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La Guadeloupe de 2023 au révélateur des saillies de Darmanin

La Guadeloupe 2023 au révélateur des saillies de Darmanin

C Vu de la Guadeloupe - la réforme des retraites

C Vu de la Guadeloupe 

La chronique d’Olivier Nicolas

La chronique d’Olivier Nicolas

Basse-Terre. Capitale. Jeudi 9 février 2023. CCN. Au bowling du bad buzz politique, le ministre Gérald Darmanin a fait « strike » la semaine dernière. Il aura suffi de trois déclarations forcément préméditées lors d’un fumeux colloque sur les Outre-mer organisé à Paris par l’hebdomadaire Le Point qui dit rarement du bien de nos territoires lorsqu’il daigne en parler. Trois déclarations faites pour choquer qui viennent un peu plus creuser le fossé entre le Gouvernement et les Outre-mer. Mais trois déclarations qui sont aussi des révélateurs à analyser pour en comprendre toute la portée.

1/ Passons vite sur ses propos sur la République et l’abolition de l’esclavage qu’elle nous aurait généreusement octroyée en s’y reprenant à deux fois en 1794, puis en 1848. Car, il n’y a là finalement rien de très étonnant : Darmanin est de droite. Il a même politiquement germé à la lisière entre la droite et l’extrême droite dans les années 2000 et 2010. Sa transformation express en macroniste en 2017 n’a à l’évidence changé ni l’image, ni le son : il continue de défendre la vision surannée et insultante de l’histoire de France qui avait abouti en 2005, pour une partie de la droite, à promouvoir une loi proposant de reconnaître les bienfaits de la colonisation. Heureusement sans suite… Pour cette engeance là, à laquelle appartient aussi – n’en doutons pas une seconde – une certaine Marine Le Pen pour laquelle tant de nos concitoyens ont pourtant voté, la reconnaissance du crime contre l’humanité que fut l’esclavage ressemble déjà beaucoup trop à une repentance jugée intolérable. La réconciliation ? Mais pourquoi faire, à partir du moment où la République a fait tout le boulot en nous libérant des fers ? Quant à la réparation, « et puis quoi encore ? »  Que la République abolitionniste ait été aussi celle qui a généreusement indemnisé dans la foulée les propriétaires d’esclaves doit être un point de détail de l’Histoire pour M. Darmanin. Tâchons simplement de ne pas oublier ce méphitique roman national qu’il porte en bandoulière le jour où il viendra solliciter nos voix pour concrétiser les ambitions présidentielles qu’on lui prête déjà.

2/ Méditons ensemble, en revanche, sur sa sortie sur l’autonomie à laquelle nous ne pourrons prétendre, à l’en croire, que lorsque nous produirons ce que nous mangeons et lorsque nous produirons notre propre énergie. Celle-ci illustre plusieurs choses.

D’abord, comme nous le disions déjà lors de l’annonce du Gouvernement Borne en mai dernier, que le retour des Outre-mer dans le giron du très régalien ministère de l’Intérieur a confié nos territoires à un ministre qui à l’évidence n’y connaît rien et qui, surtout, donne l’impression de ne pas chercher à y comprendre quelque chose.

Ensuite, que le ministre a déroulé des éléments de langage qui, en réalité, ne cherchent même pas à être cohérents : le voilà, en effet, qui pourfend une idée – l’autonomie – que son collègue Lecornu était prêt à nous vendre il y a à peine un an et sur laquelle le président de la République, recevant les élus ultramarins à l’Elysée en septembre dernier, s’est lui-même déclaré ouvert. Mais, le meilleur c’est que le lundi 6 février, deux jours après avoir vitupéré publiquement contre les velléités autonomistes des Outre-mer, le même Darmanin était en Corse et, répondant à France Info, il disait combien il était ouvert et bienveillant… « sur les aspirations autonomistes des élus corses ». Comme si, tout d’un coup, le ministre retrouvait enfin le sens commun. Celui qui commande de reconnaître, par une simple observation du monde, que l’autosuffisance alimentaire et l’autonomie énergétique – dont la Corse ne dispose pas davantage que nous – ne sont en aucun cas des critères pertinents pour déterminer si des territoires peuvent être autonomes ou pas.

De cette approche « à la tête du client » et de cette mauvaise foi qui apparaît assez abyssale, qu’en déduire, sinon que discuter avec pareil interlocuteur dans les mois à venir va s’avérer pour le moins compliqué pour nos élus à quelques mois d’un conseil interministériel des Outre-mer (CIOM) dans laquelle ils ont placé beaucoup d’espoirs…

3/ D’autant que c’est assurément la troisième des saillies de notre ministre qui doit mériter toute notre attention. Celle dans laquelle il affirme que le Gouvernement n’a pas d’interlocuteur dans les Outre-mer, disqualifiant ainsi toute la représentation politique ultramarine :

« Dans les territoires ultramarins, il y a désormais peu de partis ou d’élus représentatifs de ce quon pourrait appeler des partis de gouvernement traditionnels. Et donc le gouvernement ou les préfets sont en face, soit de collectifs un peu spontanés, numériques, très difficiles à comprendre et à canaliser, soit de partis politiques révolutionnaires, indépendantistes, ce qui rend difficile le pacte de gouvernement quon peut avoir avec ces territoires ».

Une sorte de « vous allez la fermer ! » à destination de tous nos élus. Sans nuance et sans exception. Tout le monde dans le même sac ! Y compris nos deux présidents de collectivités majeures, pourtant soutiens du Gouvernement, mais bien mal récompensés d’avoir parrainé le candidat Macron à la dernière présidentielle et de leur silence coupable lorsque celui-ci, par exemple, pond une réforme des retraites qui sera désastreuse pour nos territoires. 

Devant une telle défiance, on aurait pu s’attendre à une forme de révolte de leur part. Mais rien, ou si peu : plus de 48 heures après la parole darmanienne, un simple communiqué du parti au pouvoir chez nous qui ne cite ni le ministre nommément, ni même ses propos. A la fin, si le manque de respect et l’arrogance du ministre à l’égard des élus peuvent être choquants, l’incapacité desdits élus à s’attirer le respect du Gouvernement finit par être préoccupante et lourde de questionnements, car il doit bien y avoir une explication rationnelle à cette apathie…

Mais, le plus grave dans cette séquence, c’est que rien ne vient nous sortir de la défausse générale bien commode dans laquelle se sont installés le Gouvernement et nos collectivités : « c’est pas moi, c’est lui » tient désormais lieu d’explication devant tout ce qui va mal chez nous.

Que les trois saillies de Darmanin n’aient pas provoqué d’électrochoc chez ceux qui nous dirigent montre hélas que le théâtre d’ombres qu’est devenue la politique guadeloupéenne va continuer. Et l’impuissance publique aussi.

Olivier NICOLAS 

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