Imane Sioudan et Danik Zandwonis

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St Vincent • Anniversaire de l’arrestation  des militants  de  l’Alliance Révolutionnaire Caraibe

Luc Reinette

St Vincent • Anniversaire de l’arrestation  des militants  de  l’Alliance Révolutionnaire Caraibe

St Vincent • Anniversaire de l’arrestation  des militants  de  l’Alliance Révolutionnaire Caraibe

Luc Reinette

St Vincent • Anniversaire de l’arrestation  des militants  de  l’Alliance Révolutionnaire Caraibe

Kingston. Mercredi 22 juillet | CCN. 

Après plusieurs mois de marronnage en Gwadloup, 4 militants de l’ARC, traqués par la police coloniale française, décident de quitter clandestinement l’archipel en direction du Guyana. Mais leur périple prendra fin à l’aéroport à Saint Vincent où ils sont arrêtés et emprisonnés et livrés aux policiers français. Cet épisode est désormais une page de l’histoire du combat de ces Gwadloupéyens qui avaient pris les armes pour tenter d’arracher la Gwadloup de l’emprise du colonialisme. Près de 4 décennies après ce combat, peut-il continuer ?

le récit de Luc Reinette.

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Livre "Le soukounyan de fer" de Luc REINETTE
"Le soukounyan de fer" de Luc REINETTE aux éditions Nestor

Le récit des militants de l’ARC

Il y a aujourd’hui 39 ans, vers 6 heures du matin, les policiers de Saint-Vincent procédaient à l’arrestation de plusieurs membres de la Direction de l’ARC (Alliance Révolutionnaire Caraïbe), de retour du Guyana et séjournant depuis la veille à l’Hôtel Hoton dans la Capitale. Ces membres étaient Henry Bernard, aujourd’hui décédé, Henri Amédien et Luc Reinette. Deux autres personnes étaient présentes, à savoir le pilote Georges Maréchaux aujourd’hui décédé et Michèle Fabre, une militante française faisant partie du réseau de soutien logistique.

L’aboutissement d’un long périple

Cette arrestation constituait l’aboutissement d’un long périple qui avait débuté le 18 juillet 1987, avec un départ en bateau très matinal depuis la côte d’Arnouville vers la Dominique. A bord de cette Vedette, une partie de la Direction de l’ARC, qui venait de créer le Conseil National de la Résistance (CNR) avec l’objectif de poursuivre le combat au Guyana en y fondant un embryon de Gouvernement provisoire en exil. Georges Maréchaux avait en effet été missionné plusieurs semaines plus tôt pour remettre au Premier Ministre de Guyana, Desmond HOYTE, une lettre de demande d’asile politique. Et c’est sur la base d’un accord, forcément verbal, que nous avons organisé cette expédition en direction du Guyana, expédition qui nous faisait transiter par la Dominique et Saint-Vincent (Aéroport de Canouan).

attentat guadeloupe

Pour des raisons qui restent à élucider, les autorités du Guyana, en dépit de leur promesse, ne nous ont pas permis l’accès au territoire, une fois l’avion posé sur le tarmac (un Piper Cherokee). Prenant alors en compte le différend politique qui opposait la France et le Suriname, nous décidâmes de nous y rendre. Là encore, après une nuit passée en partie à l’Aéroport et en partie dans une caserne de l’Armée du Suriname, nous avons reçu une réponse négative de la part du Gouvernement du Suriname dirigé par Desi Bouterse, qui nous demandait de quitter toutes affaires cessantes son territoire. Leur questionnement quant à notre prochaine destination laissait bien entendre que les Surinamiens avaient signalé notre présence aux autorités françaises et en attendaient des retombées politiques et financières, ce qui fut confirmé par la suite.

Lors des formalités d’approche de St Vincent

Lors des formalités d’approche de St Vincent, Georges Maréchaux qui était coutumier de ce Pays nous fit part de ses doutes, sur le seul ton du responsable de la tour de contrôle, doutes qu’il réitéra lors de notre atterrissage lorsqu’il vit l’attitude jugée trouble des contrôleurs et douaniers de l’Aéroport. Les faits lui donnèrent raison.

La suite, on la connaît

La suite, on la connaît, c’est le transfert en voitures de Police entre l’Hôtel Hoton et l’Aéroport où sans que nous puissions avoir l’assistance d’un avocat (Lawyer) pourtant réclamée par notre camarade Henry Bernard au nom de l’HABEAS CORPUS, nous avons été embarqués sans ménagements par les policiers français dans un avion militaire devant nous ramener en Guadeloupe. Nous avions alors été menottés et avons voyagé avec ces menottes fixées à des harnais. Le Chef de la SRPJ venu sur place, à bord du Transall de l’Armée française s’appelait Spiessens. L’Habeas Corpus est une règle de droit international qui garantit à une personne arrêtée une présentation rapide devant un juge afin qu’il statue sur la validité de son arrestation. La complicité du Premier Ministre de St Vincent, James Fritz Mitchell, également présent à l’Aéroport ne fait aucun doute, ce dernier ayant été également récompensé ultérieurement par la France. Des journalistes et des militants de Saint-Vincent dénoncèrent par ailleurs cette collaboration honteuse, tant à Saint-Vincent qu’en Angleterre.

Nous pouvions alors imaginer la stupeur de tout le Peuple guadeloupéen lorsque cette information est tombée, relayée par tous les médias. Stupeur et souffrance chez les parents et amis de toutes ces personnes capturées, mais stupeur et certainement crainte chez tous ceux qui à un niveau ou à un autre avaient porté leur concours à ce périple vers l’Amérique du Sud. Mais aucun de nous ne parla.

Garde à vue à la Caserne du Morne Vergain

Au contraire, lors de notre garde à vue à la Caserne de CRS du Morne Vergain aux Abymes, nous avons réussi durant la nuit, à subtiliser tous les documents qui auraient pu compromettre certaines personnes qui nous avaient délivré des certificats médicaux, et détruire ces documents dans les toilettes. Cette action, découverte au matin, lors de la reprise des interrogatoires, suscita un grand émoi et une grande colère dans toute la Caserne. Des critiques acerbes furent formulées à haute voix envers ceux qui étaient chargés de nous garder dans les lieux mêmes des interrogatoires. Une Société de plomberie fut appelée en urgence pour vider la fosse septique de la Caserne, mais cela fut sans effet, car tous les documents avaient été déchirés en petits morceaux.

L’Histoire ne s’arrête pas là

L’Histoire ne s’arrête pas là puisque, suite à une grève de la faim déclenchée en prison par nombre de prisonniers politiques et à une mobilisation générale en Guadeloupe comme en France, l’ensemble des prisonniers politiques de la Guadeloupe vont être libérés le 12 juillet 1989, suite à une seconde Amnistie présidentielle décidée par François Mitterrand. Un accueil triomphal sera réservé aux enfants du Pays, de retour en Guadeloupe, dans un Aéroport submergé par une foule enthousiaste.

Près de 40 ans après ces évènements, nous poursuivons le combat jusqu’à l’émancipation politique et sociale de notre Pays la Guadeloupe.

Pour les militants de l’époque
Luc Reinette

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