Guadeloupe. Analyse géopolitique. La Chine invente une modernité sans sujet
Guadeloupe. Analyse géopolitique. La Chine invente une modernité sans sujet
Pointe-à-pitre, jeudi 23 avril 2026. CCN. Pawol Lib.
La Chine a réussi à être moderne sans l’humain en combinant marché déchaîné et contrôle politique total, Pékin invente une puissance qui se passe de démocratie et réduit l’individu à une donnée. Un défi anthropologique pour toutes les sociétés tentées par l’utopie gestionnaire.
Tribune par David Boucaud
Économiste-Psychanalyste
à des contributeurs venus politiquement horizons divers . Mais attention les points de vue et les opinions émises en « pawol lib » peuvent ne pas reflèter la ligne éditoriale de ccn et donc n’engagent que le signataire.
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De l’Empire à la modernité hybride : la Chine, laboratoire d’un monde sans sujet
La Chine fascine et inquiète. En quarante ans, elle a sorti 800 millions de personnes de la pauvreté, planté des forêts de gratte-ciel et pris la tête de l’IA, du solaire et des batteries. Pourtant, plus elle se modernise, moins elle ressemble à nos démocraties. Et si c’était voulu ? Et si la Chine avait inventé une modernité qui fonctionne précisément parce qu’elle se passe de l’humain et de la démocratie ?
Comprendre la Chine exige d’abandonner nos lunettes. Ce n’est pas un « pays » au sens européen, né de traités et d’élections. C’est un « État-civilisation » vieux de trois mille ans, qui tire sa légitimité de l’histoire, non des urnes. L’empereur gouvernait par « mandat céleste » : tant que le peuple vivait en paix, le Ciel validait son pouvoir. Aujourd’hui, le Parti communiste a remplacé le Ciel par la courbe de croissance. Le mandat est devenu statistique.
Depuis 1978, Pékin n’a pas choisi entre communisme et capitalisme. Il a créé un hybride : le capitalisme d’État autoritaire. Trois règles le définissent.
Un modèle économique et politique sous contrôle total
Le marché obéit, il ne commande pas
Oui, la Chine a des milliardaires, des géants du numérique, une Bourse. Mais dès qu’Alibaba, Didi ou le secteur du soutien scolaire deviennent des lieux d’autonomie sociale, l’État les recadre ou les démantèle. Le privé produit de la richesse, jamais du contre-pouvoir. La démocratie, comme séparation des pouvoirs et droit au dissensus, est exclue par construction : elle ralentirait la machine.
On ne gouverne plus par la morale, mais par les chiffres
Hier, l’empereur devait être vertueux. Aujourd’hui, le pouvoir se justifie par la performance : points de PIB, brevets déposés, caméras par habitant. Le « crédit social » qui note les citoyens est le symbole de ce basculement. La loi et la morale sont remplacées par la note. Le citoyen n’est pas consulté. Il est mesuré, scoré, corrigé.
L’État extrait de la conformité
Dans un régime extractif, le pouvoir capte les rentes pour se reproduire. En Chine, la rente est aussi humaine : données, prévisibilité, obéissance. Les églises, les ONG, les mouvements spirituels comme le Falun Gong sont interdits dès qu’ils offrent un cadre de sens alternatif. Pourquoi ? Parce que l’autonomie psychique est un coût. L’algorithme préfère des comportements prévisibles.
L’humain réduit à une variable du système
La tradition confucéenne pensait l’individu comme porteur de ren, cette vertu d’humanité qui passe par la relation. L’individu existait par ses liens : famille, maîtres, société. La rationalité qui domine aujourd’hui réduit l’individu à ses métriques : productif ou non, solvable ou non, dangereux ou non. Tu vaux ton code QR.
La surveillance généralisée vise un idéal inédit : la transparence totale. Plus d’écart entre ce que tu penses et ce que tu montres. L’intériorité, le doute, l’ambivalence deviennent des bugs du système. On fabrique ainsi des individus ultra-adaptés, performants, mais vidés de conflictualité interne. C’est ce que la psychanalyse appelle la désubjectivation : tu fonctionnes, mais tu n’habites plus ton existence.
Une démocratie rendue inutile
Dans ce système, voter ne sert à rien, car la légitimité vient des résultats. Débattre ne sert à rien, car le débat ralentit l’exécution. Le Parti n’a pas besoin de ton consentement. Il a tes données. Il n’a pas besoin de ton adhésion. Il a ta conformité. La démocratie n’est pas écrasée par idéologie. Elle est disqualifiée par incompatibilité fonctionnelle.
Faut-il s’en réjouir ? Le PIB dit oui. La santé mentale dit non. Derrière les chiffres, la Chine affronte une montée de l’anxiété, du burn-out chez les jeunes diplômés et du repli. Quand le seul projet collectif est « être le premier », l’individu découvre qu’il n’est plus un projet pour personne.
Le miroir des sociétés contemporaines
La Chine prouve qu’on peut être moderne sans être libéral. Il y a des modernités plurielles. Mais elle pose une question qui nous dépasse : une société peut-elle durablement séparer la puissance et le sens ? La croissance et le sujet ?
Partout, la tentation existe de remplacer la politique par la gestion, la morale par la procédure, le citoyen par l’usager. La Chine pousse cette logique à son terme. Elle est le miroir grossissant de notre propre utopie gestionnaire : celle où tout serait optimisé, sauf la question « pourquoi vivons-nous ensemble ? ».
Un défi anthropologique global
Le défi chinois n’est donc pas seulement géopolitique. Il est anthropologique. Il nous oblige à choisir : voulons-nous des sociétés très bien administrées, ou des sociétés où l’humain reste un espace d’imprévisible, de désaccord et de liberté ?
L’Empire du Milieu a réussi à être moderne sans l’humain. La question est de savoir si nous voulons l’imiter.
David Boucaud est économiste-psychanalyste. Il travaille sur les liens entre structures économiques et subjectivité dans les sociétés post-coloniales et post-impériales.
Identifier une communication parasite, c’est repérer le moment où le message cesse d’être une donnée pour devenir une sommation émotionnelle.
L’hyperbolisation de la communication transforme l’information en sommation émotionnelle. Face à l’hyperbolisation de la communication, l’individuation est une résistance.
2. L’Éthique du discernement : De la masse à l’individu
Face à la force centrifuge des réseaux sociaux qui tendent à uniformiser les consciences, l’exercice du discernement devient un acte de résistance politique et psychanalytique.
L’individuation contre le conformisme :
Carl Gustav Jung mettait en garde contre l’absorption de l’individu par la psyché collective. Résister à l’hyperbole, c’est refuser de se dissoudre dans le tumulte du « on » numérique. Ce processus d’individuation permet de se réapproprier sa propre capacité de jugement.
La diététique informationnelle :
Diversité radicale, ne pas se limiter à confronter des opinions, mais varier les structures de pensée (sciences, philosophie, temps long).
Suspension du jugement :
Face à l’immédiateté de l’hyperbole, la véritable force réside dans la capacité à dire : « Je ne sais pas encore assez pour avoir une opinion. »
3. Le retour au réel : Se « nourrir de la vie »
Pour Jacques Lacan, l’aliénation débute lorsque le sujet se perd dans l’image (le stade du miroir) ou dans le discours de l’Autre. L’hyperbolisation numérique constitue une forme moderne de cette aliénation : nous finissons par habiter un monde de représentations surchargées, coupés de notre expérience sensorielle et intime.
Désaliéner le regard :
Se « nourrir de la vie » consiste à restaurer le contact avec le Réel (au sens lacanien), soit ce qui échappe à la symbolisation médiatique. La conversation profonde, le silence, l’effort physique ou la contemplation sont des actes de réancrage essentiels.
La temporalité retrouvée :
L’hyperbole se nourrit de l’instantané, tandis que la vie se déploie dans la durée. En pratiquant la pleine conscience ou en cultivant des rituels hors écran, nous réintroduisons une temporalité humaine là où la machine impose un rythme algorithmique. L’hyperbolisation de la communication n’est pas une fatalité, mais un symptôme.
Conclusion : Vers une écologie de l’attention
Le constat est sans appel : la communication politique bascule dans une ère de l’outrance dont Donald Trump reste le modèle absolu. Cette contagion, qui gagne les plus hautes sphères du pouvoir mondial, menace de vider le débat public de sa substance pour n’en laisser que le spectacle. Il est désormais urgent de traiter cette pathologie du discours, avant que la mise en scène du pouvoir ne supplante définitivement l’exercice de la responsabilité.
Résister à l’hyperbolisation de la communication n’est pas un retrait du monde, mais un engagement pour une présence plus authentique.
En tant qu’économistes, nous devons reconnaître que l’attention est notre ressource la plus rare. En tant que psychanalystes, nous savons qu’elle est le support de notre désir.
Reprendre le contrôle de sa consommation d’information, c’est protéger son espace intérieur pour permettre l’émergence d’une parole qui ne soit plus une réaction, mais une création.
Références étendues
Boucaud, D. (2017). Paradigmes computationniste et connexionniste… : Analyse de l’influence des flux de données sur les structures de décision.
Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir : Sur la compulsion de répétition et la recherche de stimuli.
Jung, C. G. (1959). Les racines de la conscience : Sur l’importance de ne pas succomber à l’inconscient collectif.
Lacan, J. (1949). Le stade du miroir : Sur la capture du sujet par l’image et l’aliénation fondamentale.
David Boucaud
Économiste-Psychanalyste

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