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Guadeloupe. #Culture. Paris ne dira pas le Gwo-Ka

Paris ne dira pas le Gwo Ka

Paris ne dira pas le Gwo-Ka

4/5

Quelques mots me viennent. Avec comme boussole le lion rugissant fait avocat de son peuple Gi Konkèt “Kenbé rèd siwtou pa moli”

Pointe-à-Pitre. Dimanche 3 mars 2024. CCN. Débattre sur le cadre légal qui serait désormais celui de l’enseignement du Gwoka est une chose.

Le faire en omettant le contexte de domination coloniale, qui est celui que nous subissons en tant que peuple Gwadloupéyen est une erreur et une illusion.

Commençons par l’illusion

Je pense à Mèt Wobè Loyson.

“Sé ki len ki lòt ki fè sa

Yo sinyé kann a larichès”.

Il faut être bien naïf pour croire que l’État français va passer de l’article 16 du Code Noir qui interdisait les Lewozsous peine de fouet, à un texte qui subitement va nous faire découvrir les vertus de la loi française pour le Gwoka.

En tant que légataires du Gwoka reconnaître au Parlement français un droit quelconque et même partiel pour réglementer cette pulsation cardiaque essentielle de l’âme nationale Guadeloupéenne équivaudrait à une captation et un vol d’héritage.

C’est comme si l’Assemblée Nationale ou le Sénat rentrait dans un foyer en Guadeloupe pour vous dire qui sont vos ancêtres, vos parents, comment cuire une soupakongo et s’il faut vous entendre ou non avec tel ou tel autre de vos voisins…

C’est une introduction par surprise ou par violence dans l’âme de notre Pays et de notre conscience commune. Un viol législatif.

De quel droit le législateur passe-t-il du mépris à la réglementation sans qu’à aucun moment le génocide culturel de l’État contre le Gwoka ait été reconnu et jugé ?

Dominer, exploiter et exterminer ne concerne pas seulement le physique et l’économie.

C’est aussi et d’abord le viol des consciences qui assure le “démounaj”…. (Fanon “peux noires masques blancs” – R.C Serva, Etudes Guadeloupéenes. Concept de “colonie départementalisée” – C. Chibon, discographie Akiyo “Sa sé tout fos an mwen” sur les mutations de la domination.)

L’assimilation, l’imposition de “l’horaire d’été ou d’hiver”, l’interdiction de parler créole, l’usage dans la terminologie des hauts fonctionnaires des expressions “les locaux”, “vacances d’été” ne sont pas si loin ou sont encore en cours.

Je rappelle à certains que quand l’accord salarial Bino à été signé en février 2009, il comportait un préambule rappelant le contexte historique, social et culturel des rapports d’exploitation sous le terme :

mouvement culturel AKIYO

“ÉCONOMIE DE PLANTATION”.

Le même État qui fait semblant aujourd’hui d’aimer le Gwoka a décidé d’étendre l’accord Bino en annulant son préambule.

Spécialement l’Arrêté du 03 avril 2009 prévoit que sont applicable ..”.les stipulations de l’accord régional interprofessionnel sur les salaires en Guadeloupe en date du 26 février 2009 à l’exclusion :

du préambule de l’accord au motif qu’il est dénué de toute portée normative et de tout lien avec l’objet d’un accord collectif au sens du code du travail …”

Toute référence historique est donc effacée du combat social ET sociétal de 2009 est donc gommée.

Or, il faut rappeler que le Gwoka n’est pas un art de ouélélé, il a bien été inventé, prié et conçu dans le cadre de rapports d’économie de plantation.

Au moment du paroxysme de l’exploitation des âmes et des corps de nos ancêtres pour enrichir l’État français et ses colons.

Le Gwoka est hélas aussi le fruit d’un génocide pluriséculaire.

Et il serait par exemple surprenant que le Parlement allemand vienne aujourd’hui dire aux juifs ou à l’État d’Israël dans quel cadre les traditions de résistance des juifs doivent être désormais enseignées et transmises.

De la même manière qu’il ne viendrait pas à la France d’aller à Alger pour désigner au peuple algérien ses poètes et ses danse au prétexte que la France a dominé la nation algérienne jusqu’à en faire un département

Ne nous y trompons pas !

C’est un piège que ce projet de l’Assemblée Nationale, une chausse trappe, on bwèt a krab…é pak poko rivé !

Si la France veut considérer le Gwoka comme une danse “régionale” du patrimoine français, c’est son affaire de puissance coloniale.

Si nous en revanche nous acceptons ce marché de dupe nous signons alors notre disparition en tant que peuple apte à revendiquer notre souveraineté culturelle.

Car nous aurons consenti à notre spoliation.

Pour ce qui est de l’erreur en second lieu il y a un fait indéniable.

Nous avons à force d’assimilation intellectuelle comme “diplômés” comme “”parlementaires” et comme “citoyens” toujours cette tendance à reproduire la synecdoque.

L’erreur qui consiste à confondre la partie et le tout.

Le Gwoka n’est pas une musique, ni une danse, ni une spiritualité, ni un instrument de lutte.

Le Gwoka est une des racines essentielle de l’âme Guadeloupéenne.

Prétendre depuis le palais Bourbon à Paris décerner des conditions d’une formation diplomante sur le Gwoka est au mieux une vision déformée au pire une injure.

Quoi Vélo, Carnot, Kristen, Lockel, la famille Geoffroy, Valkou Gène, Chaben, Wobè Lwazon Ti Papa, Ti Céles et j’en passe n’étaient donc pas des enseignants ?

Ils n’ ont rien transmis ?

Ils n’ont pas eu d’élèves ?

Mèt Gi Konkèt n’aura pas eu de disciples ?

Oui bien sûr !

Mille fois oui.

Ces grands hommes ont été d’admirables maîtres grâce auxquels le Gwoka a été, est et sera.

Ils ont, hors de l’autorité du maître blanc développé une pédagogie, des écoles avec un résultat exemplaire.

La notion philosophique de Démounaj é rèmounaj de Mè Likibè Séjò, acquiert ici toute sa place….

Le Gwoka na eu besoin que de sa propre consistance. De son propre mounaj…

Le Gwoka s’est démultiplié.

Ces grands maîtres ont su transmettre à leurs élèves devenus leurs enfants la part d’âme nécessaire.

L’erreur ici est de ne pas voir l’essentiel.

L’essentiel est le combat la lutte révolutionnaire culturelle. 

C’est dire le fait de dire non à la loi coloniale et de poursuivre la lutte sur ses propres bases.

Aujourd’hui qui sont les grandes universités du Gwoka, les grands centres de formation ?

Le conservatoire comme disait Mèt Jéra Lockel c’est le peuple. Ses léwoz, ses Mouvman kiltirèl, ses Fanmkika dont certaines sont chercheures ( Voir thèse de M Helena Laumuno. Ses poètes fondant à partir du ka une grille de création, (voir Manifeste Wanniwannan). Ses dramaturges. Ses syndicats diffusant le Gwoka dans les meetings, les procès, l’animation des bik…

Seule la lutte dit le vrai.

Seule la lutte invente les formes et affine les contours du fond…

Trois exemples.

Le Code Noir interdisait le Gwoka en son article 16. Quand le 23 juin 1995 à la demande du ministère de l’intérieur, la municipalité de Pointe-à-Pitre a voulu interdire le Gwoka, il trouva en face d’elle les tanbouyé de “lari pyetonn”, “Akiyo”, des poètes (P Rilcy), artistes peintres (Nankin), des défenseurs TACITA), le peuple en son entier pour combattre et mettre à bas cette interdiction.`

Quel fut l’outil créé par et pour le peuple : Le Komité Gwadloupéyen pou Jouwé Gwoka.

Quand vint l’époque des couvre-feux et autres confinements sanitaires mettant à mal les libertés publiques.

Là encore c’est le tambour dans les meetings et le tambour Mas Mawon qui ont accompagné le combat du peuple pour ses soignants et pour la liberté de circulation et de consentement à la vaccination.

En bref pour ses droits et libertés fondamentales. 

Aujourd’hui il ne se passe pas de semaine sans que ne soit créé de Commission d’enquête sur la question.

Et il y a quelques jours une Cour supérieure d’Australie (Pays champion des vaccination) a reconnu qu’avoir imposé la vaccination de masse était “illégal” et contraire “aux droits humains”.

Dernier exemple.

La lutte n’est pas synonyme de méthode dépassée ou “d’enfermement communautaire” comme aime à le dire le discours colonial officiel.

Beaucoup d’artistes comme Lavizo, Troupé et d’autres encore sont issus de la résistance ce qui n’a pas empêché qu’ils mènent carrière au péyi et hors les frontières du péyi.

Jakata !

Il est temps non pas d’inventer mais de prendre conscience collectivement qu’il existe d’ores et déjà au droit culturel coutumier Guadeloupéen.

Patrice  TACITA.

Avocat

Poète

Ancien Président du Mouvman Kiltirèl Akiyo

Tanbouyé

 

L’État à l’épreuve des minorités,

Études Guadeloupéennes 1994 Jasor

1 réflexion sur “Guadeloupe. #Culture. Paris ne dira pas le Gwo-Ka”

  1. accepter cette mascarade serait une insulte pour les combattants de la liberté que furent nos aînés, et une ” démounyarisasyon” de qui nous sommes dans notre essence même.

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