Guadeloupe. Municipales. Épisode 1 : On prend les mêmes et ça repart comme avant ?
Guadeloupe. Municipales. Épisode 1 : On prend les mêmes et ça repart comme avant ?
Pointe-à-Pitre, jeudi 19 mars 2026. CCN.
Comme depuis plus d’une décennie, les élections qui se déroulent en Gwadloup font la part belle à l’abstention. Plus de 51 % de gwadlouopéyens ont une fois de plus décidé de bouder cette élection. Au 1er tour, 20 maires – en majorité des sortants – ont été réélus. Il suffisait pour cela de rassembler 50 % + 1 votabts.
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Dans un contexte perturbé, le choix de la stabilité
par Marie Srenet
Dimanche dernier, lors du 1er tour, les citoyens de Guadeloupe étaient appelés aux urnes pour élire l’équipe municipale amenée à présider à la destinée de leurs communes respectives pour les sept prochaines années. Le verdict est sans appel. Ils ont préféré faire avec ce qu’ils connaissaient déjà plutôt que partir à l’aventure politique. Ainsi, à l’issue du vote, 20 maires ont été reconduits aux affaires. Cependant, ce résultat cache une réalité extrêmement complexe et diverse.
Interrogés au soir de leur victoire, de nombreux édiles réélus ont utilisé les mots « confiance », « soutien » et « responsabilité ». Les plus téméraires ont même parlé de « plébiscite ». Sur le papier, les chiffres pourraient leur donner raison, mais ce scrutin, longtemps rendu illisible par une campagne d’un niveau assez médiocre, en dit plus sur les électeurs et leurs attentes que sur le travail fourni par les équipes municipales.
D’abord, parlons de la participation. 2020 n’étant pas un marqueur assez solide, tant le vote a été perturbé par la crise sanitaire, remontons à 2014, première élection qui coupait d’ailleurs municipalité et intercommunalité.
À l’époque, 61,38 % des électeurs inscrits s’étaient rendus dans les urnes contre 52,41 % en 2026. Certes, les municipales mobilisent encore, mais le recul de la participation (9 points), pour cette élection de proximité, n’est pas à prendre à la légère et a eu un impact même chez les maires reconduits.
En effet, la situation des maires reconduits n’est pas égale et n’envoie pas les mêmes messages. Évidemment, certains ont assez clairement convaincu leur population. C’est le cas de Thierry Abelli à Bouillante (56,24 %), Jules Otto à Vieux-Habitants (63,80 %) voire même Harry Durimel à Pointe-à-Pitre qui, en dépit de deux listes adversaires assez dynamiques qui récoltent plus de 10 % des voix, a pu s’appuyer sur un bilan financier plutôt positif. C’est d’autant plus honorable que la route vers l’équilibre financier a demandé de très lourds sacrifices.
En dehors de ces cas précis, le passage au premier tour cache très mal un recul dans le cœur des administrés.
Une fausse confiance ?
Le cas le plus marquant est celui d’Éric Jalton aux Abymes. Si le maire sortant a clairement pu compter sur la forte implantation de son mouvement politique (La Frapp), il est indéniable qu’il a perdu des voix au profit de son éternel rival Olivier Serva, dont le mouvement politique Foumi Wouj n’aura jamais aussi bien porté son nom.
En 2014 et 2020, Éric Jalton pouvait compter sur un socle solide de 11 000 voix, assise qui a désormais fondu à 9 500 voix, tandis qu’Olivier Serva a réussi à reconquérir les 7 000 voix qui lui étaient déjà acquises en 2014.
Le maire de Morne-à-l’Eau aussi, Jean Bardail (53,55 %), ne pourra pas se défaire d’une solide opposition. Face à lui, il aura Franck Garain et surtout Laurence Maquiaba qui, avec le score de 10,65 %, a récolté les fruits d’une campagne informée, sérieuse et maîtrisée.
Camille Elisabeth (54,76 %) aussi, à Pointe-Noire, résiste plutôt bien au retour des Jean-Charles. Mais la percée de Sully Pandolf qui arrache les 10 % dès sa première participation montre qu’il devra peut-être composer avec une rude opposition.
Attention aussi à Mme Gabrielle Louis Carabin au Moule, qui en 37 ans d’exercice peut compter sur un bilan solide et une campagne complètement dispersée de ses adversaires qui semblent plus la craindre que vouloir la mettre en danger.
Il n’empêche qu’elle perd aussi des voix puisqu’elle ne passe qu’avec 51,09 % des voix, là où, en 2020, elle avait remporté 64,22 %, soit une chute tout de même de 13 points.
Un Baron devenu souverain
Toujours dans les rangs des qualifiés dès le premier tour, il y a ceux qui, malgré une arrivée en cours de route, ont réussi à convaincre sans appel leur population.
Ils ont pu compter sur la force de leur bilan et des choix de communication payants. On ne peut les évoquer sans tout de suite analyser le rouleau compresseur Baron à Sainte-Rose. Car si la capacité d’Adrien Baron à remporter cette élection ne faisait guère de doute, il était difficile d’imaginer une victoire aussi écrasante. Dans une commune aussi étendue et diverse, il fait presque l’unanimité de La Boucan à Bis en passant par les hauteurs de Sofaïa.
Il faut dire qu’il incarne le calme, le franc-parler et la stabilité après que la commune a été marquée par les turpitudes et les drames intrafamiliaux de la famille Bajazet. De plus, face à lui, l’opposition était plutôt faible. Mais c’est un véritable tour de force.
Le maire de Petit-Bourg aussi, David Nebor, a su gagner le cœur de ses administrés, tant par son travail sur la commune (son bilan est troublé par la gestion des sargasses) que par la domination sans partage du GUSR sur ce territoire.
Mention spéciale à Gabriel Foy (52,57 %) à Terre de Bas, qui par un travail de terrain minutieux, sans aucun appareil de parti, fait complètement vaciller la maire sortante Rolande Nadille-Vala (GUSR) qui a sans aucun doute payé très cher sa carrière sénatoriale. Alors qu’elle passe dès le premier tour en 2020 avec plus de 50 % des voix, son assise électorale est réduite comme peau de chagrin avec plus que 17 % des suffrages exprimés.
Un deuxième tour disputé
Il reste désormais sept points chauds en Guadeloupe. À Port-Louis, Jean-Marie Hubert est talonné par un Victor Arthein revanchard qui capitalise autant qu’il peut sur l’affaire Sémar. À Anse-Bertrand, le clan Moustache a repris du poil de la bête au point d’obscurcir le ciel d’Edouard Delta. À Sainte-Anne, les adversaires des Baptiste doivent décider vers qui leur cœur penchera et à Gourbeyre, une seule femme tient dans ses mains le cœur de deux personnes.
À Baie-Mahault, Ary Chalus se rend compte que le temps a passé et que les choses ont changé. Le premier tour est loin d’avoir simplifié son équation. D’abord, il s’en sort (32,50 %) d’une courte tête face à Michel Mado (30,60 %). Sylvie Anno-Chammougon ne récolte rien de cette division de l’ancienne majorité. Pire. Elle, pourtant l’opposante originelle, perd des voix au profit du nouveau challenger. Elle ne parvient à mobiliser que 19 % de l’électorat, là où, en 2020, elle avait réussi une percée à plus de 30 % des voix.
Dans cet apéro d’anciens amis qui a mal tourné, autant il est possible d’imaginer que les voix de Frédéric Theobald pourront, après négociation, se reporter vers Mado plutôt que vers Chalus. D’un autre côté, il est difficile de concevoir que Sylvie Anno-Chammougon se rallie à qui que ce soit, même pour faire vaciller le paquebot Chalus. En fait, Chammougon sait qu’une victoire de Mado serait pour elle la fin de l’histoire, alors que Teddy Bernadotte, mal aimé à Baie-Mahault, lui permet d’espérer.
Même purée de pois au Gosier. Huit listes, un maire sortant élu dans une cacophonie sans nom, des affaires judiciaires héritées de l’ère Cornet, des bouteilles d’eau qui volent et un premier tour chaotique. En effet, Michel Hotin sort en tête avec 36,63 % des voix grâce à une campagne agressive, mais deux nuances sont à établir.
La première concerne la participation (44,62 %). Elle est relativement faible pour une élection avec autant d’enjeux. Alors que les électeurs avaient l’occasion de faire le ménage pour repartir de frais pour sept ans, ils ont choisi de montrer leur désamour.
La seconde a trait au poids de ses adversaires. Ils sont trois à dépasser les 10 %. Sylvain Keeter, et c’est une belle surprise, dépasse Liliane Montout avec 12,44 % des voix. L’ancienne maire, elle, mobilise 12,35 % des voix ; enfin Jocelyn Martial affiche 11,50 % des voix. Derrière eux, des listes mineures, mais dont il faudra aussi essayer de capter les voix, en plus d’aller chercher les abstentionnistes.
Le second tour s’annonce encore plus dur que le premier et rien ne dit que Michel Hotin sorte aisément et vainqueur de ces arènes.
Une traversée agitée
Contrairement à 2020 où la crise sanitaire avait anesthésié les sensibilités en monopolisant le débat public, en 2026, les électeurs ont une visibilité assez claire de ce qui les attend pour les années à venir.
Tout le monde, autant l’équipage que les passagers du navire, a conscience que le vent a forci et que le ciel est extrêmement menaçant à l’horizon. Face aux difficultés à venir, les Guadeloupéens ont choisi la stabilité. Et pour cela sont allés jusqu’à fermer les yeux sur les démêlés judiciaires de certains candidats.
Toutefois, cela ne veut pas dire que les griefs antérieurs sont oubliés. Une frange non négligeable de la population n’y croit simplement plus. Elle ne s’est même pas présentée aux urnes. Ceux qui jouent encore le jeu démocratique ont des attentes énormes envers leurs représentants.
La première est implicite. Résister aux directives françaises surtout si elles sont contraires à leurs désirs. Ce sera un défi de taille, surtout alors que le président Emmanuel Macron, dans un combat vain pour gagner la confiance d’un homme qui n’a que mépris pour lui, semble vouloir embarquer la France dans une guerre dont elle ne veut pas.
La seconde, qui découle de la première, est de mobiliser tous les outils disponibles pour les protéger économiquement de l’impact inévitable de l’actuel emballement géopolitique.
Dans une région qui s’est rapidement paupérisée au rythme de l’abandon de l’État, des familles entières ont été jetées hors des critères des aides sociales par une série de lois qui cachaient mal leur injustice sous un vernis de responsabilité économique. Elles auront besoin du soutien de leur maire pour subvenir à leurs besoins essentiels.
Par ailleurs, tout emballement de l’insécurité et du coût de la vie, même s’il ne découle pas directement des compétences des maires, leur sera directement imputé.
Ce sont, quoi qu’il arrive, sept années difficiles qui attendent les représentants des Guadeloupéens et il est clair qu’ils n’auront pas droit à l’échec.
M. S.
| Commune | Résultat |
|---|---|
| Bouillante | Abelli – 56,24% – Bon taux de vote |
| Petit-Canal | Blaise Mornal – 53,71% des inscrits |
| Terre de Bas | Gabriel Foy – Nouveau mandat – 52,57% des voix (a milité en faveur du désenclavement de l’archipel des Saintes) |
| Terre de Haut | Louly Bonbon – 67,63% des voix (arrivé en cours de mandat, plébiscité par la population, grosse participation de 82%) |
| Petit-Bourg | David Nebor – 60,61% des voix |
| Vieux-Habitants | Jules Otto – 63,80% des voix |
| Pointe-Noire | Camille Elisabeth – 54,76% des voix, mais bien challengé par Thierry Jean-Charles (20,41%) et Sully Pandolf (15,51%) |
| Les Abymes | Jalton – 51,45%, victoire douce-amère, Serva grimpe à 38,38% (9 sièges au CM) |
| Baillif | Marie-Yvelise Ponchateau – 64,82% des voix |
| Saint-Louis de MG | François Navis – 58,48% des voix |
| Capesterre de MG | Jean-Claude Maes – 64,25% des voix |
| Sainte-Rose | Adrien Baron devient souverain, 87,20% des voix alors qu’il est arrivé en cours de mandat |
| Basse-Terre | André Atallah – 56,86% des voix |
| Le Moule | Gabriel Louis Carabin – 51,09% des voix (Bénin ne convainc pas avec 31,20% des voix) |
| Vieux-Fort | Rolland Plantier – 59,42% (revenu après un échec lors de la précédente mandature) |
| Morne-à-l’Eau | Jean Bardail – 53,55%. Laurence Maquiaba avec 10,65% arrache un siège au conseil municipal, des voix belle campagne propre et maîtrisée. Garain pourtant ancré ne suffit pas : 21,91% des voix. Hermin assure sa propre carrière. |
| Lamentin | Jocelyn Sapotille – 51,71% des voix (participation plutôt correcte) |
| Capesterre BE | Jean-Philippe Courtois – Grosse compétition, 6 listes – 59,73% des voix |
| Pointe-à-Pitre | Harry Durimel – 57,47% des voix malgré deux listes assez dynamiques |
| Deshaies | Alphonse Guillaume (successeur de Jeanny Marc) – 55,93%, Fred Goubin 33,20% |
Maires en ballotage positif
| Commune | Résultat |
|---|---|
| La Désirade | Loïc Tonton (GUSR) – 47,36% (Pioche 30,38% / Villeneuve 16,82%) |
| Trois-Rivières | Jean-Louis Francisque (GUSR) – 48,68%, risque de triangulaire |
| Port-Louis | Jean-Marie Hubert –45,55%, fortement challengé par Arthein 40,16% |
| Sainte-Anne | Francs Baptiste – 27,85% des voix. Blaise Aldo (15,38%), Perran (15,73%), Faro-Courriol (16,71%). Earvin Sainsily (9,64%) |
| Gourbeyre | Claude Edmond – 40,46%, embêté par Marguerite Civis (32,76%), Sylvie Thomas (19%) |
| Saint-Claude | Fabrice Minatchy (34,90%), Vitalis (34,55%), Panol (18,66%), Rebecca Coupan (11,88%) |
| Anse-Bertrand | Delta 44,93%, Moustache 40,64% |
| Baie-Mahault | Ary Chalus 32,50%, Michel Mado 30,60%, Sylvie Anno 19,67%. Triangulaire avec Théobald |
| Goyave | Ferdy Louisy 35,07% / Jean-Luc Edom 33,91% |
| Saint-François | Perian 38,65%, Teddy Maru (Bernier) 13,44%, Peroumal 18,68% |
| Grand-Bourg | Maryse Etzol 48,25%, Selbonne 43,75% |
| Gosier | Michel Hotin (36,63%) – Désamour des électeurs, faible mobilisation |
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