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Guadeloupe. L’hommage de Luc Reinette à Humbert Marboeuf camarade de tous les combats !

Guadeloupe. L’hommage de Luc Reinette à Humbert Marboeuf camarade de tous les combats !

Baie-Mahault. Vendredi 2 octobre 2020. CCN. Humbert Marboeuf militant radical et patriote engagé dans la lutte pour une Gwadloup débarrassée du colonialisme français est un exemple. D’une grande simplicité et d’un amour exclusif pour son peuple et pour sa patrie, Humbert Marboeuf a été pendant toute sa vie un combattant. Luc Reinette l’a bien connu et se souvient de ces épisodes, pas très connus, mais qui font partie de la lutte de libération nationale du peuple gwadloupéyen.

Adyé a Enbè ! Humbert Marboeuf a rejoint nos ancêtres hier mercredi 30 septembre 2020 à 10h15, dans l’EPHAD de Sainte-Rose où il était installé depuis un mois, après un séjour au Centre Hospitalier de Basse-Terre où plusieurs d’entre nous avons pu lui rendre visite (Jacqueline Jacqueray, Nita Brochant et moi-même).

Enbè, mon camarade de combat est mort et je ne trouve pas les mots qui soient à la hauteur de l’évènement pour parler  de celui que je connais depuis près de 40 ans, à travers la création de Radyo Inité en 1981, l‘avènement du MPGI ( Mouvement Populaire pour la Guadeloupe Indépendante) en 1982, l’irruption de l’ARC (Alliance Révolutionnaire Caraïbe)en 1983, le jaillissement du CIPN  (Comité International des Peuples Noirs) en 1992 sur le Parvis de Droits de l’Homme à Paris..et la fondation du FKNG ! en 2010. Il fut l’un des acteurs essentiels de toutes ces structures où chaque fois il s’est investi à fond…

Enbè était un homme habité d’une conviction fondamentale … Celle selon laquelle, nous guadeloupéens-qui pour l’essentiel sommes descendants d’Africains réduits en Esclavage-avions une mission supérieure à toute autre : libérer la Guadeloupe du colonialisme français, quelques soient les risques à courir et le prix à payer.

C’était un homme entier et sincère qui disait ce qu’il pensait sans se soucier de plaire ou de déplaire.

Toujours volontaire pour toutes les actions et toutes les missions dès l’instant où cela pouvait porter préjudice au système colonial et faire avancer la lutte pour la liberté de notre Pays et la prise de conscience de notre Peuple.

De nombreux camarades pourront témoigner, comme Marigwadoup par exemple, de son implication à Radyo Inité, puisque c’est lui qui l’a formée alors qu’elle n’avait que 12 ans et qui lui a donné ce nom dont elle tire une légitime fierté.

Pour ma part je me contenterai d’évoquer notre évasion du 16 juin 1985 de la prison de Basse-Terre, évasion qui faisait de nous (Enbé, Henri Amédien, Henri Pératout et moi-même) de nouveau des Nèg Mawon et son intervention lors de nos procès, des 31 janvier, 1er et 2 février 1985 au Tribunal Colonial de Pointe-à-Pitre.

Nous avions préparé cette évasion avec minutie et Enbè était de tous les préparatifs matériels (balais en bois aux extrémités taillées en pointe pour en faire des lances, morceaux de draps entrelacés pour former des cordes solides, nœuds marins, etc …) et s’inquiétait de tous les détails en évoquant des cas de figure pouvant survenir lors du déroulement de cette évasion. On pourra relire ses écrits (surtout les jeunes, mais pas que) dans le petit livre écrit en commun intitulé ‘’l’Evasion du 16 juin 1985’’ (Éditions Nestor).

Comme souvent les évasions ne se déroulent pas exactement comme prévu sur le papier et dans les esprits : je fus donc le dernier à franchir le grillage de la prison, le dernier à traverser le Stade du Cygne Noir et le dernier à me hisser sur sa haute palissade. En me hissant à son sommet, mon bras droit fut tranché jusqu’à l’os par une tôle, tandis que je retombais sur un amas de branches coupées. Mes lunettes étant tombées, j’étais un peu désorienté lorsque j’entendis non loin la voix d’Enbè criant ’Lik, Lik… Vini pa koté sit’. Je le rejoignis et ensemble nous sortîmes du petit bois à l’orée duquel nous attendait une voiture conduite par une jeune femme membre de notre Réseau de Résistance. Henri Amédien et Henri Pératiut étaient à bord, qui nous attendaient. Nous étions libres !

Les procès du 31 janvier, 1er février et 2 février 1985 restent mémorables, puisque c’est au cours de ceux-ci que nous, les prisonniers politiques présents (Joël Nankin, Jacques Grizelin, Henri Pératout, Marilyn Peter, Humbert Marboeuf et moi-même) avons chanté en chœur Van  Lévé dans leur tribunal  et avions déchiré ce qui nous servait de ‘’cartes d’identité’’ pour les lancer à la face des juges et procureurs français qui avaient la prétention de nous juger nous, alors que leur Tribunal était le même  qui appliquait le Code Noir contre nos ancêtres.

Debout, fier et altier devant ces français, Enbè leur déclara en substance d’une voix forte : ‘’Les occupants français ont toujours voulu régler leur compte à ceux qui dérangent l’ordre établi, par le bâillonnement systématique, la répression, l’emprisonnement et le meurtre.’’

Rien de fondamental n’a changé ici depuis le temps de l’esclavage et votre Code Pénal que vous brandissez comme une bible pour conjurer la revendication indépendantiste n’est pas différent pour nous du Code Noir de Colbert. Heureusement les vents changent qui balaient vos convictions sclérosées et arracheront bientôt votre drapeau de notre sol national. Ce drapeau qui flotte dans le ciel guadeloupéen comme une insulte permanente faite à tout un peuple est le symbole de votre présence contre nature dans notre Pays. ‘’

Voilà qui était Humbert, un homme déterminé, fier de ses origines mais également inquiet pour l’avenir de son Peuple.

Et si demain des jeunes guadeloupéens me demandaient : Comment faire pour honorer la mémoire de Enbè ?

Je leur dirai, battez-vous de toute votre énergie. Ne vous indignez vous pas simplement du système colonial nocif par nature, mais participez activement à sa destruction pour pouvoir bâtir une Guadeloupe nouvelle !

Une pensée émue à Cyndie et Richardson, les enfants de Enbè qui vivent l’un en France, l’autre aux Etats-Unis qui adoraient leur père et qui représentaient pour ce dernier qui en parlait toujours avec émotion et amour, les prunelles de ses yeux.

Luc Reinette.

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