France. Présidentielles. La Gauche libérale avec le RN ou LFI ?
France. Présidentielles. La Gauche libérale avec le RN ou LFI ?
Paris. Mercredi 1er juillet 2026 | CCN.
S’il y a quelques inquiétudes au sujet du prochain scrutin présidentiel, il y a au moins un point sur lequel nous pouvons être rassurés : malgré les divisions à gauche, en cas d’un second tour RN/FI, les partis de gauche devraient appeler à voter pour la France Insoumise ou, au pire, à ne pas donner sa voix au parti fasciste. Et si les doutes persistent, on peut trouver quelques arguments décisifs qui excluent que la gauche, et même la majeure partie de ce qui reste d’un centre déliquescent, se rangent derrière les héritiers de la peste brune. Cette analyse n’est pas absolument mienne, et s’inscrit dans la ligne de l’association La Brèche, à laquelle je contribue notamment à travers la Revue Positions.
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Mélenchon : la primaire est finie
Les élections à venir mettent en concurrence deux gauches – au-delà bien entendu du combat qui les oppose à la droite et à l’extrême droite. Cette confrontation semble inéluctable, quand bien même certaines et certains ont placé leur foi, ou perdu leur temps, dans la fabrication d’une primaire à gauche, qui n’intéresse pas grand monde, et dont les principaux instigateurs s’écartent de plus en plus. À Saint-Denis, Mélenchon a lancé, à cet égard, « la primaire est finie ». Et, à l’évidence, les militants de gauche radicale sont naturellement portés vers la France Insoumise, car elle incarne pour eux un débouché politique qui correspond à leurs aspirations intellectuelles et matérielles.
Manuel Valls a mené des politiques que la fachosphère approuve
Mais il n’aura échappé à personne que la FI divise et que, même à gauche, sinon surtout à gauche, elle inspire de l’hostilité. L’argument ou, devrait-on dire, le sophisme, qui revient le plus souvent consiste à incriminer la personne de Jean-Luc Mélenchon avant de conclure : « la FI se tire une balle dans le pied avec Mélenchon ; cela serait beaucoup mieux sans lui ». Cette plaisanterie pourrait porter à rire, si la situation politique n’était pas si grave. D’abord elle est portée par des personnes dont les partis n’ont pas réussi à atteindre la barre des 5% aux dernières présidentielles – avec un record de 1,7% pour le Parti Socialiste –, ensuite elle laisse à penser que, si Mélenchon renonçait, alors la FI serait plus « présentable », et la gauche libérale cesserait de lui être hostile. C’est évidemment un mensonge – sans surprise, les menteurs mentent. Car le programme de la FI est en lui-même inacceptable pour une bourgeoisie qui défend, au mieux, des politiques néolibérales d’accompagnement et, au pire, la même ligne que le RN avec un vernis rose ou orange. Si le PS n’est pas un parti fasciste, avec Manuel Valls, il a mené des politiques que des fascistes approuvent. Même remarque pour les macronistes avec leur loi immigration et les dérapages multiples de leurs ministres, dont l’un d’eux prétend que l’état de droit n’est « ni intangible, ni sacré ». Même s’ils parlaient comme ces braves bourgeois, même si cela leur était possible, les représentants de la FI, parce qu’ils portent une ligne de rupture, demeureraient infréquentables.
Le PCF n’a de communiste que le nom
D’ailleurs la stratégie qui consiste à se montrer bien poli, bien sage, bien gentil, bien docile – bon chien ! –, est rarement féconde. C’est celle, notamment, de Fabien Roussel, premier secrétaire d’un parti qui n’a de communiste que le nom, candidat de gauche préféré à droite, mais pour qui personne ne vote, ni à gauche, ni à droite. Car plaire aux médias, c’est plaire à la droite. Mais la droite ne vote pas pour un « communiste », même si celui-ci essaie de draguer l’extrême droite par ses sorties islamophobes. Cette « gauche », celle de Roussel, a renoncé à ce qui fait la politique même ; à savoir le conflit, la lutte, la ligne. La ligne du PCF, aujourd’hui, c’est plaire à BFM et CNews. Tout un programme.
Marie Tondelier (Vert) : aucun programme
Bref, ce qui rend les deux gauches inconciliables, ce sont leurs lignes. J’exclus ici le camp de « l’union de la gauche », qui n’en a aucune, à part l’union pour l’union. Marine Tondelier se dit prête à se ranger derrière n’importe quel candidat qui réalisera l’union de la gauche ; c’est dire sa colonne vertébrale politique. C’est dire le genre de girouette à laquelle nous avons affaire. Bien sûr, Marine Tondelier aimerait que ce soit derrière sa ligne, ou plutôt sa personne, puisque sa ligne demeure jusqu’ici inconnue, que se fasse l’union. N’est-ce pas le sort de tous les unionistes, leur projet politique, que toute la gauche se range derrière eux sans aucun programme ?
Une « gauche » de gouvernement ?
Mais deux lignes réelles se distinguent de part et d’autre d’une fracture : d’un côté une gauche radicale, keynésienne mais de rupture, qui ouvre une brèche ; de l’autre une gauche sociale-libérale, une gauche néolibérale, qui s’autoproclame « gauche de gouvernement » sans qu’on sache très bien ce que cela veut dire mais, au moins, ça fait sérieux, « gauche de gouvernement ». Il s’agit bien cependant d’une gauche qui a gouverné, et qui a multiplié, depuis 1983, d’audacieuses politiques pro marché, pro entreprises, et anti services publics, anti travailleuses et travailleurs, et aussi anti immigration, bref, des politiques bourgeoises contre les classes laborieuses et contre tout ce qui n’est pas blanc – généralement inclus à l’intérieur des classes laborieuses. La grande peur des unionistes est de voir ces deux gauches s’affronter, car cela diviserait la gauche. Cette peur repose sur une croyance étrange, selon laquelle les électorats de ces deux gauches n’étaient pas déjà divisés ; ce qu’ils sont pourtant. Or cet affrontement est plutôt utile à gauche, car il tire les discussions vers la gauche. Puis il est nécessaire, car il est le moyen de clarifier les lignes, de savoir quelle ligne domine, bref, de constater une nouvelle fois que la gauche de rupture écrase cette gauche libérale, cette gauche complice de la bourgeoisie et de ses alliés les plus dangereux : les fascistes.
La gauche libérale est morte.
Les dernières élections pourraient laisser penser que la gauche libérale est morte. Le score humiliant du PS en serait le témoin. Mais, avec la dissolution du centre, une partie de l’électorat macroniste pourrait se partager entre le PS et les Écologistes, ce qui devrait aider ces formations à obtenir de meilleurs résultats en 2027. Et ce n’est pas grave. Mieux vaut que les débats politiques portent sur le niveau du SMIC, la durée du temps de travail, la sécurité sociale, l’égalité réelle des droits entre les citoyens, et même entre les humains, que sur la « sécurité », l’« immigration », les « charges sociales », etc. Si la France Insoumise était seule à gauche, alors son projet serait rendu inaudible par la cacophonie raciste-libérale. Par sa seule existence, elle tire les partis de gauche à gauche, les contraint à se donner en représentation comme s’ils défendaient des lignes de gauche. Et elle prive aussi de parole cette droite obsédée par l’immigration, les charges sociales et les frères musulmans. Par effet de glissement, la FI tire à gauche le débat entre les différentes formations de gauche, et tire à gauche le débat public dans son ensemble, qui n’est plus prisonnier des ritournelles fascistes.
François Hollande : au second tour, aucune voix au RN
Quand la FI aura battu la gauche libérale, et dans l’hypothèse où elle se retrouverait face au RN au second tour, il y a peu de doute que la deuxième gauche, qui aura perdu de nouveau, soutienne la France Insoumise. C’est une nécessité politique pour cette gauche libérale, qui perdrait toute crédibilité, et donc tout électorat, si elle se mettait soudainement à soutenir l’extrême droite. François Hollande lui-même l’a déjà déclaré : en cas de second tour FI/RN, il appellera à ne donner aucune voix au parti fasciste. Le ralliement à la gauche de rupture serait sans doute plus difficile face à un candidat de droite plus traditionnelle, c’est-à-dire aux tendances identiques à celles de la gauche libérale. Ce serait le pire scénario, puisqu’une victoire de cette droite libérale ferait un peu plus le lit du Front National. Mais, s’il faut se rassurer de ce côté-là, la gauche libérale, même de Glucksmann, ne peut matériellement apporter son soutien au parti fasciste. Cela serait pour elle un suicide.
La seule gauche qui soutient le camp fasciste est la gauche du Printemps Républicain. Mais cette gauche n’est pas représentée politiquement. C’est la gauche de la journaliste islamophobe Caroline Fourest et du philosophe pro-génocide Raphaël Enthoven. Mais comme ces gens ne représentent personne sinon eux-mêmes, ils ne jouent pas de rôle dans cette histoire – ou qu’un rôle minime : celui de collaborateurs minoritaires.
Un second tour Mélenchon/Le Pen ou Mélenchon/Bardella ?
Ce qui pose question, au-delà de la stratégie de la gauche, c’est le positionnement du centre, c’est-à-dire de ce qui reste des débris de l’UMP et du PS. Il y a moins de certitude en ce qui concerne ce camp. Toutefois, en cas de second tour Mélenchon/Bardella, ou Mélenchon/Le Pen, il y a de bonnes raisons de penser qu’une bonne partie du centre appellera au barrage contre l’extrême droite. Pourquoi ? Parce que, précisément, le barrage contre l’extrême droite est le fonds de commerce de ce centre pourrissant. Macron n’a été élu président qu’en raison de ce barrage, et c’est au nom de ce barrage qu’il a été élu. Lors des dernières législatives, une partie des lieutenants de Macron ont appelé à soutenir le NFP contre l’extrême droite – même si, il est vrai, cela n’a pas toujours été le cas.
Le bloc Macroniste vers l’extrême droite.
Si des tensions demeurent, c’est parce que les intérêts de classe du bloc macroniste tendent plutôt vers le soutien de l’extrême droite que vers celui de la FI. On connaît l’adage, en cas de risque de prise de pouvoir de la gauche, « Mieux vaut Hitler que le Front Populaire ! » Parce qu’en même temps que le bloc central a fait campagne sur fond de lutte contre l’extrême droite, il a contribué à son ascension, il lui a pavé la route, pas après pas. Même ce bloc politique a mis en place des mesures d’extrême droite et fait voter des lois d’extrême droite. Sans doute les macronistes pensaient-ils ainsi l’endiguer : en l’imitant.
En accordant une minute de silence en l’honneur d’un néonazi à l’Assemblée nationale, par exemple.
Et puis les électeurs ne sont pas captifs des consignes des dirigeants politiques. Mais c’est peut-être une bonne nouvelle, car rien n’assure que la base du bloc central soit aussi fasciste qu’une partie de ses dirigeants. Que des opportunistes ou des bourgeois paniqués se replient vers le fascisme par peur de perdre quelques-uns de leurs privilèges, il n’y a là rien d’étonnant. Mais que des électeurs qui ont voté systématiquement contre l’extrême droite en fassent autant, rien n’est moins sûr.
Reste qu’à droite, et c’est bien la pente naturelle, il est vraisemblable que les cœurs battent plus volontiers pour l’extrême droite. Mais ce n’est pas là notre question, ni notre problème. Que des racistes modérés deviennent racistes radicaux n’a rien de surprenant. Que des libéraux droits-de-l’hommistes se muent en libéraux autoritaires n’est pas plus étonnant. Nous ne sommes pas là pour les convaincre, ni pour les séduire. Nous sommes là pour les combattre.
Le capitalisme n’a pas de conscience.
À chaque fois que le capitalisme ne parvient pas à résoudre ses contradictions internes, il cherche des solutions pour se maintenir. Pas par un geste conscient, car le capitalisme n’a pas de conscience, mais par ses mécanismes propres, à travers lesquels des sujets conscients poursuivent leurs intérêts privés et, par-là, concourent à ceux du mode de production dans lequel ils s’agitent ; parce qu’il y a ici concordance des intérêts privés et de l’intérêt, non pas général, mais du mode de production lui-même, qui n’est pourtant, de ce point de vue, qu’une entité abstraite. Voilà où agit véritablement la main invisible. Elle n’est pas le processus invisible par lequel l’intérêt privé concourt à l’intérêt général, mais le processus invisible par lequel l’intérêt privé concourt à l’intérêt du capitalisme, c’est-à-dire à sa survie. C’est d’ailleurs une tautologie, puisque le capitalisme se définit par l’intérêt individuel dans sa quête d’accumulation de valeur d’échange et réciproquement.
Quand ce n’est pas dans l’économie elle-même que, directement, des solutions apparaissent, quand toutes ces solutions ont été épuisées, ou bien quand elles rencontrent des résistances dans la réalité sociale, alors le recours à la brutalisation devient nécessaire et, avec lui, le recours au fantasme. Les deux marqueurs de l’extrême droite. La société ne veut pas d’une réforme des retraites ? On lui envoie une police de plus en plus fasciste. L’économie est structurellement en faillite ? C’est à cause des Noirs et des Arabes. À la fin, on envoie directement la police chez les Noirs et les Arabes, ainsi que chez les résistants de gauche.
Cette ligne fasciste n’est pas majoritaire. Il existe aujourd’hui un débouché, bien que très imparfait, vers une alternative. Et parce que ce débouché existe, le fascisme n’a aucune chance dans ce vieux pays impérialiste qu’est la France. Nous battrons les fascistes dans les urnes. Sinon, nous les vaincrons par tous les moyens.
Stratégie du centre : même s’ils font leur politique
Moins clair pour une partie de la droite.
Par Dimitri Lasserre | CCN


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