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Journaliste politique, journaliste et politique : la vraie force du 4ème pouvoir

Ni les politiques, ni les bulletins de vote ne peuvent résoudre les problèmes de la Gwadloup !...

Journaliste politique, journaliste et politique : la vraie force du 4ème pouvoir.

4/5

C’est une réalité ici et ailleurs. Les hommes politiques n’apprécient que les journalistes qui les caressent dans le sens du poil. En Gwadloup où l’on nous fait croire que nous vivons depuis 1947 en « démocratie française », la situation est singulière. Le journaliste gwadloupéyen est confronté, si l’on peut dire, à 3 types de pouvoirs : le pouvoir colonial français, le pouvoir de nos politiques et le pouvoir économique.

Le pouvoir colonial français

Il sévit et perdure dans notre pays depuis la nuit des temps. Il y a bien eu l’intermède « historique », d’octobre 1801 à mai 1802, pendant lequel le peuple guadeloupéen s’est battu les armes à la main contre le système colonial esclavagiste. Cependant, Delgrès, Ignace, Massoteau, Gédéon et tous les combattants engagés n’ont réussi qu’ à ébranler le système sans parvenir à le détruire. Le massacre d’État de Mai 1967, perpétré à Pointe-à-Pitre par l’armée française, demeure un souvenir douloureux parachevé par une féroce répression judiciaire à l’encontre du Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe (GONG) et des patriotes gwadloupéyen. Dans la décennie 1980-1990, les actions de guérilla du Groupe de libération armée (GLA) ou de l’Alliance Révolutionnaire Caraïbe (ARC) pour téméraires et audacieuses qu’elles furent, n’ont pas été suffisantes pour anéantir le système colonial. La grève du LKP de 2009 a été un épisode majeur des luttes sociales, une belle page de notre roman national. En résumé, en cette fin de l’année 2023, le pouvoir colonial français reste bien assis et bien installé dans notre quotidien. Et ce, sans doute pour longtemps encore !…

Le journaliste-guadeloupéen qui se respecte, ne peut en aucun cas ignorer ces faits historiques. Toutefois, en fait-il référence dans son traitement quotidien de l’information sociale, politique ou culturelle ? En fait-il sa grille d’analyse dans son verbatim, sa ligne éditoriale ? Le journaliste-guadeloupéen de 2023, considère-t-il son pays, la Guadeloupe, comme une « région » française, un département et une région d’outremer (DROM), pire, une région ultraphérique de l’union européenne (RUP) ou tout simplement comme un pays de la Caraïbe en situation coloniale ? That’s the question !

Mes confrères qui acceptent consciemment ou pas de se comporter en journaliste « français » acceptent donc tout l’arsenal sémantique de la rhétorique coloniale. Ils désignent encore et toujours la France comme étant la « Métropole » ou l’« Hexagone ». Il en découle que les Français, les habitants du pays d’Hugo (Victor) sont pour eux des « métropolitains » ou des « hexagonaux » voire même des « neg’zagonaux » pour les enfants et petits-enfants du Bumidom ! Dan pa ri ayen ki bon !

Pas un jour sans que ces termes inappropriés ne saturent les médias mainstreamiens du pouvoir et contribuent ainsi à influencer leur cible, le colonisé qui s’ignore. Pour ces journalistes, la Guadeloupe étant « française », cela ne leur cause aucun problème sémantique ou éthique. En fait, nos journalistes du 21ème siècle, même s’ils ne sont plus, à proprement parler, des journalistes de préfecture comme l’ont été leurs aînés des années 1950-1960, ils continuent néanmoins à se comporter comme tel. Mentalement.

Faut-il encore le rappeler, jusqu’au milieu des années 60, la presse militante guadeloupéenne était régulièrement l’objet de saisies voire interdite ? Des journaux tels que le Progrès Social des Frères Rodes ou l’Étincelle du Parti Communiste guadeloupéen (PCG) eurent souvent maille à partir avec la justice coloniale. L’arrivée du puissant France-Antilles, la voix du pouvoir colonial, a quelque peu contribué à la baisse d’influence de la presse anti-colonialiste des années 60. Encore qu’avec la montée du mouvement nationaliste des années 80, les journalistes de Jakata ou du Journal Gwadloupéyenn (Jougwa) eurent aussi à subir les foudres de la justice coloniale.

C’est vite dit, mais c’est le contexte, l’écosystème colonial dans lequel évolue objectivement le journaliste guadeloupéen. S’il a choisi en son âme et conscience d’être un « Français », que lui importe tout cela qu’il balaie d’un revers de main ? Dès lors, ses analyses, articles, interviews et reportages contribuent à pérenniser le système en place car, et ce n’est pas le scoop du siècle, il ne le dénonce jamais ! Un exemple tiré de l’actualité, si le gouvernement français apporte son soutien « indéfectible » à Israël contre Hamas, le mouvement de résistance du peuple palestinien, notre journaliste-guadeloupéen, en bon « Français », ira naturellement dans le sens indiqué.

Le « pouvoir » de nos politiques

Ce pouvoir des élus dit locaux, n’a pas la task force du pouvoir colonial. C’est un fait. Mais face à ceux qui sont élus démocratiquement, notre journaliste de 2023 est le plus souvent assez complaisant. Pou kibiten, pourquoi ? Parce que nos hommes et femmes politiques sont le produit du système. Nos journalistes franco-guadeloupéens vont les traiter presqu’ au même niveau. N’est-ce pas ce qu’on qualifie de journalisme de proximité ?

Les politiques se servent généreusement de cette « bienveillance » journalistique pour justifier leur posture. À l’exception des élus nationalistes ou communistes des années 90, qui a entendu depuis, un seul de ces élus qualifier la situation actuelle de coloniale, se sont-ils battus pour que notre langue et notre culture soient respectées ?

Quand un ministre français des dernières colonies vient se promener en Guadeloupe, est-il interpellé sur la réalité politique et économique de notre pays ? Il peut même avoir l’outrecuidance d’émettre des avis abjects et méprisants sur l’art et la manière de consommer l’eau en pays colonisé sans qu’on entende les présidents des collectivités « majeures » lui demander de rectifier ses propos !

Il faut aussi noter que dans le PMGM, le paysage médiatique guadeloupéen mainstreamien, il n’y a pratiquement pas de journalistes exprimant ouvertement des idées nationalistes, indépendantistes voire anticolonialistes. La ligne éditoriale de ces médias « bienveillants » nourris par le pouvoir colonial, est contraire à toute idée décoloniale.


Donc au nom de la soi-disant objectivité, notre journaliste-guadeloupéen de 2023 n’est sans nul doute pas sourd mais muet. Il peut même bénéficier des « faveurs » des politiciens de proximité. Le prix de la « bienveillance » journalistique made in Gwadloup.

Le pouvoir des forces économiques et des milieux d’affaires.

Ce pouvoir est à la fois lié au pouvoir colonial et à celui des élus sur lesquels il garde la main. Il pèse lourdement sur les décisions politiques de la France relativement à notre pays en matière de fiscalité douanière et d’import-export.

Le journaliste-guadeloupéen de 2023, s’il exerce dans un média privé, sait pertinemment que toute critique virulente du libéralisme colonial est pour lui suicidaire. Souvenez-vous lorsqu’en janvier 2009, un éditorialiste de RCI avait osé prendre parti pour LKP, le pouvoir économique béké avait immédiatement fermé le robinet des budgets publicitaires. RCI est passé près, très près de sa disparition du PMGM. Cependant, cette situation n’est pas particulière à la Guadeloupe. Dans les pays occidentaux, ce sont de richissimes capitalistes qui possèdent la plupart des médias. Canal +, Cnews, Europe 1, le Journal du Dimanche et Paris-Match pour ne citer que ceux-là sont la propriété de Vincent Bolloré, un homme d’affaire proche de l’extrême droite française et qui a fait fortune en Françafrique dans le transport ferroviaire et la logistique. Les journalistes qui ont refusé ce pouvoir absolu sur leur « indépendance » n’ont eu d’autre choix que de s’en aller.

En Guadeloupe, face à ces 3 pouvoirs, la liberté d’opinion du journaliste-guadeloupéen de 2023 semble être très limitée sauf s’il décide de se « révolter » contre le système oppressif pour exercer son 4ème pouvoir car tous ces pouvoirs ont grand besoin de la presse pour exister. Peut-on imaginer ce que seraient ces politiques et autres hommes du pouvoir si leurs communiqués de presse, leurs conférences de presse, leurs plénières et autres réunions n’étaient jamais relayées ni couvertes par des journalistes ?

Liberté de la presse : un pouvoir contre les pouvoirs

Oui, la presse est dit-on le 4ème pouvoir. Il appartient à nous, journalistes en pays colonisé, de l’exercer pleinement et d’en assumer la responsabilité. Cela peut contribuer à coup sûr à faire évoluer la situation du pays, dans le sens où moins de complaisance à l’égard des pouvoirs, leur dire leurs 4 vérités me semble être aujourd’hui une mission, une obligation du journaliste pour peu qu’il en ait conscience.

Danik Zandwonis

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