Imane Sioudan et Danik Zandwonis

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Guadeloupe • Social. Le Blues des Entrepreneurs.

Catherine Gustave Berlet, cheffe d’entreprise en Guadeloupe, portrait

Guadeloupe • Social. Le Blues des Entrepreneurs.

Guadeloupe • Social. Le Blues des Entrepreneurs.

Catherine Gustave Berlet, cheffe d’entreprise en Guadeloupe, portrait
Catherine Gustave Berlet, cheffe d’entreprise depuis vingt ans en Guadeloupe, alerte sur le malaise des chefs d’entreprise.

Guadeloupe • Social. Le Blues des Entrepreneurs.

Baie-Mahault (Jarry). Lundi 26 octobre 2026 | CCN.

Des entreprises qui vacillent, des dirigeants épuisés : jusqu’à quand ? Le malaise des chefs d’entreprise n’a jamais été aussi profond. La pression est devenue insoutenable. Derrière les difficultés économiques se cache une réalité trop souvent ignorée : celle de femmes et d’hommes épuisés, qui se battent quotidiennement pour maintenir leurs entreprises et préserver les emplois.

Par Catherine Gustave Berlet, cheffe d’entreprise.

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Intervention de Catherine Gustave Berlet sur le plateau de ZCL News | Crédit : CCN

Le cri de Catherine Gustave Berlet, cheffe d’entreprise depuis deux décennies

1/ Entreprendre : un combat quotidien pour ne pas s’effondrer

Nous sommes pressurisés, rincés et essorés ! Et malgré tout, il faut continuer à rester debout !

Debout pour nos entreprises, pour nos salariés, pour nous-mêmes et pour nos familles.

Nous devons tout anticiper, tout gérer, tout résoudre : trouver des clients, décrocher des marchés, payer les salaires, honorer les fournisseurs, régler les charges et négocier avec les banques.

Et lorsque les difficultés s’accumulent, nous devons encore trouver la force de rassurer tout le monde.

Mais qui nous rassure, nous ?

Les nuits sans sommeil, l’angoisse permanente et l’épuisement psychologique sont devenus le quotidien de nombreux dirigeants.

Le burn-out des chefs d’entreprise est une réalité dont on parle encore beaucoup trop peu.

2/ Trésorerie : comment payer quand nous n’avons plus les moyens de payer ?

Chaque jour, nous assistons à l’érosion de notre chiffre d’affaires, à l’accumulation des créances impayées et à l’effondrement de notre trésorerie.

Pourtant, nos obligations fiscales et sociales demeurent. Au moindre retard, les mises en demeure arrivent, les procédures de recouvrement s’engagent et les commissaires de justice frappent à nos portes.

Alors vient le temps des arbitrages. Nous établissons des priorités, négocions des délais et cherchons désespérément des solutions.

Non pas parce que nous refusons de payer, mais parce qu’il nous est matériellement impossible de tout payer.

Comment voulez-vous que nous payions si nous ne sommes pas payés ?

Comment honorer nos engagements lorsque les caisses sont vides et que les comptes bancaires affichent un rouge écarlate ?

3/ Nos entreprises : poumon économique et social du pays

Il est temps de prendre pleinement conscience du rôle essentiel que jouent nos entreprises dans la société guadeloupéenne.

Ce sont elles qui créent des emplois, accueillent des stagiaires, forment des alternants et permettent à nos jeunes de construire leur avenir.

Ce sont elles qui investissent, redistribuent la richesse et font vivre notre économie.

Or, les défaillances d’entreprises se succèdent, entraînant dans leur chute des salariés, des familles et parfois des décennies de travail.

Le chômage et l’absence de perspectives fragilisent notre cohésion sociale et nourrissent le désespoir d’une partie de notre jeunesse.

Notre territoire est parallèlement confronté à une violence qui nous bouleverse profondément. Le sang souille trop souvent notre beau papillon.

Si les difficultés économiques n’expliquent pas à elles seules cette violence, comment ignorer les conséquences de la précarité et du manque de perspectives ?

Préserver nos entreprises, c’est aussi préserver nos emplois, notre jeunesse et notre cohésion sociale.

4/ Les sacrifices invisibles des chefs d’entreprise

Il faut respecter les chefs d’entreprise !

Respecter nos nuits sans sommeil, nos sacrifices personnels et financiers, notre volonté farouche de maintenir les emplois coûte que coûte.

Combien d’entre nous renoncent à leur rémunération faute de trésorerie ?

Combien puisent dans leurs économies ou engagent leur patrimoine personnel en se portant caution des engagements de leur entreprise ?

Et lorsque celle-ci disparaît, certains perdent bien davantage que leur outil de travail : parfois le fruit de toute une vie.

Nous prenons les risques, assumons les responsabilités et, lorsque tout s’effondre, nous pouvons en payer personnellement un prix exorbitant.

5/ Les chefs d’entreprise sont-ils des voleurs ?

Entendre encore, sur les réseaux sociaux, une personnalité publique qualifier les chefs d’entreprise de « patrons voleurs et voyous » m’indigne profondément.

J’invite ceux qui tiennent de tels propos à venir passer quelques jours en immersion dans nos entreprises.

Ils comprendront peut-être que les salaires et les cotisations sociales ne sont pas financés par une main enchantée, mais par notre activité et les règlements de nos clients.

Lorsque la trésorerie devient insuffisante, nous pouvons nous retrouver dans l’impossibilité d’honorer le paiement de nos charges.

Ne pas pouvoir payer n’est pas être un voleur !

Cessons d’opposer les chefs d’entreprise aux salariés. Nous avons besoin les uns des autres.

6/ La commande publique : un levier de survie indispensable

Notre territoire a urgemment besoin d’une relance économique, notamment par la commande publique.

Mais obtenir un marché public ne suffit pas.

Encore faut-il recevoir des commandes et être payé dans les délais !

Comment rester à jour de nos obligations fiscales et sociales lorsque l’activité ralentit et que les encaissements deviennent insuffisants ? Et comment accéder à de nouveaux marchés lorsque cette régularité fait défaut ?

C’est le serpent qui se mord la queue !

J’observe également le recours croissant de collectivités et d’administrations à des centrales d’achat implantées dans l’Hexagone.

Cette pratique soulève une question essentielle : quelle place laisse-t-on aux entreprises guadeloupéennes dans les achats publics réalisés pour notre propre territoire ?

Comment préserver nos emplois, nos investissements et nos savoir-faire si une part croissante de ces achats bénéficie à des opérateurs extérieurs ?

7/ Le cri de détresse des chefs d’entreprise doit être entendu

On ne construit pas un pays sans entreprises.

Or, aujourd’hui, nos entreprises sont en train de mourir et leurs dirigeants s’épuisent à tenter de les sauver.

Derrière chaque entreprise, il y a des femmes, des hommes, des salariés, des familles, des sacrifices et parfois une immense détresse.

Après vingt années à la tête d’une entreprise, je connais le prix de l’engagement entrepreneurial.

Aujourd’hui, je souhaite aussi faire entendre la voix de tous ces dirigeants qui souffrent en silence, par pudeur, par peur du jugement ou parce qu’ils pensent devoir rester forts en toutes circonstances.

Nous ne demandons ni privilèges ni compassion de façade.

Nous demandons du respect, de l’écoute et surtout des actions concrètes.

Car lorsqu’une entreprise disparaît, c’est une partie de notre tissu économique et social qui s’efface avec elle.

Le hurlement de détresse des entrepreneurs doit être entendu !

L’heure est extrêmement grave. Notre économie guadeloupéenne est en danger. Et avec elle, c’est l’avenir de notre pays Guadeloupe qui se joue.

Par Catherine Gustave Berlet, cheffe d’entreprise depuis 20 ans

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