Guadeloupe. Municipales. Les nouveaux élus pourront-ils résoudre les problèmes récurrents ?
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Si la réponse se devait d’être positive, il y aurait alors un véritable engouement populaire pour ces élections. Mais à voir le nombre incroyable de candidats dans certaines communes, et les chiraj que cela entraîne, déjà on ne peut qu’être triste.
Cela posé, pour éviter une généralisation abusive et un amalgame, il faut distinguer la position ou la posture des candidats.
- Les candidats pro système. Ils sont sans doute les plus nombreux. Pour eux, la Gwadloup de 2026 n’est juste qu’un « département français » (d’outre-mer pour utiliser leur vocabulaire inapproprié), au même titre que les Yvelines, les Hauts-de-Seine ou la Gironde. Ces candidats n’ont aucune vision progressiste de la Gwadloup ; ils ne remettent pas en cause le système colonial actuel, ils se sentent français. Ils sont présents et se présentent à toutes les élections françaises : cantonales, législatives, présidentielles, françaises. Ils n’ont pour notre Gwadloup aucun vrai projet ; ils n’aspirent qu’à une chose, avoir un peu de pouvoir municipal ou autre pour pratiquer de manière systémique ce que nous appelons ici le « Moun an Moun ». Ces politiciens de bas niveau sont, pour la grande majorité, des irresponsables, car ils soutiennent objectivement le système et, durant leur campagne, ils n’hésitent pas à promettre monts et merveilles. En fait, ce sont des politiciens profiteurs : s’ils sont élus adjoints ou responsables dans une communauté d’agglo, leur seul intérêt, c’est de pouvoir bénéficier autant que faire se peut des subsides financiers. Ils sont régulièrement, chaque année, au congrès de maires ou à d’autres occasions de voyager aux frais des contribuables.
En fin de mandature, ils reviennent supplier les lecteurs de voter pou yo. Rien de plus. Comment dès lors s’étonner que les citoyens les plus lucides, les mieux informés, se refusent à participer au jeu électoral ? Qui sont-ils ? Depuis que les anciens esclavagisés ont eu le droit de vote, il y en a eu des centaines. Il en existe encore. - Les candidats progressistes. Ce sont eux qui, après 1946 et la loi de la départementalisation, avaient une étiquette communiste, parfois socialiste, radical-socialiste, etc. Les communistes élus maires, députés, sénateurs tels que Rozan Girard, Gerty Archimède, Hégésippe Ibéné, Paul Lacavé ont parfois dénoncé le système colonial. En adoptant en 1958 le mot d’ordre d’autonomie, on pouvait croire que cette prise de position allait entraîner un changement réel en Guadeloupe. Ce ne fut pas le cas. Car, au fil des années, cette revendication qui se voulait anti-système a perdu de sa force, car les élus n’ont été (malgré eux ?) que de bons et loyaux serviteurs du système. Ils n’ont pas pu (ou voulu) impulser une véritable dynamique anticolonialiste. D’ailleurs, au début des années 90, une grande partie des élus PCG ont quitté le parti pour créer le PPDG, organisation qui a renié très vite tous les principes de l’anticolonialisme. Henri Bangou et Daniel Geniès, ex-communistes révisionnistes, n’auront été que des alliés objectifs du pouvoir colonial.
Socialistes très modérés et aussi assimilationnistes que les communistes de la seconde période, ils n’ont jamais été porteurs d’une solution pour la Guadeloupe. Il faut se rappeler que Lucette Michaux-Chevr y était à ses débuts socialiste. Cela donne une idée du niveau politique de ces socialistes. Hégésippe Légitimus a été fondateur du mouvement socialiste en Guadeloupe. Maire de Pointe-à-Pitre, président du Conseil général, député. Sa fameuse Entente Capital-Travail a suscité à l’époque de nombreuses critiques. D’autres socialistes comme Félix Proto, Frédéric Jalton ont œuvré pour la Guadeloupe, mais sans jamais remettre en cause le système colonial. Dominique Larifla, ex-député socialiste, quitte le PS français pour créer ce qui est aujourd’hui le GUSR de Guy Losbar. Mais le politicien qui résume mieux que tout autre ce que sont vraiment les socialistes franco-guadeloupéens, c’est Victorin Lurel. Un néo-assimilationniste pur et dur, pro-français, qui se nourrit de sa francité et ne cesse de s’opposer à tout changement ou évolution du statut colonial de la Guadeloupe. - Les candidats patriotes ou nationalistes. Dès sa création en 1963, le GONG, première organisation indépendantiste gwadloupéenne, a fait de nombreuses campagnes contre les élections. « Pa voté, nou pa fwansé ». Le GONG termine sa trajectoire au début des années 70. Le Parti des Travailleurs Guadeloupéens (PTG), marxiste-léniniste, maoïste, résolument anticolonialiste, suit pendant moins d’une décennie la ligne du GONG. En 1978, avec la création de l’UPLG et la disparition du PTG, progressivement la question de la participation des nationalistes aux élections françaises est revue. Ainsi, des patriotes tels que Jean Barfleur (Port-Louis, maire et conseiller général), Alfred Donat (maire à Anse-Bertrand) et plus tard Ary Broussillon (maire à Petit-Bourg), Jean-Marie Hubert (vice-président de Région, maire), mais aussi Papa Yaya (maire de Capesterre-Belle-Eau) tentent, sans vraiment réussir, de vouloir changer le système de l’intérieur.
Quelques autres sont élus dans les assemblées : Conseil régional ou général (Roland Ezelin, Roland Thésauros, Corentin), mais en dépit de leurs réels efforts et de leur volonté, ils n’aboutiront pas à faire progresser d’un seul cm le combat contre le colonialisme et encore moins celui pour une indépendance nationale. Car ils se heurtent tous à la même contradiction : comment se dire au quotidien contre le système colonial français pour la création d’un État guadeloupéen souverain et être porteur au quotidien du drapeau tricolore français en gérant une commune, une collectivité, dans le cadre français ? Il s’agit en fait d’une simple envie de pouvoir et aussi du néo-assimilationnisme du XXIᵉ siècle.
Tant que les nationalistes patriotes indépendantistes souverainistes agiront sous cette forme de schizophrénie politique, ils ne seront pas vraiment crédibles. Ils devraient, en toute honnêteté, s’affranchir du discours nationaliste de son narratif traditionnel pour convaincre cette fraction d’électeurs qui se posent avec lucidité cette question :
Ka yo vlé rété fwansé oben kaskod pou bon ?
Les municipales de mars 2026 ne seront qu’une fois de plus l’illustration pratique de la situation actuelle. La Gwadloup, quant au fond, n’est pas vraiment prête pour le changement. Il faut l’admettre avec lucidité. On accepte le système actuel ; les maires et les nouveaux élus, de toute couleur politique, sont tous au même niveau : ils ne pourront que se contenter des rustines et autres mesurettes disponibles dans le cadre actuel.
En attendant, la violence et la précarité ne cessent de croître, jusqu’au jour où les pauvres et les jeunes armés, n’en pouvant plus, décideront d’en finir brutalement avec cette société injuste.
Après le 15 mars, les nouveaux élus de tout bord devront nécessairement se poser la question :
Ka nou fè konnyéla ?

