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La Guadeloupe est-elle dans le chaos ? Comment s’en sortir ?

La Guadeloupe est-elle dans le chaos ? Comment s’en sortir ?

La Guadeloupe est-elle dans le chaos ? Comment s’en sortir ?

Pointe-à-Pitre, vendredi 26 décembre 2025. CCN. 52 homicides, un nombre de tués sur nos routes qui pourrait dépasser les 54 morts de l’année 2024, des problèmes récurrents (eau, chômage, précarité nous menant progressivement vers la paupérisation, violences, délinquance routière en augmentation, et d’autres encore…), voilà la situation de grande gravité, quasi chaotique, de notre archipel.

 

L’analyse experte pour CCN de Gérard Bulin-Xavier, sociologue et anthropologue

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La situation de notre territoire nous interpelle tous : les autorités, les politiques, les professionnels du social, les syndicats, les intellectuels, chaque Guadeloupéen et tout individu vivant dans l’archipel, quel que soit leur lieu d’habitation, leur situation sociale, leurs croyances religieuses et leurs convictions politiques. L’enjeu est, avec une farouche volonté, de créer avec tous, dans une logique systémique, des conditions de vie plus acceptables, plus paisibles pour notre pays.
Mais est-il réellement possible de sortir de cette spirale nous menant chaque année un peu plus vers le chaos ?
En évoquant la notion de chaos, de quoi parlons-nous ?
Selon notre théorie, nous retiendrons qu’il y en aurait trois types :

Le chaos modéré

Ce type de chaos est circonscrit à un lieu, à un secteur d’activité, à une période. Il pourrait s’agir d’un black-out (panne générale d’électricité), des suites d’un phénomène naturel (ouragan, tremblement de terre, inondation), d’un méga-incendie, d’une crise sociale majeure, d’une panne numérique généralisée, d’une grave épidémie ou d’une guerre régionale.

Le chaos grave

Il s’agit de situations dans lesquelles, à cause des difficultés politiques, sociales, écologiques, financières, militaires, criminelles, les individus sont désemparés, incapables de vivre normalement, décemment, en toute sécurité, puisque leur vie est en danger de manière permanente.
C’est le cas en 2025 en Haïti ou dans la bande de Gaza.

Le chaos dévastateur

C’est celui qui crée de l’angoisse chez les individus, chez les peuples, dans le monde, dans l’imaginaire collectif.
Il se caractérise par son irréversibilité, par sa violence, par l’effondrement de nos systèmes et la survie même de l’humanité.
Dans cette perspective, on ne parle plus de vie, mais de survie et de retour à des archaïsmes qui ont marqué les périodes les plus sombres de l’humanité et qui peuvent entraîner de grandes régressions sociales, tel le retour à la barbarie.

De cette description conceptuelle, nous constatons que la Guadeloupe n’est pas encore véritablement dans le chaos ; néanmoins, sa situation l’oblige à s’inscrire dans le changement, puisque les probabilités que l’on y vienne sont bien réelles.
Heureusement, car nous parlons d’un archipel dont les habitants portent en eux les marques d’une humanité qui a toujours su se servir des parties endeuillées d’elle-même pour se reconstruire, et de la puissance de leur part sacrée leur permettant de transcender le sens.

Dès lors, nous devons tous ensemble refuser l’idée que la violence pourrait s’inscrire durablement dans nos vies et nous engager à sublimer ces temps désenchantés pour perforer les parois internes de l’absurde, car il est hors de question que le retour à la barbarie s’installe dans notre pays, tel que l’annoncent les collapsologues pour le monde.

Car, dans les faits, cette situation d’incertitude extrême qui touche notre archipel n’annule nullement les réussites économiques, sociales, technologiques, intellectuelles, culturelles, sportives du pays enregistrées durant l’année 2025. Cette situation chaotique ne dépossède donc pas nos îles de leurs ressources immatérielles et métaphysiques que nous ont léguées nos anciens grâce à leur esprit de résistance, rebelle et résilient.
Tout cela en dépit d’un mal-développement en comparaison avec un territoire équivalent en termes d’habitants et de superficie en France hexagonale ou d’une île comme la Barbade. Tout cela en dépit d’un manque d’infrastructures et malgré l’affligeant état de certaines zones urbaines ghettoïsées et indignes de PAP/Abymes, marquées par l’insalubrité, dans lesquelles on compte d’ailleurs le plus grand nombre de morts liés à des règlements de compte ou à des exécutions durant l’année qui s’achève.

À quand le début des travaux de rénovation des quartiers prévus depuis tant d’années et qui sont une violence structurelle dans le paysage d’un territoire en souffrance, et à quand une communication informative, sécurisante, mobilisatrice sur les projets en cours ?

Malgré ces réussites et en prenant en considération que certains indicateurs de désordre sociétal sont les préludes à un chaos, comment peut-on agir pour sortir de la spirale de violences dans laquelle est notre pays et comment traiter ces autres problématiques qui l’alimentent ?

S’agissant de la violence qui empoisonne notre quotidien, il y a bien urgence à s’en affranchir.
Agir efficacement contre celle-ci et pour éviter le chaos en Guadeloupe suggère trois choses :

1- Donner à ce fléau un caractère systémique

Il convient que chaque Guadeloupéen combatte l’indifférence face à cette déferlante et refuse d’accepter la banalisation de ce qui est une outrance faite au corps et à l’âme, tant du violenté que du violenteur.
Il faut que chaque parent, vivant ensemble ou séparément, prenne leurs responsabilités éducatives, morales et pénales face à leurs enfants, surtout si, très tôt, ces derniers manifestent des comportements pré-délictueux.
Si ces parents n’y parviennent pas, et cela peut se comprendre, qu’on leur vienne en aide (services sociaux, maisons de la parentalité, oncles et tantes, parrains et marraines, grands-parents, voisins et voisines, enseignants, associations familiales, culturelles, cultuelles, sportives, clubs et services, etc.).

2- Améliorer les réponses

En termes de prévention, de traitement pénal et de réparation afin que celles-ci correspondent à notre époque tragique où la désacralisation et la désymbolisation s’affirment de plus en plus, même dans notre pays ayant su préserver de fortes valeurs structurantes.

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3- Permettre à nos enfants, ados et jeunes adultes d’avoir les points d’ancrage qui pourraient les amener à dire NON au mimétisme et à l’absurde, à la violence désinhibée, afin d’être en mesure de répondre à la crise du sens qui marque le monde aujourd’hui.

Les points d’ancrage auxquels nous faisons allusion :
Ancrage personnel : Qui suis-je ?
Ancrage identitaire : D’où je viens ?
Ancrage éthique : Quelles sont mes valeurs, mes croyances ?

Et en cela, le rectorat de Guadeloupe pourrait, à titre expérimental, introduire dans le cursus des élèves, dès le primaire, des cours d’ontologie (la science de l’être dans sa dimension philosophique) pour les aider à passer, avec le moins de fracas possible, les crises d’identité, de sens et de l’existence dans lesquelles le monde du XXIᵉ siècle les a plongés, qui s’accompagnent souvent de violences contre soi et contre les autres.

Il pourrait bien s’agir de prévoir un Plan régional de prévention et de traitement durable et global des violences qui nous engage tous dans l’archipel de Guadeloupe.

Pour cela, deux réponses sont possibles :
Celle de l’État, puisque la question de la sécurité est une compétence régalienne. Il importe donc que les autorités nationales prennent toute la mesure de cette problématique et se donnent tous les moyens et toutes les compétences nécessaires à la traiter durablement, tant sur le plan de la prévention que sur celui du traitement.
Celle de l’ensemble des composants de la population guadeloupéenne en faisant peuple.

Faire peuple, c’est se rappeler qu’être guadeloupéen, par exemple, c’est être porteur de valeurs fortes, être doté d’une âme aguerrie malgré les souffrances du temps et les blessures invisibles.
C’est encore faire taire ces pulsions de mort qui voudraient éloigner une population de la beauté de sa diversité et de cet imaginaire que le temps lui a donné en héritage pour valoriser son humanité, en leur préférant les pulsions de vie qu’ils ont en eux, puisqu’ils sont un peuple solidaire, résilient et empathique.
Faire peuple, c’est aussi participer à la construction d’une identité robuste tous ensemble, afin de ne pas prendre le risque de participer à la perte de l’identité d’un pays et être épargné du chaos qui s’installe peu à peu dans le monde.

Faire peuple ne doit surtout pas correspondre à un désir autocentré, à un orgueil mal placé, mais à une responsabilité de tous de laisser aux plus jeunes d’entre nous une terre réenchantée, ayant une culture, une identité, une âme qui sauront les protéger des aberrations du chaos.

4- Faire peuple pour aussi réenchanter le pays-Guadeloupe

Il faut que, pour faire face aux tumultes qui affectent le monde entier et aux nombreuses crises qui traversent l’humanité tout entière, chaque individu, chaque famille vivant en Guadeloupe porte les valeurs du pays et s’inspire de ses marqueurs identitaires pour s’adapter aux contraintes de notre temps.

De valeurs identifiées telles que :
la solidarité, une socialité empathique, l’altérité, le respect de la tradition, le sens de l’engagement, un esprit de résilience, etc.

Des marqueurs identitaires tels que :
une bonne gestion de l’incertitude, un fort quotient émotionnel et affectuel, une distance sociale et hiérarchique courte, un mode de raisonnement inductif/déductif, un esprit de rébellion et de résistance,
son polythéisme culturel et identitaire.

Il n’est pas question que nous laissions la violence meurtrière qui empoisonne nos vies et la délinquance routière, qui ne sont somme toute que l’expression d’un profond malaise, meurtrir notre pays. Il faut que tous ensemble, nous wouklions pour dire NON à l’indicible, à l’incurie, à l’inacceptable.

Pour le pays-Guadeloupe, quatre choses sont aujourd’hui requises par chacun d’entre nous pour réussir un projet commun et durable contre les violences et offrir aux futures générations de nouvelles perspectives.

1- La conscience de qui nous sommes, de la beauté de l’âme guadeloupéenne, de ce que nous valons, de ce que nous avons pu faire de nous en dépit de ce que le temps et les événements ont voulu faire de nous.
2- Notre volonté farouche de vivre à travers nos valeurs telles que le respect, la solidarité et la résistance à tout ce qui affecte l’équilibre de notre pays.
3- Notre souci de mettre nos compétences sociales (être et savoir-être) et techniques (savoir et savoir-faire) au centre de nos activités et de nos projets.
4- Notre ambition pour le pays, en désirant pour lui et pour ses habitants ce qu’il y a de meilleur, en osant le processus d’amélioration continue de la qualité pour combattre le « i bon kon sa », en mettant l’esthétique, l’élégance, l’exigence au centre de nos manières de faire et d’être, afin de mettre en échec l’ineptie et l’incongru.

Il faut en effet saisir aujourd’hui l’opportunité de cette crise civilisationnelle qui traverse le monde pour que, grâce à ses marqueurs identitaires, la force de notre identité et la puissance de notre culture, nous réenchantions le pays, comme le monde doit aussi lui-même se réinventer, afin que notre archipel nous offre, à nous et à nos enfants, de meilleures perspectives de vie.

En effet, quelle que sera la situation de la Guadeloupe de demain, ce seront toujours la qualité de ses enfants, la force du lien solidaire, la puissance de son identité et la beauté de son âme qui nous fourniront des conditions de vie satisfaisantes, en dépit de l’absurdité du monde.

Il faut que nous goûtions ensemble aux beautés de notre guadeloupéanité, dont les vertus n’ont pas été suffisamment contées aux jeunes générations qui s’inspirent trop souvent de modèles qui se sont affranchis des pulsions de vie.
S’il nous faut devenir les mawon de la postmodernité, devenons-le, puisqu’il faut nous débarrasser de ces oripeaux aux mauvaises senteurs qui embrument nos esprits, portant les souillures de menteries issues d’un outrageux passé qui se prolonge et qui sont à l’origine de nombre de formes de violences.
Être mawon de la postmodernité, c’est nourrir son âme des vertus de la tradition de notre part sacrée et user de la force de cette modernité qui n’a pas porté atteinte aux valeurs de notre humanité.

Si je devais, pour conclure, me permettre l’adaptation de cet hymne pensé par Gérard Lockel, j’oserais ceci :

Gwadloupeyens,
La Guadeloupe est en danger.

La violence, une inquiétante dépossession des vertus de l’âme de notre pays, le renoncement, prennent de plus en plus le pas sur nos valeurs de solidarité, de résistance, de respect et d’altérité acquises dans le sang par nos aînés.
Nous ne pouvons rester comme cela.
Chacun doit mettre toutes ses forces pour résister aux pulsions de mort qui veulent supplanter les pulsions de vie qui fondent l’existence même de notre peuple.

De jour en jour, les projets de mauvais augure, les oripeaux puants d’un système en perte de sens et de vitesse envahissent nos vies et obscurcissent nos lendemains.
Il faut que nous fassions attention, puisque le temps passe et risque de nous laisser sur le bord de la route de la destinée de notre pays, appelé à inspirer le monde.

Guadeloupéennes, Guadeloupéens !
Il faut que nous nous mettions tous debout pour que, avec force et vaillance, nous devenions des acteurs de la vie de notre archipel, des artisans de l’avenir de nos enfants et de notre pays, défait de toutes ces formes de violence, de cette difficulté à faire vivre ces valeurs structurantes que nous ont transmises des générations d’hommes et de femmes grâce à leurs combats, à leurs souffrances, à leurs sacrifices.

Guadeloupéennes, Guadeloupéens !
Il faut que nous sortions le pays de ce chemin tortueux et de ses funestes voies.
Il faut qu’il redevienne une terre de paix, de fraternité et d’amour, car c’est un territoire de grande valeur, doté d’une prestigieuse histoire de rébellion, de résistance, de marronnage, de créativité, de transcendance du sens, parce que nous en sommes les dignes enfants, et cela nous oblige chacun à un puissant engagement.

Guadeloupéennes, Guadeloupéens !
Cherchons à tout prix à convaincre cette partie de notre jeunesse et de ces adultes qui, par leurs exactions, portent atteinte à eux-mêmes, à l’héritage séculier de leurs ancêtres qui fait de notre pays une terre d’exception et qui sera un jour celle de leurs enfants.
Disons-leur que la guadeloupéanité qu’ils portent en eux est à forte dimension humaine et sacrée et peut, dès ce jour, les absoudre des injonctions paradoxales que leur inspirent la folie et les peurs de leur temps.

Gérard BULIN-XAVIER
Auteur de l’essai « Le réenchantement de soi et du monde pour gérer le chaos »
Éditions Neg Mawon

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