Imane Sioudan et Danik Zandwonis

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Guadeloupe • Politique. L’UPLG décline l’invitation de Guy Losbar.

UPLG Guy Losbar, lettre ouverte dépliée sur une table de réunion vide

Guadeloupe • Politique. L’UPLG décline l’invitation de Guy Losbar.

Guadeloupe • Politique. L’UPLG décline l’invitation de Guy Losbar.

UPLG Guy Losbar, lettre ouverte dépliée sur une table de réunion vide
L’UPLG a décliné l’invitation de Guy Losbar à la séance de travail du 22 octobre 2026 | Illustration CCN

Guadeloupe • Politique. L’UPLG décline l’invitation de Guy Losbar.

Pointe-à-Pitre. Mardi 27 octobre 2026 | CCN.

Dans une lettre ouverte adressée à Guy Losbar, président du Département, l’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe (UPLG) explique pourquoi elle a décliné l’invitation à la séance de travail du jeudi 22 octobre 2026, convoquée en urgence pour chercher une issue à la crise. Pour l’UPLG, l’État français est le premier responsable de la situation et ne peut pas se présenter en sauveur. Le mouvement avance plusieurs pistes pour les collectivités, qui supposent selon lui de sortir du cadre constitutionnel hérité de la départementalisation de 1946.

Source : Communiqué de presse de l’UPLG – 21 octobre 2026.

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L’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe (UPLG) a fait savoir, dans une lettre ouverte datée du mercredi 21 octobre et signée par son secrétaire général Jean-Jacob Bicep, qu’elle ne répondrait pas à l’invitation de Guy Losbar. Le président du Département et du GUSR avait convié l’ensemble des forces politiques à une séance de travail, le jeudi 22 octobre, pour chercher une issue à la crise que traverse la Guadeloupe. Il comptait leur soumettre une plateforme de vingt points prioritaires, susceptible d’être amendée.

Pourquoi l’UPLG refuse l’invitation de Guy Losbar

Le mouvement explique son refus par un motif central : il ne veut pas cautionner une démarche qui permettrait à l’État français, qu’il désigne comme « premier responsable de la crise », de se présenter en sauveur. Pour l’UPLG, cette crise était prévisible et découle de décennies d’incohérences politiques, économiques et administratives. Elle voit dans les violences actuelles le cri de désespoir d’une partie de la population.

L’organisation dit soutenir les Guadeloupéens, en particulier les commerçants touchés par les événements, et condamne la répression des forces de l’ordre visant, selon elle, des lycéens et des collégiens. Elle estime que les mesures attendues pourraient redonner un peu d’air à l’économie sans répondre aux attentes du plus grand nombre.

L’État et le préfet mis en cause

La lettre attribue la dégradation des conditions de vie à la politique de l’État en Guadeloupe, que l’UPLG qualifie de coloniale, et rejette l’idée d’« erreurs de parcours ». Le mouvement s’en prend aussi au préfet Thierry Devimeux, à qui il reproche une attitude méprisante envers la population. Il appelle les élus guadeloupéens à se ranger aux côtés de la population et à assumer leurs propres responsabilités.

Des propositions hors du cadre de 1946

L’UPLG demande aux collectivités de repenser l’usage de leurs moyens, au-delà de la relance de la commande publique. Elle avance plusieurs engagements : un projet de développement viable, la formation de la jeunesse, la protection de l’environnement, un nouvel aménagement du territoire qui valorise les îles du sud, la maîtrise du foncier, la souveraineté alimentaire et énergétique.

Le mouvement reconnaît que ces pistes sortent du cadre constitutionnel issu de la loi de départementalisation de 1946. Leur mise en œuvre supposerait, selon lui, que la Guadeloupe dispose d’un pouvoir normatif, économique et fiscal, et qu’elle ne soit plus soumise aux normes de l’Union européenne. La lettre se termine sur un appel au « temps de nous-mêmes ».

La lettre ouverte de l’UPLG

À Monsieur Guy LOSBAR, Président du GUSR, Président du Département de la Guadeloupe

Monsieur le Président,

Vous avez invité l’ensemble des forces politiques à une séance de travail, dans l’urgence, pour débattre et faire des propositions afin de trouver une issue à la crise que connaît le pays Gwadloup depuis plusieurs jours. Vous envisagez de soumettre aux participants une plateforme en vingt points prioritaires, susceptible d’être amendée.

L’Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe (UPLG), consciente de la gravité d’une situation de plus en plus dégradée dans notre pays, n’a eu de cesse d’alerter et d’interpeller les décideurs guadeloupéens sur la nécessité de travailler ensemble à un projet d’avenir, avec pour objectif la rupture du contrat colonial avec la France et la sortie de la domination.

Toutes les difficultés que rencontre notre pays sont les conséquences de la pérennisation d’un système fait pour écraser le Guadeloupéen. La Guadeloupe n’a pas d’issue en restant dans ce système.

La crise qui vous conduit à convoquer les organisations politiques de la Guadeloupe était prévisible : elle est le résultat de décennies d’incohérences politiques, économiques et administratives. La violence d’aujourd’hui est le cri de désespoir de celles et ceux que cette société étouffe.

Nous apportons notre soutien aux Guadeloupéens, et notamment aux commerçants, victimes collatérales de l’incurie du système. En revanche, nous condamnons fermement la répression des forces de l’ordre contre les lycéens et collégiens guadeloupéens.

Les mesures susceptibles d’être adoptées pour sortir de la crise pourront redonner un peu de souffle à l’économie et soulager la souffrance de certains, mais elles ne répondront pas aux attentes du plus grand nombre.

Nous déclarons que c’est la politique coloniale que mène l’État français en Guadeloupe qui est responsable de la dégradation des conditions de vie et des autres maux du pays.

Les résultats de cette politique ne sont pas dus à des erreurs de parcours : c’est ce que veut réellement le pouvoir français. Ce pouvoir raciste et colonialiste mène une politique qui asphyxie notre économie, pousse la grande majorité de notre jeunesse à la rue et dans toutes les déviances, casse les reins de ceux qui essaient d’entreprendre, nous empoisonne, etc. Tout cela, au profit des puissances d’argent et des multinationales qui nous vident de nos richesses et du fruit de notre travail.

Quand la situation se dégrade et que les réactions à la souffrance sont incontrôlables, ce pouvoir inique attend que des larbins viennent se plier, s’agenouiller et quémander à ses pieds. Nous disons non aux courbettes, non à l’agenouillement, non à la soumission. La Guadeloupe doit sortir de cette situation autrement.

Les élus et représentants guadeloupéens doivent se mettre aux côtés du peuple en souffrance et chercher des solutions avec lui. Ils doivent mettre cartes sur table pour tout ce qui relève de leurs responsabilités propres et laisser à l’État français l’occasion de faire face aux siennes.

Les responsables doivent être clairement désignés. L’État français et son préfet ne peuvent venir en sauveurs face à la crise : ce sont eux, les responsables.

Nous dénonçons l’attitude du préfet, Monsieur Thierry DEVIMEUX, qui n’affiche que mépris et dédain pour le peuple guadeloupéen et se comporte comme un commandeur sur une habitation coloniale.

Les collectivités guadeloupéennes doivent elles aussi s’engager clairement pour faire face à leurs responsabilités. Il est nécessaire de repenser l’utilisation des moyens mis à leur disposition grâce à nos impôts, taxes et autres prélèvements. Les efforts des collectivités ne doivent pas se limiter à relancer la commande publique pour redonner du souffle à certains secteurs. Ils doivent être engagés dans le sens de la construction d’une économie guadeloupéenne viable, avec des espaces aménagés pour la formation et l’épanouissement des jeunes.

Il faut ainsi :

  • s’engager pour un projet de développement viable et soutenable ;
  • s’engager pour un cadre de formation et d’éducation performant pour la jeunesse ;
  • s’engager pour la maîtrise de notre environnement et la protection de la nature ;
  • s’engager pour un nouvel aménagement du territoire qui valorise les atouts de chaque secteur du pays, en particulier les îles du sud ;
  • s’engager à valoriser le potentiel de nos jeunes formés dans différents secteurs et capables de porter le pays vers l’excellence ;
  • s’engager sur le chemin de la maîtrise de notre foncier et de la souveraineté alimentaire ;
  • s’engager sur le chemin de la souveraineté énergétique, en déverrouillant tous les blocages et en permettant à nos entrepreneurs de s’y introduire.

Nous le précisons clairement : ces préconisations sortent du cadre constitutionnel hérité de la loi de départementalisation de 1946. Leur mise en œuvre suppose que la Guadeloupe dispose du pouvoir normatif, économique et fiscal, et qu’elle ne soit plus assujettie aux règles et aux normes de l’Union européenne.

Face à ces quelques propositions, il ne faudra rien attendre de positif du pouvoir colonial français. Il ne veut pas nous voir réussir. Il ne veut pas que notre situation s’améliore. Il veut nous garder la tête sous l’eau et nous laisser respirer quand il le veut. Cela ne peut plus continuer.

Pour toutes les raisons exposées ci-dessus, l’UPLG, fidèle à son combat pour la souveraineté du peuple guadeloupéen, ne pourra pas répondre favorablement à votre invitation à la séance de travail du jeudi 22 octobre 2026. Elle ne saurait cautionner une démarche qui laisserait l’État français, premier responsable de la crise, se présenter en sauveur.

Aujourd’hui, c’est le temps de nous-mêmes. Le temps du courage. Le temps de la jeunesse. Le temps de croire en nous, de croire en notre jeunesse. Le temps de l’ouvrage.

Nous serons aux côtés de ceux qui se dresseront et prendront le chemin de la souveraineté, le chemin de nous-mêmes.

Salutations guadeloupéennes.

Pointe-à-Pitre, le mercredi 21 octobre 2026
Le Secrétaire général
Jean-Jacob BICEP

Source : Communiqué de presse de l’UPLG

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