Guadeloupe • CCN ka gloriyé Fred Négrit
Parmi tous les nombreux textes d’hommages publiés depuis le brutal décès de Fred Négrit, l’infatigable combattant de la culture GwadIndienne, CCN a choisi de publier ci-dessous, en guise d’édito, la contribution de Charly Sahai.
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À plusieurs reprises, comme il le raconte, Charly, qui était l’un des très proches amis de Fred, a eu l’occasion d’intervenir au sein du CGPLI.
J’ai, pour ma part, rencontré Fred bien avant la création du CGPLI. En effet, au milieu des années 80, j’animais chaque jeudi sur les ondes de Radyo Inité « Pa kriyé zendyen kouli », un programme à l’époque inédit, destiné à la fois à valoriser les apports de la culture indienne au sein de la culture Gwadloupéyenn, et aussi à contribuer à lutter contre les dernières séquelles d’un racisme anti-zendyen encore trop présent à cette époque.
Plus tard, sur Radyo Gayak, avec Olivier Mounsamy, nous proposions le mercredi Indiaspora, un programme sur l’Indianitude caribéenne. Fred Négrit a eu plusieurs fois l’occasion d’être notre invité.
Enfin, je ne compte pas le nombre de fois que Fred est venu sur le plateau du ZCLNEWS parler des activités du CGPLI dont il a été le fondateur. Je suis à penser que, dans le domaine culturel, Fred Négrit aura été pour les Gwadindiens de notre époque, en quelque sorte, le « Sidambarom » du XXIe siècle.
HOMMAGE À FRED NÉGRIT
par Charly Sahai
Rendre hommage à Fred Négrit, c’est évoquer une personnalité profondément engagée dans la valorisation de notre identité culturelle et dans le dialogue des peuples, notamment à travers les langues. C’est saluer un homme qui aura consacré une part essentielle de son existence à tisser des liens entre les rives, les mémoires et les imaginaires.
C’est aussi, pour beaucoup d’entre nous, prendre la mesure d’une absence et de la profondeur de ce que nous lui devons. Ces quelques mots revêtent néanmoins, pour ma part, une dimension plus personnelle. Fred Négrit était pour moi bien davantage qu’un acteur culturel investi : je le considérais comme un ami. Sa parole mesurée, son écoute attentive et la délicatesse des échanges nourris avec lui en faisaient un interlocuteur précieux.
Je conserve un souvenir particulièrement marquant de son invitation, en 2017, à intervenir lors d’une conférence organisée à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de l’indépendance de l’Inde, autour du thème : « L’Inde sur la scène internationale, de l’indépendance à nos jours ».
Ce moment fut, au-delà de l’événement lui-même, l’illustration d’une volonté constante : bâtir des passerelles entre les histoires, les mémoires et les perspectives du monde.
Fred Négrit avait cette intuition profonde que comprendre la Guadeloupe suppose de la situer dans des ensembles plus vastes, où les trajectoires asiatiques, africaines, européennes, moyen-orientales et américaines se croisent, se répondent et fructifient dans un véritable « Tout-monde », « Tout moun ».
Il m’avait convié, en 2023, à prolonger cette réflexion à travers une intervention intitulée « L’Inde, de Gandhi à Modi ».
Sa démarche ne se limitait pas à la culture au sens strict, mais embrassait pleinement les dimensions historiques, politiques, diplomatiques et internationales. À ses yeux, la culture ne pouvait être disjointe des dynamiques contemporaines qui façonnent les nations et redessinent les équilibres — parfois les déséquilibres — du monde.
Une vision guadeloupéenne ouverte sur le monde
Ces deux rendez-vous illustrent à eux seuls une méthode et une exigence : celles d’un homme qui croyait à la rigueur du dialogue, à la profondeur des échanges et à la nécessité d’éclairer le présent par la connaissance.
Homme discret, affable et profondément guadeloupéen, ouvert sur le monde, Fred Négrit portait avec constance une ambition : faire dialoguer les cultures, susciter la rencontre des peuples et donner toute sa place à la richesse des héritages qui composent la Guadeloupe, dont la singularité réside précisément dans cette pluralité assumée.
Sa démarche n’avait rien d’abstrait. Elle prenait corps dans des projets concrets, des rencontres, des publications, des séminaires, des conférences, autant d’espaces de réflexion et de partage où il avait compris, mieux que beaucoup, que la fidélité à soi passe par la curiosité du monde.
L’action de Fred Négrit ne s’est jamais cantonnée à la célébration du passé. Elle s’inscrivait dans une dynamique vivante, animée par la transmission et l’ouverture.
À travers ses initiatives, il a su mettre en lumière la richesse, la complexité et la subtilité de notre héritage, sans céder ni à la nostalgie ni à la simplification.
Il portait cette conviction profonde, silencieusement militante, que nous ne saurions être une périphérie culturelle, mais bien un centre, un foyer de pensée et de création dont la vocation est universelle.
Kò-la ka pati, Lespri-la ka rété
Aujourd’hui, ces quelques mots se veulent — autant que faire se peut — à la hauteur de son œuvre : sincères, reconnaissants et tournés vers la continuité.
Car honorer Fred Négrit, c’est aussi poursuivre, chacun à notre place, le travail de mise en relation des cultures, de transmission des savoirs et de construction d’un avenir partagé refusant le repli sur soi.
Kò-la ka pati, Lespri-la ka rété !
Il nous appartient désormais de prolonger cette dynamique, de la faire fructifier et de la transmettre à celles et ceux qui viendront après nous.
Que la mémoire de Fred Négrit demeure une source d’inspiration et un appel à perpétuer ce qui nous relie.
Charly Sahaï, Directeur Général Adjoint CAGSC
Prendre le Relais après le Décès de Fred Negrit
par Teddy Bernadotte
Je ne connaissais pas intimement Fred Négrit. Cependant, j’ai eu l’opportunité d’assister à certaines de ses conférences et je ne me considère pas non plus comme un spécialiste de la culture indienne. Mais les nombreux témoignages entendus depuis sa disparition, ainsi que les échanges que j’ai pu avoir avec des amis comme Charly Sahaï, Alain Rutil, Élie Shitalou, Ali et Judes Sahaï, m’amènent à penser que son œuvre doit lui survivre.
Car au-delà de l’homme, il y a une pensée, une démarche et un travail de transmission qui méritent d’être préservés, approfondis et transmis aux générations futures. Son décès laisse un grand vide dans cette aspiration à une Guadeloupe forte, diverse, mais profondément respectueuse de chacun.
Sa vision dépassait une simple existence individuelle. Elle incarnait un engagement collectif qui ne doit pas s’éteindre avec lui. Honorer sa mémoire signifie donc poursuivre son œuvre et faire vivre ses idéaux.
Pourquoi prendre le relais ?
L’engagement de Fred Négrit reposait sur une conviction profonde : celle de la transmission. Sa disparition ne doit pas marquer la fin de cette mission, mais au contraire nous appeler à poursuivre ce combat pour une société plus inclusive et consciente de sa richesse culturelle.
Comment prendre le relais ?
D’une part, par la mémoire. Il est essentiel de rappeler ses idéaux et de transmettre ses idées. Cela passe par des publications, des conférences et des événements capables de faire vivre son œuvre et sa pensée.
D’autre part, par l’action. Chacun peut contribuer à sa manière : par l’engagement associatif, le dialogue entre les communautés ou encore des initiatives concrètes qui renforcent le tissu social et culturel guadeloupéen.
À l’instar du travail entrepris autour de la réédition du « procès politique » de Henry Sidambarom, une initiative forte pourrait consister à publier le mémoire rédigé par Fred Négrit avec son collègue Roby Narayanan sur le sacré dans l’hindouisme guadeloupéen.
Ce texte mérite d’être partagé. Il apporte des éléments essentiels à la compréhension de notre culte traditionnel et de notre héritage culturel. Une publication accessible au grand public permettrait de transmettre cette réflexion à une audience plus large et d’assurer la pérennité de son héritage intellectuel et spirituel.
Une responsabilité collective
Prendre le relais après la disparition de Fred Négrit implique une responsabilité collective : garder vivante la flamme de ses idéaux, honorer sa mémoire et continuer à bâtir une société guadeloupéenne fondée sur le respect et la connaissance de soi.
Son décès, comme celui de tant d’autres avant lui, nous oblige aussi à réfléchir à la création de notre propre « place des grandes Femmes et des grands Hommes », afin de transmettre durablement la mémoire de celles et ceux qui ont contribué à construire notre pays Guadeloupe.
« Pa lésé flanm-la étenn » : ne laissons pas la flamme de son engagement s’éteindre. C’est une invitation adressée à chacun d’entre nous : devenir, à notre tour, porteurs de ces valeurs. É kon di gran filozòf an nou Likibè : « Sé on bitin ka fé on bitin pa rapòt a on bitin… »
Ensemble, cultivons l’héritage de Fred Négrit pour qu’il éclaire les générations futures.
Teddy Bernadotte Lasantral.com

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