France/Guadeloupe • Société. Juste colère des lycéens : violence des flics
France/Guadeloupe • Société. Juste colère des lycéens : violence des flics
Paris. Mardi 6 octobre 2026 | CCN.
Depuis une semaine, les lycéens manifestent à Paris, mais aussi à Basse-Terre et à Fort-de-France, car ils veulent être entendus. Une première rencontre d’une délégation de lycéens avec le ministre français de l’Éducation n’a strictement rien donné. Lundi et mardi, les grilles des lycées resteront closes. Au cours de ces journées de protestation, les policiers ont été une fois de plus très violents à l’égard de ces jeunes, qui ont été contraints de réagir.
L’analyse de Dimitri Lasserre, correspondant de CCN à Paris
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1/ La violence de l’oppresseur face à la colère des lycéens
Une organisation ne recourt pas à la violence par plaisir. Elle n’y recourt que lorsqu’elle est impuissante à résoudre ses problèmes par d’autres moyens. La diplomatie, la négociation, la manipulation, la carotte et le bâton sont de bien meilleurs instruments de discipline et, contrairement à la violence, ils obtiennent plus facilement l’assentiment des voix réfractaires. La violence est le dernier recours. Elle ne cherche pas à mettre d’accord, elle ne cherche que l’ordre. Et parce qu’elle ne recherche pas le compromis, elle attise la haine. La violence s’engendre elle-même, et seul le plus fort a le pouvoir d’y mettre un terme, car lui seul a le privilège de pouvoir s’en priver. C’est pourquoi le responsable de la violence est toujours le plus fort. L’opprimé, même violent, ne porte pas la responsabilité de la violence en général. Il n’est violent que par nécessité, alors que la violence de l’oppresseur est toujours contingente.
Mais dans le cas présent, l’oppresseur, c’est-à-dire la bourgeoisie et sa police, milice privée des pouvoirs publics, jugent la violence nécessaire. Car pour la classe bourgeoise, il faut tuer ou il faut périr. Le capitalisme est devenu tellement friable qu’il ne parvient même plus à tolérer des blocus de lycéens. Même ça, c’est trop pour lui. Cette affaire pourrait prêter à sourire si la police n’éborgnait pas, ne mutilait pas, ne fracassait pas, n’étranglait pas, ne tuait pas, nos enfants. Mais cette police éborgne, fracasse, étrangle, tue, sans que cela ne fasse sourciller les bourgeois et leurs valets bien au chaud dans leurs ministères.
2/ Des revendications très concrètes
À bien considérer la question, ces blocus lycéens ne sont pas grand-chose. De très jeunes personnes portent des revendications très concrètes et très simples. Les lycéens demandent assez peu : du personnel enseignant, du personnel soignant, des extincteurs, des rénovations, du chauffage pour ne pas crever du froid, des climatiseurs pour ne pas crever de chaud, bref, le minimum vital nécessaire à la garantie de la dignité humaine. Et comme, en demandant gentiment, ils ne se font pas entendre – première forme de violence et de mépris, le privilège du bourgeois de se boucher les oreilles –, alors ils bloquent leurs établissements. Ces blocages portent sur la voie publique la voix de leurs revendications. Mais c’est trop aux yeux de la bourgeoisie. Cet acte de revendication est déjà une violence. Et c’est parce que la bourgeoisie voit dans ces requêtes une menace violente qu’elle lâche ses chiens déchaîner leurs LBD, leurs matraques et leur gaz sur nos enfants.
Il faut saluer le courage de cette jeunesse, qui ne se satisfait pas de défiler de République à Nation – où également, par ailleurs, on se fait gazer, mutiler, parfois tuer par la même bande de malfrats qu’on appelle police. Cette jeunesse a le courage de s’emparer des lieux qu’elle occupe quotidiennement, lieux où elle est sommée de se soumettre à défaut de pouvoir s’éduquer dans des conditions humaines. Au sens strict du terme, la jeunesse s’empare de ce qui lui appartient, c’est-à-dire son lieu de vie, et son lieu de travail. Cette appropriation est intolérable pour une bourgeoisie qui veut tout posséder et qui veut nous déposséder de tout. La bourgeoisie perd le contrôle. Et comme son capital est en crise, elle panique. Pas le temps de discuter, on tire.
3/ La bourgeoisie panique
Dans la police, il ne faut rien voir de plus que la panique de la bourgeoisie. Mais la police, c’est aussi la bourgeoisie elle-même. La bourgeoisie qui frappe, qui brutalise, qui perd pied. On ne fera plus croire à quiconque que la police a pour fonction de protéger nos concitoyens. Non, la police protège la bourgeoisie, c’est-à-dire une infime minorité de nos concitoyens ; la minorité dont la police est le moyen. Car aucun lycéen n’est armé, et aucun lycéen ne peut lutter d’égal à égal face à la police. C’est pourquoi, rappelons-le, cette infâme institution est seule responsable de la violence. Enfin, en dernière instance, ce sont les bourgeois qui sont responsables, puisque les flics sont leurs laquais.
Il n’y a pas de dialectique dans la police parce qu’un flic ne peut jamais se trouver du côté des opprimés, des dominés. La police est une institution unilatérale, une institution bourgeoise. Ce caractère unilatéral explique sa violence extrême ainsi que son impunité. Il ne faut pas s’étonner de l’obscénité de ses flics brutaux, vulgaires, idiots, lâches, parfois concupiscents devant des jeunes adolescentes. Il faut être une bête sauvage pour être flic, un être de pur instinct. Les facultés rationnelles des flics ne leur servent qu’à justifier dans un catéchisme idéologique le bien-fondé de leur barbarie et de leur misère intérieure. Le peu d’humanité qu’il leur reste sert à justifier leur inhumanité.
Mais nous avons des raisons de nous enthousiasmer. Tout n’est pas noir. Si la bourgeoisie en est réduite à envoyer des hordes armées contre des enfants sans défense, alors elle est quelque part entre l’agonie et le cimetière. La jeunesse ne portera peut-être pas le coup fatal, mais son courage devrait nous inspirer collectivement. Cette jeunesse réinvente des moyens de lutte que nous n’avons que depuis trop longtemps perdus de vue. Inutile d’attendre le grand soir ou de se lancer dans de longues diatribes révolutionnaires romantiques. Ce sont des choses elles-mêmes qu’il faut partir : de nos activités de travail, de nos lieux de travail, de nos pratiques de travail. Partons de choses simples. N’est-ce pas ce que font les lycéens ? Ils demandent des profs, des infirmières, des psychologues, des conditions viables, et non la révolution. Et pourtant c’est en demandant ces choses simples qu’ils mènent une action révolutionnaire.
Analyse de Dimitri Lasserre, correspondant de CCN à Paris

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