Guadeloupe. Société. L’Empire de l’Excès : Stratégies pour déjouer l’Hyperbolisation de la Communication
Guadeloupe. Société. L’Empire de l’Excès : Stratégies pour déjouer l’Hyperbolisation de la Communication
Pointe-à-pitre, lundi 13 avril 2026. CCN. Pawol Lib.
Nous traversons l’ère de la « pulsion de clic ».
Dans un écosystème informationnel saturé, la valeur d’un message ne dépend plus de sa véracité ou de son utilité, mais de son intensité dramatique. L’hyperbolisation — ce procédé rhétorique consistant à outrer l’expression pour frapper les esprits — est devenue le moteur principal de nos interactions numériques.
par David Boucaud
Économiste-Psychanalyste
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Comment, dès lors, protéger notre équilibre psychique et notre autonomie de jugement ?
1. La mécanique du parasitage :
quand l’émotion court-circuite le Logos
La première étape de la résistance est clinique :
il s’agit de diagnostiquer les communications parasites. Celles-ci ne visent pas à informer, mais à capturer l’attention par une forme d’effraction émotionnelle.
Le sensationnalisme comme narcotique :
Les titres alarmistes agissent comme des décharges d’adrénaline. Ils instaurent un état d’urgence permanent qui inhibe la fonction réflexive du néocortex au profit du système limbique.
L’exploitation du principe de plaisir :
Comme le soulignait Freud (Au-delà du principe de plaisir, 1920), l’appareil psychique cherche à réguler les tensions. Paradoxalement, le « scandale » ou le « clash » procure une satisfaction pulsionnelle immédiate. Le parasite informationnel exploite notre économie libidinale en transformant l’indignation en produit de consommation.
Identifier une communication parasite, c’est repérer le moment où le message cesse d’être une donnée pour devenir une sommation émotionnelle.
L’hyperbolisation de la communication transforme l’information en sommation émotionnelle. Face à l’hyperbolisation de la communication, l’individuation est une résistance.
2. L’Éthique du discernement : De la masse à l’individu
Face à la force centrifuge des réseaux sociaux qui tendent à uniformiser les consciences, l’exercice du discernement devient un acte de résistance politique et psychanalytique.
L’individuation contre le conformisme :
Carl Gustav Jung mettait en garde contre l’absorption de l’individu par la psyché collective. Résister à l’hyperbole, c’est refuser de se dissoudre dans le tumulte du « on » numérique. Ce processus d’individuation permet de se réapproprier sa propre capacité de jugement.
La diététique informationnelle :
Diversité radicale, ne pas se limiter à confronter des opinions, mais varier les structures de pensée (sciences, philosophie, temps long).
Suspension du jugement :
Face à l’immédiateté de l’hyperbole, la véritable force réside dans la capacité à dire : « Je ne sais pas encore assez pour avoir une opinion. »
3. Le retour au réel : Se « nourrir de la vie »
Pour Jacques Lacan, l’aliénation débute lorsque le sujet se perd dans l’image (le stade du miroir) ou dans le discours de l’Autre. L’hyperbolisation numérique constitue une forme moderne de cette aliénation : nous finissons par habiter un monde de représentations surchargées, coupés de notre expérience sensorielle et intime.
Désaliéner le regard :
Se « nourrir de la vie » consiste à restaurer le contact avec le Réel (au sens lacanien), soit ce qui échappe à la symbolisation médiatique. La conversation profonde, le silence, l’effort physique ou la contemplation sont des actes de réancrage essentiels.
La temporalité retrouvée :
L’hyperbole se nourrit de l’instantané, tandis que la vie se déploie dans la durée. En pratiquant la pleine conscience ou en cultivant des rituels hors écran, nous réintroduisons une temporalité humaine là où la machine impose un rythme algorithmique. L’hyperbolisation de la communication n’est pas une fatalité, mais un symptôme.
Conclusion : Vers une écologie de l’attention
Le constat est sans appel : la communication politique bascule dans une ère de l’outrance dont Donald Trump reste le modèle absolu. Cette contagion, qui gagne les plus hautes sphères du pouvoir mondial, menace de vider le débat public de sa substance pour n’en laisser que le spectacle. Il est désormais urgent de traiter cette pathologie du discours, avant que la mise en scène du pouvoir ne supplante définitivement l’exercice de la responsabilité.
Résister à l’hyperbolisation de la communication n’est pas un retrait du monde, mais un engagement pour une présence plus authentique.
En tant qu’économistes, nous devons reconnaître que l’attention est notre ressource la plus rare. En tant que psychanalystes, nous savons qu’elle est le support de notre désir.
Reprendre le contrôle de sa consommation d’information, c’est protéger son espace intérieur pour permettre l’émergence d’une parole qui ne soit plus une réaction, mais une création.
Références étendues
Boucaud, D. (2017). Paradigmes computationniste et connexionniste… : Analyse de l’influence des flux de données sur les structures de décision.
Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir : Sur la compulsion de répétition et la recherche de stimuli.
Jung, C. G. (1959). Les racines de la conscience : Sur l’importance de ne pas succomber à l’inconscient collectif.
Lacan, J. (1949). Le stade du miroir : Sur la capture du sujet par l’image et l’aliénation fondamentale.
David Boucaud
Économiste-Psychanalyste

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