Édito • Nos lycéens ont compris la leçon : le système colonial se maintient par la violence
Édito • Nos lycéens ont compris la leçon : le système colonial se maintient par la violence
Guadeloupe. Jeudi 8 octobre 2026 | CCN.
Le système colonial se maintient-il par la violence ? Alors que la Guadeloupe compte déjà 31 homicides, dont 27 par armes à feu, cet édito refuse d’y voir la seule affaire du narcotrafic. Il interroge le chiffre de 40 000 armes en circulation avancé par la gendarmerie. Il rappelle que les victimes sont presque toujours des jeunes, chômeurs et afro-descendants, laissés « hors système ». Il voit dans la grève des lycéens un signe que cette jeunesse prend conscience de la violence du système colonial.
DZ.
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Narcotrafic et armes : une explication qui arrange le pouvoir
Au moment où j’écris cet édito, nous sommes en Guadeloupe à 31 homicides, dont 27 par armes à feu. C’est un peu moins qu’en Guyane, qui totalisait en septembre 45 homicides, et plus qu’en Martinique, qui a dépassé la vingtaine. Pour expliquer les causes de ces violences entre jeunes, on a souvent avancé le narcotrafic et les règlements de compte entre bandes rivales.
Cette violence qui se déchaîne et s’accroît dans les dernières colonies françaises, faut-il l’attribuer qu’au trafic de la drogue ? C’est une explication qui « arrange » le pouvoir en place, puisque nos pays sont, semble-t-il, devenus des hubs, c’est-à-dire des « passerelles » pour la diffusion des produits illicites. Mais allons plus avant. Ces homicides sont en majorité commis avec des armes à feu. Du côté des forces de gendarmerie, depuis 2 ou 3 ans on répète inlassablement, mais sans preuve, qu’il y aurait en Gwadloup près de 40.000 armes en circulation.
Faut-il dès lors « croire » que les flics ont pu repérer ces armes, les dénombrer, mais n’ont strictement rien fait pour les récupérer ? Car dans l’hypothèse que ce chiffre avancé serait proche de la réalité, cela signifierait que le nombre d’homicides risque d’être multiplié par 1000.
L’autre question : si les forces de gendarmerie ont pu chiffrer la quantité exponentielle d’armes en circulation, pourquoi ne pas les avoir immédiatement saisies ? On voit bien, à l’analyse, qu’il ne s’agit là que d’une fake news destinée à justifier tous les homicides à venir.
Le système colonial se maintient par la violence
Car il nous faut ici l’affirmer : ces « tueries » entre jeunes ou moins jeunes ne dérangent aucunement le système colonial. Bien au contraire, tant que les Martiniquais, les Guyanais, les Guadeloupéens s’entretuent, les colonialistes se sentent comme « protégés ». En effet, quand on se penche sur l’origine des personnes tuées, elles sont presque toujours identiques :
Des jeunes, des chômeurs, majoritairement des afro-descendants totalement « hors système ». Certains sont déjà passés par la case prison, et quand ils sont « libres » ils n’ont guère d’autre choix que de « replonger ».
Départementalisation de 1946 : des colonies qui ne disent pas leur nom
Allons un peu plus loin dans l’analyse. La Martinique, la Gwadloup, la Guyane ne sont pas, comme le répètent inlassablement politiques et journalistes mainstream, des « territoires d’outre-mer » mais bien des colonies. Comme l’a souvent dit le philosophe Raoul Serva, des colonies départementalisées. Cela signifie que la pseudo-abolition de l’esclavage de 1848 n’a été en fait qu’une parfaite transition vers un capitalisme colonial moins violent mais tout aussi brutal que la colonisation des siècles précédents.
La loi dite de départementalisation de 1946, une manière d’aménager le système colonial en donnant l’illusion que les colonisés d’hier devenaient des Français à part entière. Depuis des décennies, une majorité d’élus dans ces colonies néo-départementalisées sont tombés dans ce piège et, à quelques exceptions près, n’en sont jamais sortis.
Dans la colonie, face à face et en permanence, le colon et le colonisé. L’oppresseur et l’opprimé. Ils vivent sur le même sol mais dans des conditions très différentes. Au fil des années, une petite et une moyenne bourgeoisie néo-coloniale ont vu le jour, mais ces classes sociales demeurent économiquement, politiquement, religieusement encore très dépendantes du système colonial. Plus bas dans l’échelle sociale, on trouve ceux qui souffrent au quotidien des méfaits du système capitaliste colonial. Certains, pour survivre, sont en mode « débouya pa péché ».
Les plus jeunes, sans emploi, sans avenir, haïssent le système, mais ne peuvent pas encore s’y opposer. À défaut de pouvoir se battre contre le système colonial, ils s’entretuent pour toutes sortes de raisons. Le système, lui, en profite et se maintient.
Attention ! La grève des lycéens et toutes les violences exercées par les manblo du système à l’égard de ces jeunes fans de TikTok, Insta, Snapchat aura une conséquence immédiate : nos jeunes viennent de se rendre compte de l’extrême violence du système colonial.
Et donc de la réalité de notre pays. C’est l’une des leçons de ce mouvement.
Danik Zandwonis, Directeur des Rédactions

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