Imane Sioudan et Danik Zandwonis

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Guadeloupe. Culturels ? Que s’est-il passé au MACTE ? (1)

Le MACTE de nuit à Pointe-à-Pitre,

Guadeloupe. Culturels ? Que s’est-il passé au MACTE ? (1)

Guadeloupe. Culturels ? Que s’est-il passé au MACTE ? (1)

Le MACTE de nuit à Pointe-à-Pitre,
Le Mémorial ACTe (MACTe) de nuit, à Pointe-à-Pitre | Photo : Gregor Julien Straube / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Guadeloupe. Culturels ? Que s’est-il passé au MACTE ? (1)

Pointe-à-Pitre. Mardi 8 août 2026 | CCN. 

Suite à la série de soirées inhabituelles dans le fond et dans la forme, plusieurs alertes ont été faites. Richard Sainsily a été l’un des premiers à réagir, ensuite il y a eu un texte de Thyeks publié sur son blog. Puis cet article de Me Harry Nirelep que CCN publie. Auparavant, la DG du MACTE s’est aussi expliquée. Mais la question reste posée sur le pourquoi de ce qu’on peut qualifier de « dérives » ? Comment en est-on arrivé là ?

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Non ! Il n’y a pas de dérive au MACTE. Il y a simplement une évolution prévisible qui vient dire, au grand dam des naïfs, les vrais comme les faux, ce que ce machin est vraiment. Il n’y a pas lieu de s’alarmer outre mesure, les fruits ont seulement tenu la promesse des fleurs, et pour rester sur le même registre, je ne dirai rien ni des feuilles, ni des branches, ni du tronc, et encore moins des racines !

Le MACTE, un lieu de mémoire dénaturé

Le lieu de mémoire, surtout quand on le veut haut lieu, est lieu sacré. Il porte en lui ce qui fait l’originalité de ses ressortissants. Il supporte l’âme en la générant ou régénérant en continu. Le lieu de mémoire est lieu de l’essentiel, de l’intime. Il est édifié des mains de celui qui voudrait ne jamais cesser de se souvenir. Édifié des mains de celui qui n’existe pas en dehors de la mémoire qui le porte, qui le façonne tel qu’il est. Naturellement ce lieu est lieu jalousement gardé par lui, pas seulement avec le secours des armes de la souvenance, mais plus encore, par le fait des armes miraculeuses de l’espérance.

Le MACTE ne relève pas de cette catégorie d’espaces vénérables.

L’accord de l’Europe négrière et de la France coloniale et esclavagiste pour financer la réalisation de cet édifice aurait pu alerter les grands esprits qui prétendent donner le ton. Il n’en a rien été.

Naturellement ne sont ici nullement mis en cause la pureté et le respect que l’on doit à l’idée de créer un site voué exclusivement à la mémoire collective de la traite négrière, portée dignement par le Comité International des Peuples Noirs (CIPN) animé par le très respecté militant patriotique, Luc Reinette.

Seules sont déférées à notre critique, et d’ailleurs notre condamnation, la récupération et la trahison radicale dont elle a été victime. L’accord de l’État français comme de l’Union européenne pour financer cet équipement n’était à l’évidence pas dénué d’arrière-pensées. Le cynisme a souvent eu l’habileté utile pour tuer une revendication, faisant semblant de la satisfaire, et parfois même en l’anticipant. La manipulation était d’autant plus aisée qu’elle était localement relayée par des élus et une prétendue élite, assimilationnistes et intégrationnistes en diable.

Un mea culpa qui esquive la réparation

L’Europe et la France négrières, auxquelles se joignait la Région Guadeloupe présidée par un ministre de François Hollande, décidaient de payer 83 millions pour embuer la mémoire et brouiller l’histoire. Nous sommes invités à quitter la scène sur laquelle elle se joue, invités à nous complaire au spectacle de notre propre histoire. Spectateur détaché et peut-être ému, et non plus acteur engagé et résolu.

Le MACTE comme un mea culpa trompeur et une malice pour évacuer l’insistante question de la réparation du crime commis. « Je vous offre le Mémorial ACTe, en solde de tout compte », ainsi parla la condescendance européenne. Pour le reste, perdure le système de domination édifié sur un trésor accumulé au fil de deux siècles d’activités criminelles. Cette même condescendance cynique qui a permis l’adoption d’une loi dite mémorielle, qualifiant officiellement l’esclavage crime contre l’humanité. Habituellement, les juridictions répressives prononcent la confiscation des biens provenant du crime ou du délit poursuivi. Dans notre cas, non seulement cette mesure complémentaire ne sera jamais prononcée, mais en outre, on verra de grands patrons qui ont prospéré sur le fonds de commerce esclavagiste, promus au respectable rang de grands capitaines d’industrie, élevés aux plus hautes dignités de la Légion d’honneur.

Le talent évident des trois jeunes architectes guadeloupéens ne suffit pas à racheter la construction de son inavouable péché originel. Le dévouement et l’éventuelle créativité de ses dirigeants ne débarrasseront jamais l’institution des tares qui la disqualifient définitivement. Ils ne sont coupables en fait que de leur entêtement à ne pas voir qu’on leur a confié un gigantesque navire, en les privant de tout regard sur sa propulsion et sur son gouvernail. Facile d’entrevoir pourtant le bonheur de la navigation.

Un authentique mémorial de la traite négrière ne peut être l’œuvre que de ceux qui revendiquent et assument une filiation avec elle. Ceux qui savent d’où ils viennent, ceux qui savent pareillement où ils vont. Ceux, confrontés à un devoir constitutif, n’ont d’autre choix que de s’affirmer tels qu’ils sont, face à tous ceux qui ont fait leur singularité. Ceux qui acceptent de serrer toutes les mains qui se tendent, sauf celles qui cherchent obstinément à leur caresser la nuque.

Le mémorial dont nous avons besoin est un mémorial à notre mesure, un mémorial qui nous enlève la honte de notre histoire, qui nous apprend à demeurer debout, un lieu où nous nous reconnaissons, une institution qui refuse de rendre des comptes à toute autorité qui lui serait étrangère.

Qui oserait imaginer un mémorial de la Shoah, financé par des fonds provenant des héritiers, même lointains, de l’Allemagne nazie ?

Je n’ai aucune peine à anticiper les sarcasmes et les vaines esquives que provoquera l’expression de mon point de vue. Il se trouvera assurément de bons et beaux esprits pour nous expliquer que c’est à nous qu’il revient de définir l’usage du MACTE le plus conforme à notre exigence. Sophisme peu estimable qui ferme les yeux sur le fait que le ver est dans le fruit ab initio, celui-ci s’en trouvant alors irrémédiablement corrompu. Ce mémorial n’est pas celui des Guadeloupéens, n’a pas été pensé pour eux, et en tout cas n’a pas été mis en place dans une vraie perspective de prise de conscience et de prise en main de notre histoire.

Une mémoire toujours instrumentalisée

D’autres encore viendront nous dire, en ricanant, que nous devrions alors renoncer au bénéfice de toutes les infrastructures (routes, écoles, hôpitaux, etc.) parce que financées par ces mêmes puissances coloniales. L’absurdité évidente de cette vulgaire proposition ne nous dispense pas d’y faire réponse. D’une part, les puissances impériales ont toujours marqué leur mainmise sur un territoire par la réalisation d’ouvrages publics suffisamment imposants pour leur valoir le respect des populations autochtones ; d’autre part, il ne peut venir qu’à l’esprit de ces étourdis qu’en termes de charge symbolique, un dispensaire peut équivaloir à un mémorial !

Il sera sans doute profitable aux ingénus de constater que les bienfaiteurs qui ont financé le MACTE, la France et l’Union européenne notamment, se sont abstenues le 25 mars 2026, à l’occasion du vote à l’Assemblée générale de l’ONU, d’une résolution portée par le Ghana, qualifiant la traite transatlantique des esclaves de « plus grave crime contre l’humanité ». Les astuces rhétoriques des autorités françaises sont impuissantes à atténuer la portée de cette abstention, qui lève les ambiguïtés qui auraient pu subsister sur l’état d’esprit d’un pays dont l’Assemblée nationale a voté, le 28 mai 2026, l’abrogation du Code noir. Ces mêmes autorités qui font la sourde oreille à l’évocation de la question de la dette haïtienne.

Alors je ne suis guère offusqué de ce que le MACTE accueille soirées champagne ou défilés de présentation de lingeries féminines. Il ne me paraît pas davantage incongru que les rhumiers, héritiers sans doute repentis des sucriers d’antan, s’y sentent parfaitement à l’aise pour accueillir leur Route du Rhum.

Non, il n’y a pas de dérive… il y a seulement une mémoire profanée.

Harry NIRELEP

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