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Appel de Fort-de-France, et après ?

Appel de Fort-de-France, et après ?

C Vu de la Guadeloupe - la réforme des retraites

C Vu de la Guadeloupe 

La chronique d’Olivier Nicolas

La chronique d’Olivier Nicolas

Basse-Terre-Capitale. Lundi 2 janvier 2023. CCN. Le tournant d’une année vers la suivante est toujours le moment où l’on esquisse des bilans et on trace des perspectives. Sur le plan politique dans nos territoires, outre le score électoral très inquiétant de l’extrême droite à la présidentielle, 2022 aura notamment été marqué par l’appel de Fort-de-France initié le 18 mai dernier par plusieurs exécutifs de collectivités, régions et départements pour demander à l’Etat « un changement profond de la politique des outre-mer ». 

La formule est suffisamment vague pour séduire aussi bien ceux qui espèrent une évolution vers davantage d’autonomie, que ceux qui souhaitent avant tout une amélioration des politiques publiques pour changer le quotidien des populations.

Mais, il fallait bien, grâce à ce flou initial, rassembler sous une même bannière des élus qui n’ont pas les mêmes idées, ni les mêmes objectifs, et des territoires qui, au-delà de certains traits communs, ont des trajectoires et des histoires différentes. A charge pour chacun de travailler son propre projet et sa propre stratégie, dès lors que le président de la République et le Gouvernement ont exprimé leurs bonnes dispositions pour répondre à cet appel et pour ouvrir le champ des possibles, y compris en matière constitutionnelle.

L’ennui, c’est qu’après bientôt huit mois, si la réflexion paraît assez avancée dans plusieurs territoires, bien malin est celui qui sait aujourd’hui où nous en sommes réellement en Guadeloupe

C’est comme si, en effet, nous allions à reculons dans ce débat que certains élus en responsabilités n’ont pourtant cessé d’appeler de leurs voeux, parfois depuis des années. Ils s’en défendront bien sûr, mais il y a des indices très clairs du peu d’entrain mis dans cette démarche : les congrès de juin et décembre 2019 sans aucune suite ; des campagnes électorales régionale et départementales sans aucun débat sur ces questions (ni sur d’autres d’ailleurs…) ; une commission ad hoc mixte Région-Département-Parlementaires-Association des maires que l’on met 6 mois à installer et qui, après trois réunions en octobre et novembre, n’a toujours rien produit de consistant et d’officiel ; une conférence territoriale de l’action publique que l’on pare de toutes les vertus en matière de réorganisation des compétences locales mais qui, après avoir surtout pataugé dans le dossier de l’eau, ne s’est plus réunie depuis plus d’un an…

Pendant ce temps, même si cette comparaison a le don de nous hérisser, la Martinique en est à son 2e congrès en quelques mois et le 21 décembre dernier, leur commission ad hoc a présenté aux élus ses préconisations autour de 8 thématiques qui ont été travaillées après une phase diagnostic. Comme le dit le président Serge Letchimy dans son discours ce jour-là :  « nou paré ! ».

Eh bien, à ce petit jeu du « paré, pa paré », il y a matière à s’inquiéter de notre lenteur au démarrage qui va nous conduire à devoir à faire vite et pas forcément simple, ni forcément bien. Avec, à la fin, le risque du sempiternel « I bon kon sa » qui devrait, lui, nous hérisser pour de bon, car il fait le lit du désintérêt citoyen lui-même déjà nourri des exercices similaires du passé : états généraux des Outre-mer de 2009, projet guadeloupéen de société de 2010, assises des Outre-mer de 2017…

Mais le plus alarmant, c’est encore de mesurer la difficulté de nos deux exécutifs à dire clairement ce qu’ils veulent pour le pays. Devant la délégation outre-mer du Sénat chargée de remettre un rapport sur les souhaits d’évolutions institutionnelles et statutaires dans nos territoires, leurs auditions en novembre et en décembre ont tourné au festival de formules et de slogans qui tournent autour du pot, ne disent pas grand chose ou alors tout et son contraire.
A l’évidence tétanisés par l’ampleur de la défiance de la population envers des élus qui réclameraient davantage de compétences demain alors qu’ils ont, à ses yeux, bien mal utilisé leurs compétences d’aujourd’hui, la volonté de « rendre les politiques publiques plus efficaces » a désormais supplanté les grandes envolées lyriques sur l’autonomie et sur la responsabilité. « L’heure de nous-mêmes » ne sonne plus aussi fort que les alertes sur les défaillances multiples de nos services publics, sur la dégradation de notre qualité de vie, sur la (mauvaise) gestion des finances locales ou sur notre déclin démographique. Et pour éviter d’avoir à sortir de leurs ambiguïtés à leur détriment, il leur reste la pirouette qui consiste à marteler qu’ils feront en définitive « ce que voudront les Guadeloupéens ».

En oubliant, au passage, que les Guadeloupéens auront toujours à se prononcer, mais qu’ils le feront sur le ou les projets que leurs élus devront avoir le courage de leur proposer…

Quel contraste, en tout cas, avec les positions claires que l’on a pu entendre dans le cadre de ces auditions au Sénat : le président du Département de la Réunion, Cyril Melchior, qui s’oppose franchement à toute évolution statutaire ; le président de la CTM, Serge Letchimy, qui demande notamment un pouvoir normatif pour adapter la quasi-totalité des lois nationales ; ou encore le président de la CTG, Gabriel Serville, qui défend le concept de « pays autonome » au sein de la République. Pas de frilosité, moins de ruse, moins de calculs, et c’est ainsi que s’ouvrent des débats riches et potentiellement fructueux. De la clarté et de la précision dans les concepts, et c’est ainsi que l’on doit aborder une matière qui nécessite de poser les enjeux avec vérité et pédagogie devant une population qu’il faudra d’abord intéresser et, en bout de course, convaincre.

Dans ce contexte, la prochaine réunion de la commission ad hoc guadeloupéenne qui est annoncée pour le 4 janvier prochain aura, déjà, des allures de réunion décisive pour savoir si et comment la Guadeloupe monte enfin dans le wagon des territoires prêts à saisir l’opportunité d’une remise à plat, tout à la fois, des politiques publiques conduites dans notre territoire et des conditions de leur mise en oeuvre. Il y a trop de choses à réparer dans le pays et trop de mauvaises habitudes à changer pour manquer cette occasion.

Chères lectrices, chers lecteurs de CCN. Rendez-vous en 2023 !

Bonne années à toutes et à tous.

Olivier Nicolas

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