Imane Sioudan et Danik Zandwonis

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Actualité en Guadeloupe, Martinique, Guyane et dans la Caraïbe !

Guadeloupe • Culture. Évolution institutionnelle : à quoi jouons-nous ?

Guadeloupe • Culture. Évolution institutionnelle : à quoi jouons-nous ?

Silhouette face à l’océan au coucher du soleil, illustrant la réflexion sur l’avenir institutionnel de la Guadeloupe
Entre horizon caribéen et questionnements politiques, la Guadeloupe cherche sa voie.

Guadeloupe • Culture. Évolution institutionnelle : à quoi jouons-nous ?

Les Abymes, Mardi 19 mai 2026. CCN. Pawol Lib.

Dans cette tribune, je propose dans un premier temps, une lecture critique des différentes contorsions intellectuelles auxquelles s’adonnent certains élus, chefs d’entreprise, syndicalistes ou encore citoyens dits « éclairés » pour justifier leur refus du changement.

Ensuite, après l’analyse attentive des textes, principalement dans le champ culturel, je résume ce que dans la Constitution française, l’évolution du régime de l’article 73 vers celui de l’article 74 apporte réellement, au-delà des fantasmes, des postures idéologiques et des approximations qui nourrissent trop souvent ce débat essentiel pour l’avenir de nos pays.

Tribune Richard-Viktor SAINSILY CAYOL
(Mai 2026)

La rubrique Pawol lib de CCN est un espace d’expression libre que notre média propose à des contributeurs venus politiquement horizons divers . Mais attention les points de vue et les opinions émises en « pawol lib » peuvent ne pas reflèter la ligne éditoriale de ccn et donc n’engagent que le signataire.

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En Guadeloupe, le débat sur l’évolution institutionnelle révèle moins une opposition de fond qu’une difficulté collective à penser sereinement notre avenir politique.

Depuis plusieurs semaines, les réseaux sociaux se transforment en champs de bataille idéologiques où s’affrontent caricatures, peurs et procès d’intention. À peine évoquée, l’évolution institutionnelle devient un épouvantail. Caricaturée. Diabolisée. Réduite à une guerre de clans.

Pourtant, une question simple demeure :

Peut-on continuer à gérer les réalités de la Guadeloupe de 2026 avec des outils institutionnels conçus pour un autre temps, dans un autre contexte, loin des réalités caribéennes contemporaines ?

Car pendant que certains agitent les peurs, le pays, lui, continue de s’enfoncer dans des crises profondes : vie chère, chômage, violence sociale, exode des jeunes, pénuries d’eau, dépendance économique, pollution environnementale, fragilité démographique, dilapidation du foncier.

Ce constat n’est plus idéologique. Il est devenu structurel.

L’évolution institutionnelle n’est pas une religion politique. Ce n’est ni un saut dans le vide, ni une déclaration d’indépendance déguisée. C’est d’abord un outil. Un cadre permettant éventuellement d’adapter davantage les politiques publiques aux réalités locales dans les domaines économiques, sanitaires, culturels ou environnementaux.

Un débat parasité par les postures partisanes

Mais au lieu d’un débat sérieux sur les compétences, les garde-fous démocratiques ou les modèles comparés existants ailleurs, nous assistons à une succession de postures partisanes.

Certains rejettent le projet uniquement parce qu’il est porté par Guy Losbar et le GUSR. Comme si une réforme devenait illégitime en raison de celui qui la propose. Depuis quand juge-t-on une idée uniquement à travers la suspicion portée sur son porteur ? Dans toutes les démocraties, les grandes transformations sont impulsées par des forces politiques organisées.

La vraie question n’est donc pas :

« Qui porte le projet ? »

La vraie question est :

« Le projet peut-il améliorer la capacité du territoire à agir sur son propre destin ? »

D’autres, notamment dans certains milieux économiques, dénoncent un manque de concertation. Pourtant, réunions publiques, consultations et échanges existent depuis plusieurs années.

Le problème n’est peut-être plus l’absence de débats.

Le problème est que plus personne ne semble vouloir réellement débattre.

À droite et à l’extrême droite, certains préfèrent agiter le scénario catastrophe : perte des retraites, disparition des aides sociales, effondrement économique, abandon de la France. La peur devient alors un argument politique. Mais aucun des dispositifs évoqués dans les discussions autour de l’article 74 ne prévoit mécaniquement ces fantasmes annoncés comme des certitudes.

À l’inverse, certains courants indépendantistes dénoncent une manœuvre de l’État français destinée à maintenir une domination coloniale sous une autre forme. Là encore, le débat mérite mieux que les slogans. Oui, certaines inquiétudes liées aux déséquilibres économiques, démographiques ou migratoires peuvent être entendues. Mais transformer systématiquement toute évolution en complot de substitution ou en stratégie de domestication empêche toute réflexion dépassionnée.

Enfin, revient toujours la même phrase : « La Guadeloupe n’est pas prête. »

Cette formule traverse l’histoire de tous les peuples à qui l’on a toujours expliqué qu’ils étaient trop petits, trop fragiles ou trop inexpérimentés pour exercer davantage de responsabilités.

Mais comment un peuple pourrait-il acquérir de l’expérience politique si toute possibilité d’expérimentation lui est constamment refusée ?

L’évolution institutionnelle ne signifie pas forcément rupture brutale ou aventure hasardeuse.

Elle peut aussi représenter une étape progressive, démocratique et maîtrisée vers davantage de responsabilité locale.

Car le véritable danger n’est peut-être pas le changement.

Le véritable danger pourrait être l’immobilisme.

Un immobilisme politique devenu incapable de répondre efficacement aux réalités contemporaines du territoire.

La Guadeloupe mérite mieux que des guerres d’appareils, des peurs instrumentalisées ou des slogans idéologiques. Elle mérite un débat adulte. Un débat capable de penser simultanément protection sociale, efficacité économique, responsabilité politique et intérêt général.

Au fond, toute transformation historique comporte une part de risque.

Mais combien de temps encore la Guadeloupe peut-elle se permettre de ne rien transformer ?

Ce que permet actuellement l’article 73

L’article 73 repose sur le principe de « l’identité législative » :

Les lois françaises s’appliquent automatiquement aux DROM.

Cela signifie que la Guadeloupe, la Martinique ou la Guyane restent très dépendantes :

  • des politiques culturelles nationales françaises ;
  • du droit français ;
  • des cadres budgétaires de l’État ;
  • des autorisations de Paris pour certaines coopérations.

Même si des adaptations locales sont possibles, elles restent limitées et encadrées.

En pratique, cela crée plusieurs difficultés pour la coopération culturelle caribéenne :

  • lenteur administrative ;
  • impossibilité de construire une véritable diplomatie culturelle régionale ;
  • faible autonomie pour signer des accords culturels régionaux ;
  • dépendance aux arbitrages de l’État ;
  • difficulté à créer des politiques culturelles pensées à l’échelle caribéenne.

Ce que l’esprit de l’article 74 apporte déjà

Le texte rappelle que l’article 74 permet davantage :

  • de spécialité législative ;
  • d’autonomie locale ;
  • d’adaptation institutionnelle ;
  • de prise en compte des « intérêts propres » des territoires.

Certaines collectivités relevant du 74 disposent d’une marge de manœuvre plus forte pour :

  • leurs échanges régionaux ;
  • leurs politiques linguistiques ;
  • leurs partenariats culturels ;
  • leur diplomatie territoriale.

Ce que la proposition de fusion 73/74 changerait réellement

Le point essentiel est ici :
« chaque collectivité peut disposer d’un statut qui tient compte de ses intérêts propres ou de ses caractéristiques insulaires, historiques, culturelles et économiques communes »

C’est un changement majeur.

Le texte introduit constitutionnellement :

  • l’insularité ;
  • l’histoire ;
  • la culture ;
  • l’environnement régional ;
  • la subsidiarité.

Autrement dit :

la Guadeloupe pourrait juridiquement justifier des politiques culturelles spécifiques liées à son appartenance au bassin caribéen.

Ce que cela améliorerait concrètement pour la coopération culturelle caribéenne

A. Une autonomie culturelle régionale renforcée

La collectivité pourrait obtenir des compétences normatives adaptées :

  • accords culturels avec les îles voisines ;
  • coproductions artistiques régionales ;
  • festivals caribéens institutionnalisés ;
  • circulation simplifiée des artistes ;
  • politiques linguistiques créole/anglais/espagnol ;
  • réseaux muséaux caribéens.

B. Une logique de bassin géographique reconnue

Le texte insiste constamment sur :

  • le « bassin de vie » ;
  • l’environnement géographique ;
  • l’insularité ;
  • l’éloignement.

Cela ouvre la voie à une approche régionale :

la Caraïbe devient enfin un espace naturel de coopération constitutionnellement légitime.

Aujourd’hui, juridiquement, la Guadeloupe reste pensée avant tout comme prolongement administratif de l’Hexagone.

La réforme propose implicitement une logique inverse :

territoire français appartenant culturellement et géographiquement à la Caraïbe.

C. Une capacité d’adaptation normative locale

Le texte prévoit que les collectivités pourraient :

« fixer elles-mêmes les règles applicables sur leur territoire » dans certains domaines.

Cela pourrait concerner :

  • les politiques culturelles ;
  • le patrimoine ;
  • l’enseignement artistique ;
  • les coopérations régionales ;
  • les industries culturelles créoles ;
  • les dispositifs de soutien aux artistes caribéens.

D. Une reconnaissance implicite de la culture caribéenne comme réalité politique

Le texte parle :

  • de peuples d’outre-mer ;
  • d’identités historiques ;
  • culturelles ;
  • insulaires.

Cette reconnaissance est fondamentale.
Elle permettrait de justifier constitutionnellement :

  • une diplomatie culturelle propre ;
  • une politique mémorielle régionale ;
  • des programmes patrimoniaux communs avec Haïti, Cuba, Dominique, Sainte-Lucie, Martinique, etc.

La véritable rupture philosophique

Le texte veut remplacer :

logique actuelle :
centralisation => adaptation limitée

par :

nouvelle logique :
subsidiarité => autonomie adaptée au territoire

C’est probablement le changement le plus important pour la coopération culturelle régionale.

Limite importante

En revanche, dans cette réforme :

  • l’État conserve les compétences régaliennes ;
  • la politique étrangère reste nationale ;
  • la souveraineté française demeure intacte.

Par conséquent :

la Guadeloupe ne deviendrait pas un État diplomatique autonome (cela n’a jamais été un argument des défenseurs de l’évolution institutionnelle).

Mais elle pourrait disposer :

  • d’une diplomatie culturelle territoriale beaucoup plus forte ;
  • d’outils juridiques souples ;
  • d’accords régionaux facilités ;
  • d’une capacité de coopération caribéenne élargie.

Pour conclure

La réforme inspirée de la fusion des articles 73 et 74 améliorerait potentiellement très fortement la coopération culturelle caribéenne car elle :

  • reconnaît l’insularité ;
  • reconnaît les réalités historiques et culturelles propres ;
  • introduit la subsidiarité ;
  • permet des statuts sur mesure ;
  • élargit les capacités normatives locales ;
  • légitime l’intégration régionale ;
  • facilite des politiques culturelles adaptées au bassin caribéen.

Autrement dit :

on passerait d’un modèle d’« adaptation périphérique de la France » à un modèle de « territoire caribéen disposant d’une autonomie d’action culturelle renforcée au sein de la République ».

Richard Victor Sainsilly Cayol

Richard-Viktor SAINSILY CAYOL

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