Guadeloupe. Foot. LGF₁ vs LGF₂ : On refait le match ?
Guadeloupe. Foot. LGF₁ vs LGF₂ : On refait le match ?
Abymes. Vendredi 21 août 2026 | CCN. Exclusif.
Claudia Chaudrin-Raboteur a été membre du Conseil de la Ligue Guadeloupéenne de Football de 2020 à 2024. Ensuite elle est nommée secrétaire générale au début de la mandature suivante. Elle a donc vécu et de l’intérieur une grande partie de l’histoire récente de l’ex LGF : autant les réussites que les difficultés.
Le récit qu’elle a adressé à CCN mérite une grande attention : c’est à lire…
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Une fin douloureuse ne doit pas effacer une histoire
Aujourd’hui, alors que l’ancienne Ligue a disparu et qu’une nouvelle page du football guadeloupéen doit s’écrire, je ressens simplement le besoin de rappeler une chose : on peut regarder les erreurs en face sans effacer tout ce qui a été construit.
1/ Raconter toute l’histoire
La liquidation judiciaire de la Ligue Guadeloupéenne de Football est un événement grave. Personne ne peut ni ne doit le minimiser. Des décisions ont été prises dans un contexte souvent difficile ; certaines ont pu se révéler maladroites, ou ne pas produire les effets attendus. Des responsabilités doivent être établies là où elles doivent l’être. La justice suit son cours et ce n’est pas à moi de m’y substituer.
Mais si nous voulons comprendre comment nous en sommes arrivés là, encore faut-il raconter toute l’histoire, la vraie histoire.
Les difficultés financières de la Ligue Guadeloupéenne de Football ne sont pas nées sous la présidence de Jean Dartron.
Lorsqu’il accède à la présidence fin 2016, la situation financière de la Ligue est déjà extrêmement dégradée. Face à cette réalité, la nouvelle équipe arrivée à la tête de la LGF fait le choix, en responsabilité, de demander son placement en redressement judiciaire en 2017, puis de fonctionner dans le cadre d’un plan destiné à traiter un passif déjà constitué et à permettre la poursuite de l’activité.
Ce rappel n’a pas vocation à exonérer qui que ce soit de ce qui s’est produit ensuite. Il permet simplement de replacer le point de départ au bon endroit.
Jean Dartron et son équipe n’ont pas hérité d’une Ligue financièrement saine qui se serait soudainement effondrée quelques années plus tard. Ils ont pris les responsabilités d’une institution déjà profondément fragilisée. C’est une différence essentielle lorsqu’on veut dresser un bilan honnête. Il y a eu des erreurs. Mais il y a aussi eu du travail. Je ne veux pas écrire ici que tout a été parfait. Ce serait faux et cela décrédibiliserait mon propos.
2/ La LGF a connu des difficultés financières, administratives et organisationnelles.
Nous avons dû prendre des décisions difficiles. Certaines peuvent légitimement être discutées ou critiquées.
Mais durant toutes ces années, la LGF n’a pas cessé de fonctionner, d’organiser, de réformer et de développer le football guadeloupéen.
Nous avons également traversé la crise sanitaire Covid 19, qui a profondément bouleversé le sport amateur, les compétitions, les ressources des clubs et le fonctionnement même de nos institutions.
Et malgré cela, le football a continué.
3/ Le football Guadeloupéen s’est vraiment transformé
Ces années ont vu le développement et la structuration de nombreuses pratiques.
À côté des championnats traditionnels, Division d’Honneur (DH), Promotion d’Honneur Régionale (PHR), Promotion d’Honneur (PH) et Première Division, il a fallu conduire l’importante réforme fédérale de l’architecture des championnats régionaux, en passant de quatre à trois niveaux :
Régionale 1, Régionale 2 et Régionale 3.
Dans le même temps, la Ligue a créé, développé ou consolidé de nouvelles compétitions, notamment dans le football féminin, avec la création de la catégorie U16 Féminines, mais également les championnats de jeunes, le futsal masculin et féminin, le football entreprise, les vétérans et le beach soccer, ainsi que de nombreuses coupes et trophées.
Le football féminin a occupé une place croissante dans notre politique sportive.
Le futsal et le football diversifié ont été davantage mis en valeur et structurés.
Des sections sportives scolaires ont été accompagnées, notamment dans le football féminin et le futsal.
Chez les jeunes, nous avons voulu créer des parcours permettant à nos garçons et à nos filles de se confronter à d’autres niveaux de compétition et de regarder davantage vers leur environnement antillais (Interligue, LAGF) et caribéen.
Cette ouverture sur notre bassin géographique était pour nous essentielle.
4/ Faire exister la Guadeloupe dans la Caraïbe
La place de la Guadeloupe dans les compétitions de la CONCACAF et de la CFU a constitué un autre axe important.
Nos sélections ont participé à des compétitions internationales. Nos jeunes, garçons comme filles, ont également été intégrés à cette dynamique. Et il y a bien sûr les Gwada Boys.
Le parcours n’a pas toujours été linéaire et il y a eu des déceptions. Mais il y a aussi eu des qualifications et des moments qui ont rassemblé tout un pays autour de sa sélection.
La troisième qualification consécutive à la Gold Cup, obtenue en 2025, n’est pas arrivée par hasard. Derrière les joueurs et le staff, il y avait des années de structuration, d’organisation, de déplacements, de recherche de financements et de travail souvent invisible.
Tout cela fait également partie du bilan.
5/ Préparer l’avenir de nos jeunes
Je pense également au travail accompli autour de l’accès au haut niveau et de la formation de nos jeunes talents.
Cette politique s’est notamment traduite par la poursuite du travail autour du Pôle Espoirs et par la création et l’implantation du CERFA en Guadeloupe, venue renforcer le parcours de formation et d’accès au haut niveau de nos jeunes.
Maintenir et développer de telles structures en Guadeloupe représente un investissement humain, technique et financier considérable. Il fallait permettre à de jeunes talents de bénéficier d’un environnement sportif, scolaire et médical adapté, tout en tenant compte des réalités économiques propres à notre territoire.
Au-delà des dispositifs eux-mêmes, nous portions une conviction : le talent guadeloupéen doit pouvoir être détecté, accompagné, formé et préparé au haut niveau ici, en Guadeloupe, sans que l’éloignement géographique constitue dès le départ un handicap.
On peut débattre du modèle économique de ces structures et de leur soutenabilité, nous le faisions nous-mêmes, mais on ne peut pas effacer l’ambition qui les a fait naître ni le travail accompli pour les faire vivre. Le Pôle Espoirs et le CERFA font eux aussi partie du bilan et de l’héritage sportif de cette période.
6/ Structurer l’institution
Une Ligue, ce n’est pas uniquement ce que l’on voit le week-end sur les terrains.
Ce sont également des commissions, des bénévoles, des arbitres, des délégués et des dirigeants qui traitent chaque saison des centaines de dossiers.
C’est la mise à jour permanente des règlements, l’organisation des calendriers, la gestion des contentieux, l’accompagnement des clubs, la formation des dirigeants et la nécessité d’adapter nos compétitions aux réalités de notre territoire.
En 2025 encore, nous travaillions à la réforme de la pyramide des compétitions seniors, à l’évolution des règlements des jeunes, à l’accompagnement administratif des clubs et à une procédure plus rigoureuse de recouvrement des créances.
Tout n’a pas abouti. Mais jusqu’au bout, des femmes et des hommes ont travaillé.
7/ Quand il a fallu tenir : nous sommes restés – é nou kenbé !
Il y a enfin une période dont je souhaite témoigner plus personnellement, parce que je l’ai vécue de l’intérieur.
Lorsque la Ligue a traversé l’une des crises institutionnelles les plus graves de son histoire récente, que sa gouvernance s’est fragilisée et que plusieurs responsables ont quitté leurs fonctions, une question très concrète s’est posée : que fait-on maintenant ?
Car pendant que les difficultés s’accumulaient, le football, lui, devait continuer.
Les clubs attendaient. Les championnats devaient aller à leur terme. Les commissions devaient continuer à travailler. Les dossiers réglementaires devaient être traités. Les jeunes devaient jouer. Les finales devaient être organisées. Les engagements internationaux devaient être suivis.
Durant cette période particulièrement difficile, certains ont fait le choix de rester.
Philippe Maquiaba en faisait partie. J’en faisais moi aussi partie avec d’autres élus, salariés, membres de commissions et bénévoles qui ont continué à travailler alors même que l’avenir de l’institution était devenu extrêmement incertain.
Nous n’avons pas prétendu avoir toutes les solutions. Nous avons simplement considéré que nous avions une responsabilité envers les clubs et le football guadeloupéen : tenir aussi longtemps que cela serait possible et assurer la continuité.
Lorsque la Fédération a ensuite accompagné la transition et que Kenny Jean-Marie est intervenu dans le processus de reconstruction, nous étions encore là, disponibles pour permettre que cette transition puisse se faire et, surtout, que l’activité sportive ne s’arrête pas brutalement.
Je tiens à le rappeler non pas pour distribuer des bons ou des mauvais points, encore moins pour transformer ce témoignage en argument électoral, mais parce que cela fait également partie de l’histoire.
Il est toujours plus facile, après coup, de commenter une institution qui s’effondre. Il est beaucoup plus difficile, lorsque l’on est à l’intérieur, de continuer à faire fonctionner ce qui peut encore l’être alors que tout devient incertain.
Et jusqu’au bout, notre priorité a été que le football continue.
8/ Ne pas confondre bilan et défense
Rappeler tout cela n’est pas défendre aveuglément Jean Dartron. Ce n’est pas davantage nier les erreurs commises ou les difficultés qui ont conduit à la situation que nous connaissons. C’est simplement refuser une lecture dans laquelle plusieurs années de gouvernance seraient résumées à leur issue.
Une institution peut avoir connu une fin dramatique et avoir, durant son existence, produit des avancées dont nous devons aussi tirer les enseignements.
Je pense surtout aux salariés qui ont travaillé pour cette Ligue, aux bénévoles de nos commissions, aux arbitres, aux éducateurs, aux clubs, aux dirigeants, aux joueurs et joueuses, ainsi qu’à tous ceux qui ont donné de leur temps sans jamais apparaître dans un article.
Leur travail ne mérite pas d’être effacé.
9/Regarder le passé pour construire l’avenir
Une nouvelle Ligue est aujourd’hui appelée à écrire une nouvelle histoire.
Elle devra nécessairement tirer les enseignements de ce qui n’a pas fonctionné : gouvernance, maîtrise budgétaire, contrôle, transparence, modèle économique et relations avec les clubs et les partenaires.
Mais reconstruire ne signifie pas faire table rase.
Il faudra conserver ce qui fonctionnait, corriger ce qui devait l’être et inventer ce qui manque encore.
C’est dans cet esprit que je souhaite désormais m’inscrire.
Je ne demande à personne d’oublier les difficultés de l’ancienne LGF.
Je demande simplement que son histoire soit racontée entièrement.
Avec ses erreurs. Avec ses échecs.
Mais aussi avec ses réussites, ses transformations et tous ceux qui ont travaillé pour faire avancer le football guadeloupéen.
Parce qu’une fin, aussi douloureuse soit-elle, ne peut pas à elle seule raconter toute une histoire.
Claudia Chaudrin-Raboteur
Membre du Comité directeur de l’ex LGF de 2020 à 2024
Secrétaire Générale de l’ex LGF (2024-2026)
Dirigeante du Siroco

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