Alors que notre maison brûle, on veut éteindre celles des autres
Alors que notre maison brûle, on veut éteindre celles des autres
Guadeloupe. Mardi 15 septembre 2026 | CCN.
La hausse du carburant en Guadeloupe frappe de plein fouet le pouvoir d’achat des ménages, où la voiture reste un outil de travail incontournable faute de transport public suffisant. Dans cette tribune libre, l’auteur, signé « On Nèg Mawon », alerte sur l’effet domino de cette hausse : commerces de proximité fragilisés, TPE et TPME étranglées, jeunes empêchés de chercher du travail. Il met en garde contre une colère sociale qui couve depuis 2009 et la crise Covid de 2021.
Par « On Nèg Mawon ».
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La hausse du carburant en Guadeloupe ne se résume pas à « payer plus cher à la pompe ». Dans un territoire qui subit déjà une vie excessivement chère, un transport public limité et un chômage supérieur à 34 %, c’est un effet domino qui menace de bloquer le pays tout entier, selon l’auteur de cette tribune.
Une chute directe du pouvoir d’achat
En Guadeloupe, la voiture n’est pas un luxe : c’est un outil de travail, une obligation pour se déplacer, faute de bus après 18 heures ou de liaison Baillif–Jarry le dimanche. L’auteur cite un cas concret : un ouvrier effectuant le trajet Baillif–Baie-Mahault (70 km aller-retour) à 1,92 €/L dépenserait entre 250 et 300 € de carburant par mois, soit plus de 20 % d’un SMIC « qui part en fumée ».
Conséquence, selon la tribune : l’économie locale ralentit, les sorties se raréfient, la consommation chez les « petits lolos » et les épiceries de quartier recule, et l’accès à la culture pour les adultes comme pour les enfants se restreint. Le consommateur guadeloupéen paierait ainsi son carburant plus cher qu’en France métropolitaine, tout en devant parcourir de plus grandes distances.
Des entreprises fragilisées par la hausse du gasoil
Le texte pointe aussi les entreprises, en première ligne face à la « montée fulgurante » du gasoil. Toutes les marchandises arrivant en Guadeloupe transitant par bateau puis par camion, la hausse du carburant se répercute en cascade : le transporteur augmente ses tarifs de 10 %, le maçon paie son parpaing plus cher, le fabricant de tôles sa bobine d’acier, la boulangerie sa farine. Au bout de la chaîne, le consommateur final paierait 2 à 3 € de plus par euro d’augmentation à la pompe, selon l’auteur. Les TPE et TPME seraient les premières touchées, pénalisées par des subventions jugées insuffisantes et souvent en retard.
Le risque d’une explosion sociale
Sur le plan social, l’auteur évoque un risque d’« explosion » : les jeunes en recherche d’emploi hors de leur commune se heurteraient à un coût de déplacement dissuasif — jusqu’à 20 € de gasoil pour un simple entretien à Jarry — ouvrant la porte, selon lui, à l’oisiveté, à la délinquance et aux troubles mentaux. Dans les familles les plus modestes, le choix se poserait crûment entre payer le carburant pour aller travailler ou nourrir la famille. L’auteur anticipe aussi une hausse des arrêts maladie et de l’absentéisme, dans un contexte de réformes de la Sécurité sociale jugées déconnectées de l’évolution des salaires.
« La maison brûle » : une colère qui couve depuis des années
L’auteur rappelle que la question du carburant pesait déjà sur la société guadeloupéenne en 2009, puis en 2021 lors de la crise Covid. Si le carburant augmente, argumente-t-il, c’est l’ensemble du coût de la vie qui suit, avec un risque de fermeture d’entreprises et de nouvelle hausse du chômage. Il appelle à anticiper cette colère sociale par des réponses concrètes : solutions de transport, aides aux professionnels, revalorisation des salaires, encadrement des marges sur certains produits en fonction du prix du carburant.
Pour l’auteur, cette crise du carburant s’ajoute à d’autres foyers de tension déjà présents en Guadeloupe — chlordécone, qualité de l’eau, santé mentale, vie chère, éducation, délinquance, agriculture, salaires, transport, justice, situation des pêcheurs, sargasses — qu’il faudrait, selon lui, traiter en priorité avant de se tourner vers d’autres combats.
Tribune libre de « On Nèg Mawon ».


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