Imane Sioudan et Danik Zandwonis

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Caraïbe. Politique. Le déclin de l’empire américain, une crise aussi morale

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Caraïbe. Politique. Le déclin de l’empire américain, une crise aussi morale

Caraïbe. Politique. Le déclin de l’empire américain, une crise aussi morale

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Le blocus américain frappe Cuba et le Venezuela

Caraïbe. Politique. Le déclin de l’empire américain, une crise aussi morale

Buenos Aires. Mardi 28 juillet 2026 | CCN. 

Le déclin de l’empire américain ne se limite pas à l’économie ou à la technologie. Il touche aussi le terrain militaire, marqué par l’incapacité de Washington à remporter ses guerres, la scène politique, avec un mécontentement croissant face à une démocratie qui enrichit surtout les riches, et la morale, alors que les sociétés occidentales semblent de plus en plus indifférentes aux violences commises à Gaza, en Iran ou au Venezuela.

Par Atilio A. Boron, 

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Le déclin irréversible de l’hégémonie mondiale de l’empire américain n’est pas qu’un problème économique ou technologique. C’est aussi un problème militaire : l’incapacité à gagner des guerres, soulignent régulièrement les analystes américains, confirmée ces derniers jours par le revers subi par Washington et ses alliés à Tel-Aviv dans la guerre contre l’Iran.

Un déclin aussi politique et moral

C’est également un enjeu politique : la logique impériale a nourri un mécontentement croissant à l’égard de la démocratie bourgeoise, dont la pratique a surtout enrichi les riches sans garantir à l’immense majorité de la population américaine un accès universel à des soins de santé, à une éducation publique de qualité ou à un logement décent. C’est l’une des raisons, selon Atilio Boron, pour lesquelles une partie de la population pauvre américaine se tourne vers des alternatives progressistes -que Donald Trump a qualifiées de « communistes » lors de son discours du 4 juillet.

C’est enfin, estime le sociologue argentin, une question morale. Les sociétés occidentales sembleraient s’être engourdies face aux violences commises à Gaza, en Iran ou à Caracas, où le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores ont été enlevés après un bombardement américain. Des actes que Boron compare, en termes de gravité perçue, à ceux qui suscitaient autrefois une condamnation quasi universelle, mais que « les scélérats des médias » et les algorithmes contribueraient aujourd’hui à normaliser.

Les sanctions, une forme de « génocide lent »

Boron avance que les formes de génocide ont évolué : à la barbarie directe s’ajouterait, selon lui, une violence plus insidieuse – la politique de sanctions imposée par les États-Unis et leurs alliés européens à de nombreux pays. Il cite une étude publiée dans la revue The Lancet, menée par les chercheurs Francisco Rodríguez, Silvio Rendón et Mark Weisbrot, portant sur les conséquences de « mesures coercitives unilatérales » appliquées à 152 pays entre 1971 et 2021 : ses auteurs évaluent à 564 258 le nombre de décès annuels associés aux sanctions unilatérales, soit environ 28 millions de morts en un demi-siècle. Le politologue américain John Mearsheimer, professeur à l’université de Chicago, parlerait à ce sujet de « massacre de masse ».

Cuba et Venezuela, cibles historiques du blocus

Parmi les pays concernés figurent le Venezuela, visé depuis 2015, et Cuba, sous sanctions sans interruption depuis 1960. L’administration Trump, avec le secrétaire d’État Marco Rubio, aurait intensifié ce blocus à un niveau inédit, malgré les appels répétés d’une large majorité d’États membres de l’ONU à y mettre fin.

Selon une étude du Center for Economic and Policy Research de Washington, citée par Boron, le taux de mortalité infantile à Cuba – autrefois parmi les plus bas au monde – aurait augmenté de 148 % entre 2018 et 2025, passant de 4,0 à 9,9 décès pour 1 000 naissances vivantes, soit environ 1 800 enfants selon cette estimation. À cela s’ajouteraient les patients privés d’accès à des traitements contre le cancer, le diabète ou d’autres maladies chroniques, dans un contexte de coupures de courant et de pénuries liées au blocus des approvisionnements en pétrole.

Vers un crime de guerre à juger, selon Boron

Pour le sociologue, la politique de Washington relèverait du crime de guerre et ses responsables devraient être jugés, à l’image des procès de Nuremberg après la défaite du nazisme. Il établit un parallèle avec les violences en cours à Gaza, en Cisjordanie et au Sud-Liban, qui ne susciteraient pas, selon lui, une indignation comparable à celle des années 1940.

La « guerre des idées » contre l’indifférence

Boron conclut en appelant à mener la « guerre des idées » évoquée par José Martí, « par la force de la pensée », face à ce qu’il décrit comme une acceptation tacite du blocus. Il cite le jeune Antonio Gramsci et son texte « Je hais les indifférents » : « l’indifférence est le poids mort de l’histoire […] vivre, c’est prendre parti. »

Atilio A. Boron
Sociologue, politologue, professeur et écrivain argentin,
docteur en sciences politiques de l’université Harvard.

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