Guadeloupe. Pawol Lib. Réécriture de nos histoires : au-delà du récit franco-centré de l’abolition
Guadeloupe. Pawol Lib. Réécriture de nos histoires : au-delà du récit franco-centré de l’abolition
Pointe-à-Pitre. Mercredi 9 septembre 2026 | CCN.
Pour sortir d’une vision unilatérale de l’histoire des dernières colonies d’Amérique, il est indispensable de dépasser la seule figure de Victor Schœlcher. La liberté ne s’est pas seulement donnée depuis Paris ; elle a d’abord été conquise sur le sol des Caraïbes.
Tribune par David BOUCAUD Économiste-Psychanalyste, ex-directeur de cabinet d’agglomération (CANBT)
Partagez sur
Partagez sur
Un récit à déconstruire
Pendant très longtemps, la conscience collective des sociétés post-esclavagistes a été imprégnée d’un récit franco-centré. Dans cette narration classique, l’abolition de l’esclavage est présentée comme la victoire exclusive des Lumières, des valeurs républicaines et du triptyque « Liberté, Égalité, Fraternité ». Au cœur de ce récit, Victor Schœlcher apparaît comme l’unique héros national, le visage d’une République humaniste venue libérer les opprimés. Sans nier l’action des abolitionnistes français, ce prisme passe sous silence l’acteur principal de cette histoire : le peuple insurgé lui-même.
L’étincelle caraïbéenne : de Bois-Caïman aux insurrections marronnes
L’histoire de la liberté dans la Caraïbe ne commence pas dans les salons parisiens de 1848, mais sur la terre de Saint-Domingue, l’actuel Haïti. Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, la cérémonie de Bwa Kaïman déclenche une insurrection générale qui mènera à la première abolition de 1794. Ce mouvement d’émancipation n’a jamais cessé. Même après le rétablissement tragique de l’esclavage par Napoléon en 1802, la résistance s’est poursuivie à travers les luttes marronnes, notamment en Guadeloupe. L’acte final de 1848 n’est pas une simple concession philanthropique, mais le résultat inéluctable d’une pression insurrectionnelle constante.
Une histoire essentielle à notre verticalité
C’est précisément cet esprit de résistance et de mémoire que l’UNESCO honore chaque année à travers la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, célébrée le 23 août. Réintégrer ces luttes dans notre mémoire collective n’est pas un exercice de ressentiment, mais une démarche de clarification. Se rebrancher sur cette généalogie de la résistance est essentiel pour construire notre verticalité, reconnaître notre histoire dans toute sa complexité et redonner aux peuples de la Caraïbe la place de sujets actifs de leur propre libération.
« C’est dans la nuit du 22 au 23 août 1791 qu’a débuté à Saint-Domingue, aujourd’hui la République d’Haïti, l’insurrection qui devait jouer un rôle déterminant dans l’abolition de la traite négrière transatlantique. La Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition vise à inscrire la tragédie de la traite dans la mémoire de tous les peuples. Elle doit être l’occasion d’une analyse collective des causes historiques, des modalités et des conséquences de cette tragédie, ainsi que d’une analyse des interactions qu’elle a générées entre l’Afrique, l’Europe, les Amériques et les Caraïbes. »
– UNESCO, 1997
Tribune de David Boucaud
économiste-psychanalyste, ex-directeur de cabinet d’agglomération (CANBT)


Guadeloupe • Pawol lib. L’intercommunalité en Guadeloupe : une utopie territoriale face au « nationalisme municipal »






