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Guadeloupe. Economie. Après la crise : quel avenir pour la filière canne à sucre ? (Episode #1)

Guadeloupe. Économie. Après la crise : quel avenir pour la filière canne à sucre ? (Épisode #1)

Guadeloupe. Économie. Après la crise : quel avenir pour la filière canne à sucre ? (Épisode #1)

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Lamentin. Lundi 13 mai 2024. CCN. La grande crise qui a touché la filière canne sucre de la Guadeloupe, dès la fin de l’année 2023 et qui s’est achevée par la signature à l’arrachée d’un accord mérite une véritable explication. CCN s’est donc tourné vers Wozan Mounien, ex-secrétaire général de l’UGTG, aujourd’hui THE EXPERT pour toutes les questions concernant notre agriculture nationale. Pour bien comprendre la situation actuelle, Wozan Mounien s’est attaché à contextualiser cette crise en nous proposant un article qui pose aussi la question incontournable de l’avenir de la filière. C’est à lire…

1-HISTORICITÉ DE LA CRISE

L’industrie sucrière a été pendant longtemps le symbole de l’économie de plantation post esclavagiste, basée sur la surexploitation au- delà force de travail des ouvriers et des paysans semi-prolétaires.

Les sociétés sucrières françaises et békées possédaient à la fois les usines et la majorité des terres agricoles.

Les luttes sociales répétées ont le plus souvent été réprimées et transformées en bains de sang où les victimes sont toujours et exclusivement les travailleurs.

Ce n’est qu’à partir des années 1970, que les travailleurs de l’industrie sucrière se sont organisés de façon autonome et ont déclenché de puissants mouvements de masse qui ont ébranlé les fondements de l’économie de plantation. Ce fut notamment le cas à travers les grandes grèves de 1971,1973 et surtout 1975.

Tous ces mouvements sociaux se sont déroulés au moment où la GUADELOUPE se retrouvait intégrée de force au Marché Commun Européen, dont la politique agricole commune était le fer de lance. L’industrie sucrière s’est retrouvée coincée entre deux contraintes, d’une part une forte pression sociale avec des exigences de mieux être des travailleurs et d’autre part une concurrence féroce avec les producteurs de betterave plus compétitif au plan économique. Plutôt que de faire le choix de la modernisation, les industriels du sucre ont préféré faire le chantage à l’emploi, compte tenu de leur poids économique et social dans une économie insulaire sous industrialisée.

Les différents plans de restructuration financés à grands coûts de subventions de l’État et de ‘L’union Européenne n’ont pas empêché la fermeture progressive de la plupart des usines, sans pour autant que celles qui restaient ne se modernisèrent véritablement. Dans le même temps les nécessités de l’urbanisation ont conduit les usiniers à pratiquer la spéculation foncière à grande échelle, transformant en zones d’habitat et en zones d’activités commerciales les meilleures terres agricoles du pays.

La grande grève de 1975 va aboutir à une augmentation de 40% du prix de la tonne de canne et de 20% du salaire de base des ouvriers. Au-delà du succès revendicatif, ce grand mouvement de masse va provoquer une accélération de la prise de conscience nationale chez une grande partie des Guadeloupéens de toutes conditions sociales.

La résistance paysanne va s’organiser sur l’ensemble du territoire et sortira du cadre conventionnel des luttes sociales pour prendre la forme principale de désobéissance civile. C’est ainsi qu’un grand mouvement d’occupation des terres agricoles et d’expropriation des propriétaires fonciers a été déclenché dans toutes les régions cannières, à l’exception de Marie Galante dont l’essentiel des terres appartenaient déjà aux paysans. Ce sont 1200 hectares de terres qui ont été distribuées aux travailleurs, soit sur des lots habitats de 800 mètres carrés, soit sur des lots jardins de 2000 mètres carrés, ou des lots agricoles de 3 à 5 hectares ; tout ça sous la houlette de l’UPG.

Poussés dans leurs retranchements, l’état et les sociétés sucrières ont tenté d’apporter une réponse politique à travers les Accords Abbeyrer de Juillet 1980.

Il s’agissait de l’ultime plan de restructuration sucrière qui prévoyait la fermeture de l’usine Darboussier, le maintien de 3 usines sur le continent (Beauport, Gardel et Grosse Montagne et le maintien de l’usine de Grande Anse à Marie-Galante.

Dans le même temps l’État faisait l’acquisition de 10675 hectares de terres des usiniers dont 3575 étaient exploitées directement par eux et 5568 étaient exploitées par des paysans sous statut de colonat partiaire (sorte de contrat semi- esclavagiste).

Les terres acquises chèrement par l’État ont été remises en portefeuille à la SAFER de GUADELOUPE, pour mettre en œuvre une nouvelle réforme foncière à partir de 1981.

Cette nouvelle restructuration sucrière, comme les précédentes a été un fiasco ; un an après l’usine de Beauport faisait faillite et quelques années plus tard c’était le tour de l’usine Grosse Montagne À chaque fois les industriels empochait les subventions après avoir raflé la mise sur la vente du foncier à des prix prohibitifs.

Le schéma industriel s’est rapidement réduit à la seule usine de Gardel, avec un rayon d’approvisionnement supérieur à 40 kilomètres à la ronde.

Quant à la réforme foncière, grâce à la mobilisation paysanne, elle a pu aboutir à l’installation de 700 paysans sur des lots de 9,3 hectares en moyenne et dans le cadre de 38 Groupements Fonciers Agricoles (GFA), assurant le portage du foncier et la sanctuarisation pour l’agriculture ; par ailleurs différents mécanismes d’aide ont été actionnés pour accompagner ceux qui pour diverses raisons ne pouvaient pas être retenus dans le dispositif d’installation. Aujourd’hui, les paysans installés dans le cadre de la réforme foncière sont des producteurs agricoles engagés dans des systèmes de production avec la canne comme culture pivot. La paysannerie Guadeloupéenne est désormais une paysannerie de plein exercice avec comme enjeu majeur assurer la souveraineté alimentaire du pays.

Guadeloupe. Économie. Après la crise : quel avenir pour la filière canne à sucre ? (Épisode #1)
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2-COMMENT EST ORGANISÉE LA FILIÈRE

Depuis les années 1980, ce secteur économique s’est organisé et structuré selon le modèle suivant :

Au niveau agricole les producteurs sont représentés par des syndicats professionnels qui siègent dans les différentes instances de négociation. Les producteurs sont par ailleurs adhérents à des groupements économiques qui sont les SICA cannières au nombre de 4, soit une par bassin économique (SICADEG en Nord Grande Terre, SICAGRA en Centre et Sud Grande Terre, UDCAG en Nord Basse Terre et SICA MAG à Marie Galante). Ces différentes SICA interviennent en appui technique, en encadrement et conseil, en approvisionnement en intrants aux producteurs, en relais financiers et en suivi administratif des dossiers d’aide et de subventions publiques.

Pour assurer les opérations mécaniques de plantation, d’entretien et de récolte, les coopératives agricoles (CUMA) ont progressivement disparu et laissé place à des Entreprises de Travaux Agricoles (ETA); aujourd’hui ce sont ces dernières qui assurent l’essentiel des travaux agricoles avec un parc d’engins agricoles surdimensionné par rapport aux besoins réels de la profession; par ailleurs les machines les plus coûteuses, notamment les récolteuses ne sont utilisées que durant les 4 à 5 mois de la récolte sur l’année.

Les industriels sont regroupés dans un syndicat professionnel dénommé ASSOCANNE. Elle est l’interlocutrice exclusive des industriels face à l’État et aux autres acteurs de la filière. C’est par son intermédiaire que se déroulent les Négociations Annuelles Obligatoires de branche avec les syndicats des salariés de l’industrie sucrière. La Convention Collective de l’industrie sucrière est l’une des plus anciennes de GUADELOUPE, elle date de 1956. Le Centre Technique de la Canne et du Sucre (CTCS) a en charge le contrôle de la qualité des Cannes, la mise en œuvre des dispositions du protocole de réception des Cannes et la détermination de la richesse saccharimétrique, conformément aux termes du protocole établi par l’interprofession. Pour réaliser cette mission, le CTCS dispose de trois laboratoires d’analyse saccharimétriques (BÉRON à Sainte Rose, GARDEL et GRANDE ANSE) ; ces laboratoires sont des sanctuaires où seuls peuvent y accéder les contrôleurs assermentés par les syndicats agricoles. Tous les équipements sont informatisés, les prélèvements sont anonymisés par un système de code barre. En complément de cette mission, le CTCS met en place l’expérimentation scientifique des nouvelles variétés de Cannes, le suivi épidémiologique et travaille sur la qualité. C’est un organisme paritaire financé par les agriculteurs et par les industriels, il est présidé de façon alternative par les planteurs et par les usiniers ; son rôle est strictement technique et son activité requiert une neutralité en toute circonstance.il existe en GUADELOUPE depuis 1953 et a fait ses preuves en dépit de son faible financement du fait de la baisse constante de la production.

Conformément aux exigences de la réglementation européenne et à l’instar des autres filières agricoles, les professionnels du secteur se sont organisés en interprofession canne, sucre et co-produits en Juin 2005 sous l’appellation IGUACANNE. Cette dernière est devenue le centre de toutes les décisions et de toutes les négociations entre les partenaires de la filière ; c’est elle qui négocie avec l’État et les Collectivités sur tout ce qui concerne ce secteur. IGUACANNE est administré par un conseil paritaire entre agriculteurs et usiniers avec une présidence tournante tous les 2 ans.

En dépit de cette structuration interprofessionnelle bien policée, chaque année le démarrage de la récolte a toujours été chaotique ; quand ce ne sont pas les NAO qui coincent, ce sont soit les planteurs eux même, soit les Entreprises Agricoles ou même les usiniers qui créent des situations de blocage préjudiciables à de bons résultats économiques. Assez souvent les récoltes se poursuivent au-delà de la période optimale du point de vue agronomique pour recoller la canne.

Le caractère rédhibitoire des conflits dans la canne combinée avec les autres facteurs économiques contraignants (envolée du coût des intrants, appauvrissement des sols), ont provoqué une chute vertigineuse de la production de Cannes tant en tonnage qu’en rendement à l’hectare. Nous sommes passés d’une production de 600000 tonnes de Cannes en 2014 à une production de 457686 tonnes en 2023 ; soit une chute de plus de 23% en moins de 10 ans. Les prévisions de récolte de 467000 tonnes de cannes pour 2024 semblent désormais inatteignables avec un démarrage plus que tardif au 02 Mai. Même avec une clémence espérée du temps, au-delà du 30 Juin, la chute du sucre contenu dans la canne est brutale.

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3– 2017, LA FIN DES QUOTAS ET DES PRIX GARANTIS POUR TOUTES LES PRODUCTIONS AGRICOLES

A partir d’Aout 2017, l’Union Européenne a fortement infléchi sa politique agricole commune en libéralisant davantage les marchés tant au niveau des quotas que des prix garantis aux agriculteurs. Les règles imposées par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ont prévalu sur celles des États. La production sucrière européenne s’est redéployée sur les pays à faible coût de production (Europe de l’Est) et sur les régions à fort potentiel économique (Allemagne, Nord et Nord-Est de la France.

Les prix du sucre ont chuté et provoqué une nouvelle crise.

L’économie sucrière en GUADELOUPE a été fortement impactée et était même menacée de disparition comme c’était déjà le cas dans le Centre, le Sud et l’Ouest de la France. Pour maintenir en vie ce secteur, les aides européennes du POSEI (Programme d’Option Spécifique par rapport à l’Éloignement et à l’Insularité) ont été augmentées et élargies pour soutenir non seulement les investissements agricoles et industriels, mais pour assurer la garantie du prix de la canne (AGP) et la garantie du prix du sucre (Aide à la marge Industrielle). C’est cette mise sous perfusion financière qui garantit aujourd’hui la survie de ce secteur qui fait vivre 10000 personnes de façon directe et induite.

Les différents engagements de l’État sont contractualisés avec L’Iguacanne dans le cadre d’une Convention Quinquennale, aux termes de négociations souvent fastidieuses.

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A suivre…

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