traverse toutes les catégories sociales, tous les âges, toutes les institutions.
Ce mal ne date pas d’hier.
Il s’inscrit dans une histoire longue, marquée par la colonisation, la dépossession, la domination et la négation durable de la dignité humaine.
La violence n’est pas la cause, elle est la conséquence.
Depuis trop longtemps, l’action publique se concentre sur les manifestations de la violence sans jamais en interroger les racines profondes.
Or ces racines sont connues :
une fracture identitaire non résolue, une humiliation historique transmise de génération en génération, une intériorisation de la violence, devenue mode d’expression et parfois de survie, un rapport altéré à l’autorité, à la loi et à soi-même.
La recherche scientifique contemporaine démontre que les traumatismes collectifs laissent des traces durables, psychiques, sociales et comportementales.
La situation guadeloupéenne n’est donc pas uniquement une question d’ordre public. C’est une question de santé collective et de mémoire non réparée.
Reconnaître : un préalable indispensable
Aucune société ne peut guérir sans reconnaissance.
La reconnaissance attendue n’est ni symbolique ni cosmétique. Elle consiste pour l’État à reconnaître pleinement la profondeur et la persistance des blessures héritées de l’histoire coloniale, ainsi que leurs effets toujours actifs sur le tissu social.
Sans cette reconnaissance claire, toute politique sécuritaire ou sociale reste partielle, et souvent inefficace.
Réparer pour guérir, pas seulement apaiser.
La réparation ne se limite pas à des mesures ponctuelles. Elle est un processus de reconstruction humaine et collective.
Réparer, c’est :
- restaurer la dignité et l’estime collective,
- investir durablement dans l’éducation et la transmission,reconstruire un récit commun apaisé,
- permettre à chacun de se projeter dans l’avenir sans porter seul le poids d’un passé non reconnu.
Apaiser sans réparer, c’est contenir la douleur sans la soigner. C’est administrer un placebo social.
Les États généraux : un outil limité. Les États généraux peuvent offrir un espace de parole et une écoute institutionnelle.
Mais ils ne peuvent pas, à eux seuls, réparer une mémoire blessée ni guérir une transmission traumatique.
Sans reconnaissance et sans perspective de réparation, ils risquent de renforcer la frustration et le sentiment d’incompréhension.
À la population guadeloupéenne. Cette réflexion n’a pas pour objet de nier la responsabilité individuelle ni de justifier la violence.
Mais elle appelle à une prise de conscience collective : nous ne sortirons pas durablement de cette spirale en traitant uniquement les conséquences.
La guérison exige du courage, de la vérité et une responsabilité partagée.
Conclusion
La Guadeloupe n’a pas seulement besoin d’être sécurisée. Elle a besoin d’être reconnue, réparée et reconstruite.
La reconnaissance est le point de départ.
La réparation est le chemin.
La guérison est l’objectif.
Respectueusement,
Un citoyen Guadeloupéen,
Michel GIRDARY
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