Guadeloupe • Politique. L’appel au peuple de Guy Losbar
Guadeloupe • Politique. L’appel au peuple de Guy Losbar
Petit-Bourg. Mercredi 14 octobre 2026 | CCN.
Guy Losbar, président du GUSR, a rassemblé ses troupes le week-end dernier en Guadeloupe dans un discours inhabituel et d’une tonalité différente. Il analyse avec une réelle lucidité la situation d’une Gwadloup perdue dans les chiraj et les désaccords politiques récurrents. Il signe lui-même la fin du rêve et de l’illusion macroniste. Donc pas de chèque en blanc pour le prochain président français. Losbar aurait-il enfin compris que la Gwadloup de 2026 est une colonie française ? An nou atann pou vwè si tou sa a pa pawòl anlè !
Source : Discours de rentrée politique de Guy Losbar, président du GUSR – 11 octobre 2026.
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Dans ce discours de rentrée politique prononcé le dimanche 11 octobre, Guy Losbar s’adresse d’abord à « la Guadeloupe qui se lève à quatre heures pour remplir des bidons », à celle « qui calcule, à la pompe, combien de jours de travail lui coûte un plein », à celle qui voit fermer les petites entreprises de son quartier et qui accompagne ses enfants à l’aéroport « en se demandant s’ils reviendront ». Cette colère, le président du GUSR la juge « légitime » et dit la partager.
Guy Losbar et la Guadeloupe : « le temps des exigences »
Pour Guy Losbar, la défiance entre la population et ses élus n’est ni de l’ingratitude ni de la manipulation, mais « un verdict » : sur l’écart entre ce qui se dit et ce qui se vit, sur « des réunions sans lendemain » et « des communiqués qui remplacent les résultats ». S’il reconnaît sa part de responsabilité, il refuse de tout faire porter aux élus locaux, estimant que les leviers décisifs (fiscalité, prix administrés, droit des entreprises, financement des hôpitaux, organisation des institutions) « se trouvent à Paris ».
Sa méthode pour combattre la défiance tient en trois mots : « un objectif, une date, un responsable ». Et sa formule résume le ton du discours : « le temps des demandes est derrière nous. Voici venu le temps des exigences. »
Eau, carburants, entreprises, santé : la facture adressée à l’État
« Nous ne venons pas tendre la main. Nous venons réclamer notre dû », lance le président du GUSR, pour qui l’égalité réelle est « une promesse de la République » et « une promesse non tenue s’appelle une dette ».
Sur l’eau, il rappelle l’engagement de 150 millions d’euros du Département et les résolutions adoptées par le Congrès des élus : pacte de solidarité financière, reprise de la dette historique par une structure de défaisance, plan d’investissement. Il réclame désormais une « obligation de résultat », inscrite dans une opération d’intérêt national et une loi de programmation, avec un calendrier public de fin des tours d’eau, sans oublier l’assainissement.
Sur les carburants, Guy Losbar conteste l’argument des seuls cours mondiaux et demande que toutes les composantes du prix (fiscalité, marges, formule administrée) soient mises sur la table, « celles de l’État comme celles des collectivités ». Il revendique aussi le droit de s’approvisionner dans l’environnement caribéen, jusqu’au Venezuela. « Quand on vit sur une île sans alternative à la voiture, le prix du gazole n’est pas une variable économique. C’est une question de dignité. »
Face aux liquidations d’entreprises, il demande l’arrêt des poursuites contre les entreprises viables et une cellule d’urgence réunissant tribunal, administration fiscale, Urssaf, banques et collectivités. Côté santé, il prévient que le transfert vers le nouveau CHU « ne changera rien » si l’État ne compense pas le déficit accumulé par l’ancien établissement.
Évoquant la Route du Rhum, qui s’élancera dans quelques semaines vers la Guadeloupe, il prévient : « nous ne serons pas un décor de carte postale ».
Présidentielle : pas de chèque en blanc
À quelques mois de l’élection présidentielle, Guy Losbar anticipe le scénario des « candidats qui découvriront la Guadeloupe le temps d’une escale ». « Nous ne donnerons de chèque en blanc à personne. Nous ne sommes pas une réserve de voix », affirme-t-il. « Ce n’est pas à nous de choisir un candidat. C’est aux candidats de répondre à la Guadeloupe. »
Le Contrat des 20 : vingt exigences pour le prochain quinquennat
C’est dans ce cadre qu’il présente « An nou fè Gwadloup, ansanm ! Le Contrat des 20 » : vingt priorités adressées à l’État. Au premier rang, les urgences vitales (eau, carburants, entreprises, vie chère, santé), qui devraient selon lui faire l’objet d’engagements dans les cent premiers jours du prochain quinquennat. Suivent le travail et la production (emploi des jeunes, formation, retour des talents, souveraineté alimentaire, tourisme), puis la protection de chacun (logement, aînés, handicap, petite enfance, mobilité, dérèglement climatique), et enfin « décider ici pour mieux vivre ici ».
Le Contrat sera remis à chaque candidat, qui devra répondre priorité par priorité, par oui ou par non, dans un délai donné. Les réponses seront rendues publiques.
« Décider ici » : le Congrès et la consultation des Guadeloupéens
« Tant que l’essentiel se décidera à sept mille kilomètres, nous serons condamnés à réclamer chaque année ce qui devrait aller de soi », estime Guy Losbar. Il met en avant le travail mené depuis 2022 : un millier de contributions citoyennes, 125 experts auditionnés, 15 forums et trois Congrès successifs. Pour lui, le Congrès des élus reste « la seule enceinte où la Guadeloupe tout entière délibère et parle d’une seule voix devant l’État ».
Il renvoie la balle à l’État, à qui il revient selon lui d’organiser la consultation des Guadeloupéens, et entend demander à chaque candidat « quelle date ? quelles modalités ? ». En attendant, il propose avec la Région, dans le cadre de leur contrat de gouvernance, de mettre fin à l’enchevêtrement des compétences entre collectivités.
Une main tendue et trois engagements
Le président du GUSR assure que le Contrat « n’appartient pas au GUSR seul » et tend la main aux forces progressistes, partis, syndicats, organisations professionnelles et collectifs citoyens pour l’amender et le signer. Il doit être finalisé d’ici décembre, avant d’être porté à Paris en janvier par les élus et les forces vives.
Guy Losbar prend enfin trois engagements : un objectif chiffré, un responsable et une date pour chaque mesure ; un comité de suivi ouvert à la société civile publiant un bilan tous les six mois ; et la promesse que les élus agiront « les premiers » là où cela relève d’eux. « Le temps des paroles est révolu. Le temps des actes commence aujourd’hui », conclut-il. Reste à voir si les actes suivront.
Source : Discours de rentrée politique de Guy Losbar, président du GUSR – 11 octobre 2026

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