Imane Sioudan et Danik Zandwonis

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Guadeloupe • Le Débat : Notre pays pourra-t-il enfin sortir la tête de l’eau ?

Guadeloupe • Le Débat : Notre pays pourra-t-il enfin sortir la tête de l’eau ?

Le Conseil départemental de Guadeloupe partiellement submergé sous un ciel sombre et orageux.
Symbolique du Conseil départemental de Guadeloupe envahi par les eaux, représentant les crises structurelles, politiques et sociales traversées par le territoire.

Guadeloupe • Le Débat : Notre pays pourra-t-il enfin sortir la tête de l’eau ?

Basse-Terre Capitale. Mercredi 20 mai 2026 | CCN. 

L’évolution statutaire de la Guadeloupe revient au cœur du débat politique à travers la question de l’eau et des responsabilités institutionnelles. Alors que le président du Conseil départemental propose la tenue d’un congrès des élus sur cette problématique, de nombreuses interrogations émergent sur la capacité réelle des collectivités à résoudre une crise devenue structurelle. Entre défiance politique, crise sociale et interrogations sur l’avenir institutionnel du pays, ce débat dépasse désormais largement la seule question de l’eau.

par CCN

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En guise d’introduction

Mais quelle question ? La Guadeloupe, depuis quelques décennies, a souvent été perçue comme un bateau ivre dérivant sans cap, sans capitaine, au gré des flots. On avait là l’image d’un véhicule cherchant un chemin, une destination pour se remettre de son errance et arriver à bon port.

Aujourd’hui, en revanche, on a le sentiment d’être confronté à l’image désespérante d’un homme dont la tête émerge à peine de la surface de l’eau et qui, à terme, risque d’être englouti par les flots.

Cette dernière image fait écho aux débats qui ont actuellement cours dans notre société, en particulier suite à l’annonce faite par le président du Conseil départemental de tenir un congrès des élus sur la problématique de l’eau. Il faut sans aucun doute s’interroger sur l’après-congrès. Les deux collectivités majeures ont-elles vraiment les moyens nécessaires pour résoudre cette question récurrente ?

Vu la gravité de ce problème, des souffrances qu’il génère pour une bonne partie de la population, on serait amené à penser que cette initiative mérite d’être saluée. Qui n’appelle pas de ses vœux des solutions concrètes à une situation catastrophique qui n’a que trop duré ?

Or, les choses sont loin d’être aussi simples. Le désir louable de permettre l’accès de tous à l’eau, et surtout à une eau de qualité, intervient dans un contexte sulfureux de polémiques sur l’évolution institutionnelle et statutaire, on « bari boutèy krazé ».

La conjonction de ces deux éléments conduit légitimement à se poser des questions.

Le congrès sur l’eau n’est-ce pas une démarche permettant de faire comprendre aux Guadeloupéens qu’il existe des élus disposant de suffisamment de verticalité, capables de prendre à bras-le-corps les problèmes du pays et de leur apporter des solutions pérennes ?

En clair, si cette démarche aboutissait, ne serait-ce pas la preuve que des élus disidan sont en capacité de s’élever au niveau supérieur qu’ils revendiquent afin d’assumer des compétences au sein d’une Guadeloupe évoluant dans un nouveau cadre statutaire et institutionnel ?

Il s’agit là d’un véritable défi : faire en sorte qu’un processus viable de résolution du problème de l’eau mette sur de bons rails les transformations fondamentales.

Régler le problème de l’eau, n’est-ce pas d’une certaine manière faire en sorte que la Guadeloupe sorte la tête de l’eau ?

Portrait d’un homme caribéen émergeant difficilement d’une eau sombre, portant un bandeau rouge marqué d’une silhouette de la Guadeloupe.
Homme luttant pour garder la tête hors de l’eau, métaphore de la résilience du peuple guadeloupéen face aux crises sociales et politiques.

Un pays qui a la tête sous l’eau

Qui ignore les maux dont souffrent la Guadeloupe et les Guadeloupéens depuis belle lurette ? En plus du problème gravissime de l’eau : une économie atone, un chômage chronique élevé, de la précarité sociale, un exode des jeunes, un niveau sidérant de violences diverses, une défiance persistante à l’égard des institutions, des élus et de la politique en général.

Malgré les nombreuses retouches qui lui ont été apportées, le système départemental est arrivé au bout du rouleau. Personne n’en est satisfait, personne ne le défend pour qu’il reste en l’état comme ce fut le cas il y a quelques décennies.

Les Guadeloupéens partagent globalement cette impression — et les sondages d’opinion l’attestent — que le système départemental est usé, que la nécessité d’un changement s’impose, sans que cela ne se traduise pour autant en attitudes politiques conscientes et explicites.

Ils en ont assez de ce petit jeu, de cette dialectique perverse qui s’est installée entre le système colonial et les élus : le système colonial fait les élus et les élus font le système colonial. Car dans ce donnant-donnant, ce sont les citoyens qui se retrouvent laissés-pour-compte.

Cela dit, il faut bien être conscient que de petites minorités d’intérêts se trouvent tout à fait à l’aise dans le système tel qu’il fonctionne. Certains ne s’en cachent pas, d’autres en profitent, tapis dans l’ombre, se consacrant à faire fructifier leurs profits intérieurs comme extérieurs.

Évolution statutaire : quel changement possible ?

À l’évidence, certains estiment qu’il faut aller jusqu’au bout de la décolonisation, autrement dit rompre avec un système de dépendance politique qui s’est simplement donné un nouveau visage en 1946.

Dans la Caraïbe, la Guadeloupe ne peut pas être un département français régi à l’identique par les règles et normes des départements français, avec en plus l’application des règles et normes européennes.

Rompre avec la dépendance ouvrirait la voie à un pouvoir politique, un vrai pouvoir politique, un pouvoir qui gouverne et non un pouvoir qui administre un territoire.

La forme que doit prendre ce pouvoir doit être débattue et, quand on dit débattre, toutes les options doivent être posées sur la table. La politique, c’est aussi une affaire de courage et de conviction.

Avoir une posture de crainte pour ne s’en tenir qu’à des changements cosmétiques ne règle pas les problèmes. Alors, si le principe d’un changement de statut est acquis, il faut dans la foulée aborder la question des institutions qui donneront vie à ce statut.

Sortir de la confusion politico-médiatique

Depuis les résolutions prises par le congrès des élus sur l’évolution institutionnelle, un parti hétéroclite de la peur semble s’être constitué.

Selon les partisans du changement, son objectif serait de faire échouer toute démarche d’évolution institutionnelle. D’autres voix, au contraire, estiment qu’il convient d’avancer avec prudence et davantage de précisions.

Il y a lieu de rester sérieux, et surtout d’éviter des polémiques stériles s’agissant de l’avenir du pays. Les enjeux du débat doivent être clairement identifiés et les termes du débat clairement posés.

Après, c’est le peuple souverain qui décidera lors d’une consultation démocratique.

L’initiative du président du Conseil départemental d’organiser un Congrès sur l’eau, si elle se veut comme un élément donnant une impulsion au changement institutionnel, risque toutefois de rater sa cible.

Dans le contexte actuel d’incertitude et de fragmentation politique, il ne serait pas étonnant que la montagne accouche d’une souris.

La question de l’eau exige une refondation à la base du système existant. Et pour cela, il faut une autorité politique reconnue, audacieuse et volontariste, ce qui n’apparaît pas clairement dans l’actuel paysage politique.

La Guadeloupe pourra sortir la tête de l’eau quand les Guadeloupéens mobilisés et déterminés dans les partis et organisations politiques, les syndicats et collectifs citoyens avanceront d’un pas uni.

Vu la situation générale de la France, certains considèrent qu’il y a urgence à prendre les dispositions nécessaires pour faire bouger les lignes.

par CCN

 

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