Imane Sioudan et Danik Zandwonis

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Guadeloupe. Société. Reconstruire le lien de voisinage, une urgence

Mains liées, symbole du lien de voisinage en Guadeloupe

Guadeloupe. Société. Reconstruire le lien de voisinage, une urgence

Guadeloupe. Société. Reconstruire le lien de voisinage, une urgence

Mains liées, symbole du lien de voisinage en Guadeloupe
L'entraide se lit dans un geste simple : une main tendue, une main saisie

Guadeloupe. Société. Reconstruire le lien de voisinage, une urgence

Guadeloupe. Jeudi 23 juillet 2026 | CCN. 

Le lien de voisinage, longtemps pilier de solidarité aux Antilles, s’effrite au profit d’un individualisme venu d’ailleurs. Dans cette tribune, Gérard Bulin-Xavier alerte sur les conséquences déjà visibles de cette rupture — isolement, violences intrafamiliales, jeunesse déconnectée — et plaide pour en faire un axe majeur du développement social durable des îles.

Tribune de Gérard Bulin-Xavier

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Durant de nombreuses générations, on avait coutume de dire aux Antilles que le voisin était un proche parent, car c’est lui qui, avant la véritable famille, était présent en cas d’urgence : maladie, risque d’incendie, intrusion, malveillance, ou pannes d’eau, d’électricité et d’alimentation. De nombreuses générations gardent le souvenir de ce puissant lien de voisinage qui a produit de solides amitiés.

Mais le voisinage aux Antilles est bien plus que cela. Nos sociétés se sont construites sur une souffrance collective, certes, mais une souffrance qui a su produire une solidarité collective capable d’aider à mieux traverser les périodes douloureuses de leur histoire.

Un lien de solidarité qui s’effrite

Il y a une trentaine d’années encore, ce voisinage permettait le développement de valeurs structurantes : la solidarité, l’entraide, la confiance mutuelle, le partage, la bienveillance, l’empathie, la résilience de groupe.

Fort est de constater qu’aujourd’hui, la situation du voisinage dans nos îles, en ville comme à la campagne, surtout en lotissement – ressemble de plus en plus à celle des villes occidentales. Les valeurs déstructurantes qui s’y développent sont l’individualisme, l’indifférence, la méfiance, la fuite, l’égoïsme, l’intolérance, le repli sur soi, les ruptures sociales.

Des conséquences sociales et psychologiques lourdes

Cette érosion du lien de voisinage a des conséquences directes :
l’isolement des familles, des jeunes et des personnes âgées ; une souffrance individuelle et collective sur le plan social, affectif, psychologique et physique ;
une rupture intergénérationnelle, communicationnelle et sociale, qui fragilise la transmission et la logique d’entraide de survie ;
l’explosion des violences intrafamiliales dans une indifférence de plus en plus grande ; et une vulnérabilité psychologique croissante des individus.

Le prix déjà payé : violence et déconnexion des jeunes

Nous en payons déjà le prix, par l’augmentation des violences et l’apparition d’une jeunesse dangereusement déconnectée des réalités sociales, culturelles et identitaires de son île. Cette jeunesse a de plus en plus le réflexe de reproduire ce qui se fait à l’extérieur, ou ce que lui suggèrent les réseaux sociaux.

Le voisinage, un enjeu de développement social durable

La problématique du voisinage aux Antilles est devenue un axe majeur de développement social durable. C’est cette relation qui favorisera l’homéostasie de notre système et qui pourra inverser la courbe de l’augmentation des violences, de l’indifférence, de l’individualisme, de la perte de sens, de la perte de nos valeurs structurantes et de nos marqueurs identitaires — un danger pour le devenir de nos territoires.

Les enjeux sont grands. Il s’agit de préparer nos pays et nos jeunes à gérer l’incertitude extrême. Il s’agit de transmettre à nos enfants un modèle de solidarité qui a fait ses preuves, afin qu’ils puissent gérer au mieux un monde — leur monde — qui se déshumanise de plus en plus.

La part traditionnelle du pays Guadeloupe, et ses marqueurs identitaires que sont la rébellion, la résistance et la solidarité structurelle, devraient nous y aider.

Gérard Bulin-Xavier

Tribune de Gérard Bulin-Xavier
sociologue-anthropologue et ancien professeur de philosophie

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