Guadeloupe. Sortir du piège de l’Occident. Un modèle de société à notre image !
Guadeloupe. Sortir du piège de l’Occident. Un modèle de société à notre image !
Sainte-Anne, vendredi 26 décembre 2025. CCN. En Guadeloupe, nous vivons une schizophrénie permanente. Baignés par la Caraïbe, géographiquement situés dans le Sud global, nous sommes pourtant administrés par des grilles de lecture importées d’Europe. Depuis des décennies, on somme le militant anticolonialiste de choisir son camp : le « libre marché » (capitalisme) ou « l’État planificateur » (socialisme).
Par Jean-Jacob Bicep.
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Cette injonction est un piège. Ces deux systèmes partagent une même erreur fondamentale : ils imposent une vision de l’humain qui n’est pas la nôtre. Le capitalisme voit un loup solitaire ; le socialisme orthodoxe voit un numéro dans une foule. D’autres avant nous, dans ce grand Sud rebelle, ont tenté de briser ce miroir.
Comment, à l’instar des grandes figures de la résistance historique, inventer un système politique et économique qui respecte notre anthropologie profonde, celle d’un peuple né du Liyannaj ?
Nous démontrerons d’abord que l’opposition droite/gauche est une impasse occidentale (I). Nous rappellerons ensuite, avec Dany Bébel-Gisler, que notre survie passe par la reconnaissance de notre nature relationnelle (II). Enfin, inspirés par l’audace de Bolivar, Sankara et Castro, nous esquisserons cette économie du « nous-mêmes » appelée par Césaire (III).
L’impasse « WEIRD » : l’individu contre le collectif
L’Occident (ce monde Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic) a inventé une fiction dangereuse : l’individu atomisé.
Regardons la vérité en face :
- Le capitalisme (la prédation) : pour nous, ce n’est que la continuité du système de plantation. Il transforme la terre nourricière en marchandise. Il génère une « liberté » qui n’est que solitude.
- Le socialisme bureaucratique (la caserne) : s’il promet l’égalité, il l’a trop souvent fait en écrasant la vitalité communautaire sous le poids d’un État froid.
Dans les deux cas, c’est l’échec. Comme le disait Thomas Sankara, « l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoyé sur son sort ». Or, notre révolte aujourd’hui, c’est de refuser ces deux modèles qui ne nous ressemblent pas.
II. Devenir ce que nous sommes : La force du Lien
La sociologue et militante Dany Bébel-Gisler nous a laissé un impératif : « Devenir ce que nous sommes ».
Mais que sommes-nous ? L’anthropologie mondiale nous le dit. Comme la majorité des peuples d’Afrique (Ubuntu) ou d’Amérique latine, nous sommes des êtres relationnels.
Le rêve de Simon Bolivar n’était pas de créer des petits États capitalistes concurrents, mais une « Grande Patrie » unie par des liens de solidarité. Bolivar avait compris que face aux Empires, l’individu seul n’est rien, mais que le Liyannaj des peuples est tout.
Vouloir nous faire entrer de force dans le moule de l’individualisme français (compétition scolaire, réussite personnelle au détriment du clan) est une violence. Le système adapté à notre psychologie est celui qui comprend que l’individu est un nœud de relations.
III. L’Heure de Nous-mêmes : Leçons de résistance
Il est temps de fermer les livres d’économie écrits à Paris. Comme le clamait Aimé Césaire : « L’heure de nous-mêmes a sonné. »
Pour bâtir cette voie, regardons ceux qui ont osé dire « Non » :
- L’Audace de la Souveraineté (L’héritage de Castro) :
Fidel Castro a prouvé au monde qu’une petite île des Caraïbes pouvait tenir tête à l’Empire au nom de sa dignité. Au-delà des critiques sur le système, nous retenons la leçon : la priorité n’est pas le profit des multinationales, mais la santé et l’éducation du peuple. Notre système doit placer l’Humain (Moun) au-dessus du Marché.
- L’Autonomie Réelle (L’héritage de Sankara) :
Thomas Sankara disait : « Oser inventer l’avenir ». Il nous a appris à refuser l’aide qui enchaîne (« celui qui vous nourrit vous contrôle »). Notre modèle économique doit reposer sur le Koudmen et la production locale. Produire ce que nous consommons, consommer ce que nous produisons. C’est la seule voie vers la liberté réelle.
- L’Union des Suds (L’héritage de Bolivar) :
Contre la division imposée, nous devons retrouver l’esprit de Bolivar. Notre avenir n’est pas dans l’intégration servile à l’Europe, mais dans le Liyannaj avec nos frères de la Caraïbe et des Amériques.
Conclusion
Peuple de Guadeloupe,
Sòti an pyèj a lòksidan, c’est refuser de jouer un jeu dont les règles ont été fixées par d’autres.
Nous ne sommes ni des loups capitalistes, ni des moutons collectivistes
Nous sommes les héritiers de Bolivar pour l’unité, de Sankara pour l’intégrité, et de Castro pour la résistance.
Le système le mieux adapté à notre réalité est celui que nous portons déjà dans notre culture : une société où l’individu est libre d’entreprendre, mais où sa réussite n’a de sens que si elle sert la communauté.
Osons être nous-mêmes. L’heure a sonné.
Jean-Jacob Bicep
Militant anticolonialiste, Géographe
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