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Venezuela : Les Etats-Unis dans une impasse

Venezuela : Les Etats-Unis dans une impasse

Caracas. Vendredi 8 aout 2020. CCN/Bolivarinfos/Françoise Lopez. Quand le Gouvernement de Donald Trump a pris le changement de régime au Venezuela comme priorité de sa politique étrangère, il a mis en place une stratégie qui, pensait-il, pouvait réussir en quelques mois. La réalité a mis à bas ce plan, le « projet Guaidó » étant un énorme échec pour la Maison Blanche.

Cette « stratégie » consistait à appliquer des mesures coercitives unilatérales, mal-nommées sanctions, comme mécanisme de pression sur le Gouvernement de Nicolás Maduro et sur la population vénézuélienne grâce au vol et au gel des ressources financières, économiques, commerciales et des biens à l’étranger.

Grâce à cela, on cherchait à élever l’image de Juan Guaidó comme gouvernant officiel du Venezuela au-dessus du Gouvernement actuel, un récit acrobatique qui est tombé de lui-même face à la Constitution de la République Bolivarienne. Tout cela pour utiliser le « Gouvernement par intérim » comme fer de lance de l’enlèvement et de la persécution des actifs à l’étranger et éliminer un scénario politique de stabilité dans lequel les Etats-Unis sont très gênés pour manoeuvrer en sa faveur.

Ce n’est pas par hasard que le « projet Guaidó » et la politique de sanctions de la Maison Blanche ont été critiqués non seulement par les victimes vénézuéliennes mais aussi par les autres agents qui réclament un lieu dans le centre politique étasunien, en particulier, les agents du Parti Démocrate. Les prochaines élections présidentielles au Nord sont la scène idéale pour que certains secteurs de l’establishment étasunien pointent leurs batteries d’arguments contre la magnat président Trump.

Les démocrates

Tandis que la politique étrangère de Trump concernant le Venezuela se voit épuisée par les circonstances actuelles, le Parti Démocrate profite de la situation pour miner tous les arguments que le Parti Républicain pourrait brandir autour de la stratégie putschiste.

La position discursive du sénateur démocrate Chris Murphy devant le Comité des Affaires Etrangères du Sénat, le 4 août, a été très applaudie. Le sénateur a qualifiée de « négligence diplomatique » la position pratique du Département d’Etat et du Gouvernement républicain.

Pendant cette audience, Murphy a critiqué le « projet Guaidó » au point qu’il a affirmé que l’année dernière, les Etats-Unis aient cherché à stimuler un coup d’Etat militaire contre Maduro qui s’est achevé en débâcle » pour la stratégie étasunienne.

Le sénateur du Connecticut a beaucoup insisté sur le fait que les desseins Elliot Abrams, John Bolton, Mike Pompeo, Marco Rubio et Donald Trump concernant le Venezuela se sont achevés en « désastre total » avec le Gouvernement de Nicolás Maduro toujours debout et une crise induite par le blocus et l’embargo sur l’économie et les finances vénézuéliennes mis en place par Washington.

La semaine dernière, Argus Media a publié le brouillon d’un document officiel concernant les promesses du Parti Démocrate concernant le Venezuela si Joe Biden, le candidat choisi par l’establishment du parti, réussit à battre Donald Trump dans les urnes.

Les démocrates promettent « d’abandonner la politique du président Donald Trump concernant le Venezuela et de se centrer sur les besoins humanitaires du peuple vénézuélien » Ce document sera présenté à la convention virtuelle du parti ce mois-ci

Un aspect important de ce brouillon est qu’il ne précise pas si les Etats-Unis, sous la direction de Biden, « reconsidèreraient leur reconnaissance de la revendication du pouvoir du dirigeant de l’opposition vénézuélienne Juan Guaidó, » une chose qu’on ne peut ignorer si nous tenons compte du fait qu’au début de cette année, le député, à présent ancien de Volonté Populaire, a été applaudi par les démocrates et les républicains lors de sa visite au Congrès.

Guaidó étant un produit fabriqué pour les objectifs de la stratégie mise en place par le Conseil de Sécurité National de Trump, une reconnaissance hypothétique par les démocrates signifierait admettre à nouveau la stratégie qu’ils critiquent comme « désastreuse. »

La prétention des adversaires du Gouvernement actuel de changer la politique étrangère étasunienne envers le Venezuela serait, toujours selon Argus Media, un retournement de 260 degrés.

« Les démocrates pensent que la meilleure occasion pour rétablir la démocratie au Venezuela se trouve dans une pression intelligente et une diplomatie efficace, pas dans les menaces vides et belliqueuses sans lien avec des objectifs politiques réalistes et motivées par des objectifs des partis nationaux » dit le document du parti.

Il est probable qu’en parlant de « diplomatie efficace, » un éventuel Gouvernement de Biden cherche à provoquer une pression internationale encore plus forte sur les mécanismes qui ont été activés pour instaurer un scénario politique à la crise institutionnelle au Venezuela que ce soit par le dialogue avec la médiation du gouvernement de la Norvège (et certains agents de l’Union européenne) ou par l’initiative lancée par l’ Uruguay et le Mexique l’année dernière.

Lors d’une cérémonie le 8 juillet, les démocrates ont présenté la « vision de l’ex-vice-président sur le Venezuela et les Vénézuéliens aux Etats-Unis » qui a révélé que les 2 seuls sujets sur lesquels les 2 candidats diffèrent sont :

Le TPS ou statut de protection temporaire. Biden soutient un projet de loi destiné à protéger de la déportation les migrants vénézuéliens qui ont été bloqués par Donald Trump.

Le mur sur la frontière du Mexique. Biden a promis que sa construction ne serait plus financée par les 601 000 000 de $ volés au Venezuela grâce à Guaidó.

D’autres groupes luttent pour un changement de stratégie.

Il existe d’autres factions qui, officiellement indépendantes de l’establishment des 2 partis, ont intérêt à ce que le chavisme cesse de gouverner au Venezuela.

Ce sont les organisations non gouvernementales, les fondations et les groupes de réflexion situés aux Etats-Unis qui couvrent constamment le conflit vénézuélien et proposent une autre feuille de route que celle mise en place par le Gouvernement Trump. Toujours dans le but de soutenir une « transition démocratique, » un autre nom pour le changement de régime.

La section Venezuela du Bureau pour les Affaires Latino-américaines à Washington (WOLA) , a 3 chercheurs et analystes qui, avec d’autres acteurs qui participent aux débats concernant le pays comme Francisco Rodríguez et Michael Penfold, ont pris une position opposée à la stratégie de mesures coercitives unilatérales.

Bien qu’ils soient en relation avec le domaine de la politique, les membres de WOLA Venezuela n’appartiennent pas à la classe politique étasunienne. Bon, le but de leur organisation est d’influer sur les décisions du Gouvernement des Etats-Unis.

Sur leur site, ils précisent :

« WOLA est pour une solution pacifique et démocratique de la crise, soutient les politiques qui abordent les nécessités humanitaires urgentes du peuple vénézuélien et encouragé la création de plus de protection pour les migrants et les réfugiés vénézuéliens. »

La déclaration de WOLA et la promesse du Parti Démocrate concernant le Venezuela ont en commun certaines choses : le sujet humanitaire et l’ordre du jour migratoire, surtout sur le territoire étasunien.

Ce qui sépare la stratégie du Gouvernement Trump et la « vision » de Biden, de WOLA et de Francisco Rodríguez, c’est l’utilisation des « sanctions » dont la capacité destructrice sur la société est déjà amplement connue grâce à des rapports officiels et des rapports devant les Nations Unies et d’autres organismes non gouvernementaux.

L’institution située à Washington envisage également une « transition négociée » étayée par la prise anti-chaviste du « champ de la démocratie » et qui doit être soutenu par une « diplomatie active. » Nous pouvons reconnaître ces points aussi dans le programme pré-électoral démocrate.

De même, le Centro Wilson, dans les mains de Michael Penfold en tant que « membre » est sur la même ligne, il encourage un « départ négocié » de Nicolás Maduro du Gouvernement, accompagné d’une critique du blocus économique, financier et commercial en tant que politique étrangère des Etats-Unis.

Dans une interview récente, Penfold, un expert en politiques publiques et en planification stratégique, déclare que le « projet Guaidó » arrive à son terme au Venezuela avec les prochaines élections législatives organisées grâce à des accords obtenus à la Table de Dialogue National.

Celui qui est aussi professeur à l’IESA déclare que le dialogue est la solution pour résoudre le « problème des institutions » de l’Etat vénézuélien et que les élections doivent avoir lieu mais la division de l’opposition est un point important qui, à son avis, provoquerait la non reconnaissance des élections sur la scène internationale.

Pour que ce dialogue puisse se concrétiser, dit Penfold, il doit y avoir un privilège qui a été brandi par le président Maduro: la levé des mesures coercitives unilatérales des Etats-Unis. Une « transition », dit-il, ne peut se faire que dans ce cadre.

Il est possible que certains décideurs à Washington prennent note de certaines suggestions stratégiques mais au-delà d’un changement de position que le Parti Républicain n’est pas prêt ) accepter à cause de ses coûts politiques dans une situation d’élections, il n’existe pas de tournant qui garantisse une certaine stabilité à la République Bolivarienne et à sa population car le changement de régime est toujours dans la ligne de mire sous une forme ou sous une autre même alors que des élections ont lieu dans le cadre de la Constitution de la République Bolivarienne.

A ce niveau, un virage de la politique étrangère des Etats-Unis n’est possible qu’avec un changement de Gouvernement à la Maison Blanche mais les démocrates n’appliquent pas de nuances à la stratégie concernant le Venezuela en dehors d’appeler à une « diplomatie » yankee qui, certainement, à la lumière des lois internationales, n’a pas de représentation cohérente avec Mike « nous volons, nous trompons, nous mentons, » Pompeo à sa tête, dans une impasse.

Mais nous, les Vénézuéliens, ne pouvons pas nous appeler à mentir.

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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