Guadeloupe • Société. Pour un puissant front de résistance !
Guadeloupe • Société. Pour un puissant front de résistance !
Pointe-à-Pitre. Jeudi 8 octobre 2026 | CCN.
Face à la violence qui gagne la Caraïbe, Gérard Bulin-Xavier appelle à bâtir un front de résistance en Guadeloupe. Narcotrafic, perte de sens, effondrement des valeurs, anomie : dans cette tribune Pawol Lib, l’auteur interroge notre incapacité collective à freiner la déferlante, malgré les ressources sociales, culturelles et identitaires du pays. Il invite chacun – responsables politiques, acteurs sociaux, jeunes, retraités, intellectuels – à dire Non à toutes les formes de violence et à faire vivre la fierté d’être guadeloupéen.
Tribune par Gérard Bulin-Xavier Sociologue Antropologue
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La violence systémique semble s’installer partout et dans tous les territoires. La Caraïbe n’en est pas épargnée, si l’on considère entre autres la situation de Trinité-et-Tobago, de la Barbade, de la Guyane, de Saint-Kitts, de la Martinique et de notre pays, la Guadeloupe.
Régulièrement, l’on fait référence à l’activisme du narcotrafic pour justifier cela, et c’est un fait. Mais cette situation, dans tous les pays, est aussi liée à la perte de sens, à l’effondrement des valeurs, aux troubles de l’existence et à une nouvelle forme d’anomie (désintégration des normes sociales), qui installe la violence et la défiance comme moyens d’expression au sein d’un pays où le désenchantement est actif.
La conséquence la plus probable pourrait être le retour à la barbarie, même si cette hypothèse concerne davantage les pays de l’Occident, où la désymbolisation, la décivilisation et la désacralisation sont devenues des marqueurs de leur identité.
Une spirale de violences malgré nos ressources
Les ressources sociales, psychosociales, culturelles, économiques et identitaires auraient dû, en Guadeloupe, nous permettre de freiner cette déferlante de violences à laquelle on assiste dans une indifférence qui traduit le renoncement collectif, un sentiment d’impuissance sociale et politique et une incapacité à faire face à ce tragique qui nous dénature.
Alors, pourquoi, malgré ces ressources, subissons-nous les affres de cette spirale de violences et autres dérèglements ?
Parce qu’à mon humble avis, nous n’avons jamais vraiment pris possession de nous-mêmes, de la capacité de nos puissantes valeurs (solidarité, humanité, résistance, résilience, authenticité) à conjurer l’absurde, de nos marqueurs identitaires à répudier l’incongru et des vertus de l’âme de notre pays à transformer notre quotidien.
« Si nous l’avions fait… »
Si nous l’avions fait, les plus âgés d’entre nous auraient dit Non aux résidus coloniaux et postcoloniaux qui maintiennent encore notre psyché dans des manières de faire et de penser qui inhibent la puissance de l’intelligence collective guadeloupéenne.
Si nous l’avions fait, la fierté d’être guadeloupéen nous aurait enjoints de dire Non aux aliénations qui nous enferment dans le consumérisme, dans l’individualisme, dans une société de l’apparence, dans le I bon kon sa et dans l’autophagie (l’art de se dévorer soi-même).
Si nous l’avions fait, la volonté de nos jeunes, à travers leur guadeloupéanité, de faire vivre leur humanité et leur part sacrée les aurait autorisés à dire Non aux nouvelles formes d’aliénation (dépossessions de soi) que sont le mimétisme, certaines formes d’addiction, la violence comme moyen d’expression, la levée de certaines formes d’inhibition.
Si nous l’avions fait, nous refuserions de répondre aux injonctions d’un système nous sommant d’être amis avec la médiocrité, avec le consumérisme, avec le champagne à tout-va, et nous nous serions battus, en rebelles que nous sommes, pour que le respect et la solidarité règnent en maîtres, comme nous l’ont transmis nos aïeux.
Bâtir un front de résistance en Guadeloupe
Réveillons-nous, nous sommes en Guadeloupe. Dans un pays dont nous ignorons la dimension exceptionnelle et où nous avons l’opportunité de renverser cette insoutenable violence et son cortège de dégâts collatéraux, auxquels on semble s’être habitué.
Demain, nous devrons tous nous engager pour qu’un front de résistance culturelle se constitue autour des valeurs et de l’identité du pays-Guadeloupe, autour du patrimoine et des ressources humaines et sacrées que nous ont transmis nos ancêtres.
Il faut que la fierté d’être guadeloupéen l’emporte et permette à chacun de ceux qui partagent les vertus de l’âme du pays de dire Non aux différentes formes de violence que subit notre archipel.
De dire Non à l’absence d’une véritable éducation et structuration de nos jeunes enfants et adolescents, qui ne sont plus protégés de la folie de leur âge et de leur temps.
De dire Non à la délinquance routière, dont on semble s’être habitué à compter les victimes, alors qu’il devrait plutôt s’agir d’un sursaut citoyen pour respecter le Code de la route et surtout respecter ces vies que méprisent ceux qui, par leur bêtise, les mettent en péril.
Demain devra être un jour d’engagement pour chacun. Tous devront être concernés : les hommes politiques, les acteurs sociaux, les retraités, les jeunes, les intellectuels, la population. Bref ! Toutes les composantes du pays-Guadeloupe.
Il faut que se fasse ce front de résistance culturelle : il s’agit là d’un refus du fatalisme, du risque d’un retour à la barbarie, d’un rejet de l’anomie comme mode de vie. C’est ainsi, concrètement, que l’on peut démontrer ce qu’est faire-peuple.
La priorité de notre pays est désormais, au-delà de tous les clivages, de créer les conditions sociales, humaines, économiques, sanitaires et politiques pour protéger notre archipel de la menace d’un immense chaos qui semble s’installer partout dans le monde.
Rappelons-nous !
Rappelons-nous ! Être guadeloupéen, c’est être né pour combattre l’indicible, l’insensé, l’incurie et l’incertitude.
Rappelons-nous ! La Guadeloupe restera toujours une terre de solidarité, de créativité et d’amour, un lieu d’exception pour l’expression de toutes les formes de talents, en dépit de notre difficulté à valoriser ce qui est nôtre.
L’important, rappelons-nous, n’est pas ce que l’on a fait de nous, disait Sartre, mais ce que nous faisons de ce que l’on a fait de nous.
Alors, puisque nous DEVONS TOUS ÊTRE des acteurs engagés de notre présent, dès ce matin, prenons part à ce front de résistance culturelle, sociale et économique et participons à la transformation du pays.
C’est une obligation morale qui s’adresse à nous parce que, comme dans une guerre, c’est l’intérêt supérieur du peuple qui prime sur tout le reste.
JAKATA !
Tribune de Gérard Bulin-Xavier
Sociologie-Anthropologie, ex prof philo.
auteur de nombreux essais :
- Embrassons-nous par milliers car nous sommes tous frères de sang
- Homo Spiritualis
- La poétique du sens de la vie à l’existence
- Of essentiality
- Pensées dé-voilées
- L’humanité reconquise
- Le ré-enchantement de soi et du mode pour gérer le chaos


Guadeloupe. Pawol Lib. Réécriture de nos histoires : au-delà du récit franco-centré de l’abolition





