Guadeloupe. Débat. Statu quo ? Autonomie ? Indépendance ?
Guadeloupe. Débat. Statu quo ? Autonomie ? Indépendance ?
Gourbeyre, lundi 17 novembre 2025. CCN. D’un côté, le Congrès des élus qui s’est fixé pour objectif prioritaire “la domiciliation du pouvoir”. C’est l’expression utilisée par Guy Losbar, l’actuel président de l’une des collectivités majeures. D’un autre côté, Ary Chalus, le PDR, qui lui semble se satisfaire du statu quo ; en tout cas, il ne s’est jamais vraiment positionné pour une quelconque évolution du statut de notre pays. L’autre versant, ce sont les patriotes, anticolonialistes, nationalistes (UPLG, FKNG, ANG, PCG, CIPPA) qui, eux, souhaitent en finir avec le système colonial français. Deux courants distincts sont à distinguer.
1/ Les radicaux UPLG/FKNG, partisans de l’Indépendance nationale.
2/ Les modérés : PCG/ANG/CIPPA, d’abord autonomistes.
Et puis, nous devons ici évoquer ceux qui ne veulent aucun changement. Ce sont les parlementaires du millénium : députés, sénateurs présents dans les deux assemblées françaises. Ils ont banni de leur discours, dans les assemblées françaises, les termes tels que : colonialisme français, décolonisation, autonomie… Ils sont bien installés dans leur zone de confort et ne souhaitent qu’une chose : être réélus à la prochaine consultation. O nou kay avè yo ?
Sur ce débat, CCN a souhaité avoir un certain nombre de contributions. Alain Plaisir, président du CIPPA ci-dessous.
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Pourquoi l’Autonomie ?
Dans son panorama paru en juillet 2016, l’IEDOM donnait déjà des chiffres accablants sur l’état de notre économie.
Dans le domaine du commerce extérieur, nous apprenions que la Guadeloupe avait, en 2015, acheté (import) pour 2 milliards 534 millions d’euros et vendu (export) pour 222 millions. Depuis, la situation a empiré. En 2019, c’étaient plus de 3 milliards d’euros de marchandises que la Guadeloupe avait importées.
Et en 2024, c’est 4 milliards.
En 10 ans, les importations ont doublé alors que les exportations sont toujours aussi faibles, avec un taux de couverture inférieur à 400 millions.
Pour parler clairement, plus de 4 milliards ont quitté la Guadeloupe pour enrichir d’autres pays et créer des emplois ailleurs.
Concrètement, cela veut dire que l’argent des transferts publics et sociaux ne fait que transiter dans notre pays.
Cette situation a des causes internes, disons franco-françaises ou franco-guadeloupéennes. Depuis l’époque coloniale, la Guadeloupe a toujours été un marché pour les entreprises françaises : « on vous achète sucre, rhum et bananes et vous nous achetez tout le reste ». Ce système favorise les exportateurs de France qui peuvent écouler leurs produits sans trop souffrir de la concurrence. Ce système avantage aussi les importateurs guadeloupéens (plus souvent békés martiniquais) en leur permettant de faire d’énormes profits sur les consommateurs. Cette alliance objective entre exportateurs européens et importateurs guadeloupéens est l’un des principaux obstacles au non-développement d’une production guadeloupéenne.
Ni les exportateurs ni les importateurs n’ont intérêt au développement d’une activité qui pourrait limiter leurs profits.
L’État non plus, qui perçoit la TVA sur le transport et sur les marchandises.
Cette situation a aussi des causes externes : depuis plusieurs décennies s’est développé, au niveau mondial, un capitalisme néolibéral. Le modèle du capitalisme libéral préconise le libre-échange et envisage un monde de concurrence. D’où de nombreux accords de libre-échange entre l’Union européenne et le reste du monde. Le libre-échange est basé sur la théorie des avantages comparatifs.
À partir de cette théorie, il n’est pas nécessaire de produire du sucre en Guadeloupe, quand on peut l’acheter moins cher au Brésil, en Inde, voire à l’île Maurice.
Ce n’est pas la peine de faire de l’élevage en Guadeloupe, les fermes bretonnes nous pourvoiront en viande, lait, beurre…
Pourquoi pêcher dans les eaux de Guadeloupe, quand on peut acheter le poisson à meilleur prix en Chine ou au Pérou, les crabes à Madagascar, et l’igname au Costa Rica…
Ainsi de suite, jusqu’à la disparition complète de nos productions, qui ne bénéficient, aux yeux des capitalistes, d’aucun avantage comparatif.
Et pour faciliter ce commerce international, les grandes puissances vont supprimer toutes les barrières aux frontières et toutes restrictions quantitatives et qualitatives. L’Union européenne fait partie des pays membres de l’OMC et, à ce titre, elle supprime tous les obstacles au libre-échange et démantèle, chez elle-même, tout système de protection. On le voit avec la Politique Agricole Commune et, en ce qui nous concerne, l’accord avec les États-Unis pour libéraliser le marché de la banane, qui permet à leurs multinationales, en Amérique centrale, d’augmenter leurs quotas de bananes exportés en Europe.
Le traditionnel privilège d’accès des produits de la Guadeloupe au territoire « métropolitain », d’origine coloniale, se trouve réduit à peu de chose, à partir du moment où les préférences communautaires jouent un rôle de moins en moins important du fait de l’application des règles de l’OMC (libre-échange généralisé). Ces productions sont en voie de disparition, comme l’ont été avant le café, le cacao et d’autres produits agricoles.
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Que disent les partisans du statu quo ?
Oui, mais nous avons le FEADER et le POSEI !
Nous pouvons constater concrètement deux choses, très concrètement :
– les fonds destinés à l’agriculture vont à 80 % aux deux cultures d’exportation qui sont malgré tout en déclin irrésistible ;
– et le bénéfice de ces fonds, qui sont la conséquence de notre intégration à l’Union européenne, a un prix à payer.
Ce prix à payer est l’ouverture de nos frontières aux 27 pays européens et aux pays avec lesquels ils ont un accord de libre-échange.
Après 20 ans de départementalisation, rien ne va en Guadeloupe.
En plus des maux habituels : chômage massif, pauvreté, exode des jeunes, il faut ajouter maintenant la montée de la violence et l’insécurité routière.
1/ Pour une autre politique économique
Le statut de région européenne de la Guadeloupe, axé sur la logique économique du libre-échange et de la libre confrontation des coûts comparatifs, ne lui ouvre aucune perspective de développement. Nous avons vu également qu’avec la mondialisation capitaliste, le libre-échange favorise les pays les plus développés (pays du G7).
Certains continuent à se faire des illusions et parlent de partir à la conquête des marchés extérieurs. Il sera de plus en plus difficile de garder le marché de la France pour les cultures (sucre, banane) issues de la colonisation. Et encore plus difficile de conquérir des marchés extérieurs. La vraie et seule alternative passe, dans les conditions actuelles du commerce mondial, par la conquête de notre marché intérieur.
2/ Quel statut ?
Depuis 25 ans, date de mon premier livre (Propositions pour le changement), je milite pour un statut d’autonomie (PTOM).
3/ Pourquoi le PTOM ?
Les PTOM ne font pas partie du territoire de l’Union européenne, mais bénéficient d’un régime d’association avec celle-ci. Ce régime est fixé par la quatrième partie du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) et par les décisions d’association du Conseil européen.
La clause « passerelle ».
Le traité de Lisbonne permet à un territoire de passer, dans des conditions simplifiées, du statut de RUP à celui de PTOM. C’est cette procédure qui a été adoptée par St-Barthélemy en 2012.
Ainsi, un changement de statut ne nécessite plus, comme avant, une procédure de révision des traités avec ratification par tous les États membres.
4/ Au niveau économique
Les produits originaires des PTOM importés dans l’UE ne sont pas soumis aux droits d’importation ni aux restrictions quantitatives. Ce régime est non réciproque, c’est-à-dire que, dans certaines conditions, les produits des pays membres de l’Union européenne peuvent être soumis aux droits et taxes d’importation fixés par les PTOM.
Le régime d’association des pays de l’UE et des PTOM prévoit des règles d’origine favorables aux PTOM :
– une procédure de transbordement permet, dans certains cas, aux produits non originaires des PTOM, mais qui y sont importés d’un pays tiers et pour lesquels des droits de douane ont été acquittés dans le PTOM, d’être exportés dans l’Union européenne selon un régime avantageux pour le PTOM ;
– la possibilité d’avoir son propre pouvoir douanier et pouvoir fiscal.
5/ Au niveau politique
Les PTOM, ne faisant pas partie de l’UE, peuvent adhérer aux traités régionaux et intégrer, dans le cas de la Guadeloupe, le CARICOM si elle le souhaite.
Avoir un drapeau et des signes distinctifs, etc.
6/ Au niveau social
Une priorité à l’emploi pour les Guadeloupéens.
Pour conclure, je dirai que l’alternative politique passe par une large autonomie dont j’ai élaboré les grandes lignes dans mes précédents ouvrages et plus particulièrement dans le dernier intitulé « Les Voies et moyens de l’autonomie de l’archipel de la Guadeloupe ».
La voie existe, il faut l’emprunter.
Alain PLAISIR

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