Guadeloupe. Sport. Terre de champions ou terre des faillites ?
Guadeloupe. Sport. Terre de champions ou terre des faillites ?
Pointe-à-Pitre, lundi 14 septembre 2026 | CCN.
2026 aura été une année plutôt difficile du côté des ligues. Quand elles ne sont pas liquidées (football et natation), elles sont en grande difficulté et peinent à demeurer des partenaires solides aux côtés des clubs. Mais cette grande maladie qui semble décimer le sport guadeloupéen ne s’explique pas uniquement par des malversations ou des guerres d’égo.
Par Mary Srenet.
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Pointe-à-Pitre, lundi 14 septembre 2026. CCN. 2026 aura été une année plutôt difficile du côté des ligues. Quand elles ne sont pas liquidées (football et natation), elles sont en grande difficulté et peinent à demeurer des partenaires solides aux côtés des clubs. Mais cette grande maladie qui semble décimer le sport guadeloupéen ne s’explique pas uniquement par des malversations ou des guerres d’égo.
En l’espace de quelques mois, la Guadeloupe a vu deux ligues majeures placées en liquidation judiciaire. En début d’année, la ligue guadeloupéenne de football, depuis remplacée par une nouvelle entité sous haute surveillance de la Fédération Française de Football (FFF), et puis en juillet, la ligue de natation. À elles deux, elles représentaient plus d’un siècle de l’histoire sportive du pays. Ces faillites successives ont déclenché une alerte et poussé l’opinion à s’interroger sur la santé du sport local. Sans surprise, le diagnostic est mauvais, toutefois, les causes ne se résument pas à une simple mauvaise gestion. Le mal qui ronge en ce moment le mouvement sportif local est profond et multifactoriel.
Une démographie en tension
La Guadeloupe a une population qui vieillit. En 25 ans, les naissances ont chuté de plus de 50,8 %, passant de 6 664 par an en 2020 à 3 388 en 2025. Entre 2005 et 2020, la pratique sportive est en recul chez les plus jeunes sur toutes les tranches d’âge entre 5 et 19 ans. Chez les 15-19 ans, elle est en recul de 17,9 % et chez les 14-19 ans, les licences dégringolent de 42 %.
La crise sanitaire, souvent agitée comme un épouvantail, a certes ébranlé le sport gwadloupeyen, mais elle a surtout révélé ses faiblesses structurelles.
La première d’entre elles, la difficulté de renouveler les générations dans un contexte démographique en forte tension. Quand bien même les clubs trouvent des jeunes à encadrer et à inspirer, les pertes inévitables de profils, le long des années, couplées au faible remplacement sur les catégories les plus jeunes, créent presque une désertification qui a raison de la stabilité des clubs et des ligues.
Une vraie crise financière
Les associations sportives n’échappent pas à la tornade financière actuelle. L’appel d’air permis par l’organisation des Jeux Olympiques de Paris est bien loin. Pourtant, les données chiffrées n’ont pas permis de déceler une baisse des financements publics dédiés au sport, ce qui pose problème c’est la durée de décaissement. Un problème qui se retrouve tant dans la mobilisation des aides de l’État que celles des collectivités majeures. Car il ne fait aucun doute que la Région et le Département sont des financeurs actifs du sport, mais quand elles arrivent, provoquant toujours une tension des finances des associations.
Auparavant, l’engagement des partenaires privés permettait de garder la tête hors de l’eau mais depuis la crise sanitaire, les financements privés sont en chute libre. Si l’économie, soutenue par le « quoi qu’il en coûte », a pu artificiellement redémarrer, le trou d’air provoqué par l’arrêt des aides Covid, aggravé par les difficultés de conserver un gouvernement après la dissolution de l’Assemblée Nationale en 2024 qui ont empêché le vote de budgets favorables aux dernières colonies françaises ainsi que le renouvellement de certaines subventions, a dégradé progressivement le climat des affaires et contraint les entreprises à revoir à la baisse les enveloppes de sponsoring.
Sans possibilité de lever des fonds, les ligues et clubs fragiles financièrement n’ont pas été en mesure de maintenir un budget à l’équilibre.
Déconnexion entre les clubs et les ligues
Dans cet univers impitoyable, les ligues et les clubs ont commencé à se désynchroniser. Capables de monter leurs propres budgets et de mener leurs propres actions, les clubs se sont peu à peu détournés des ligues vues comme des champs de bataille politiques. Pour les ligues, la panne de financement a entraîné la panne d’inspiration.
Les derniers projets de développement agressifs menés par des ligues sont à chercher du côté du badminton, du rugby, et du tennis grâce au dynamisme de certains clubs, à l’émergence de nouveaux sports, mais surtout à une politique volontariste mise en place au niveau de la fédération depuis quatre ans.
En dehors de cela, c’est presque le désert. Les ligues ne font presque plus de développement, se contentant d’encadrer, de loin, le déroulement de la saison. Plus de politique de conquête des jeunes, plus de projet pour encadrer le sport des filles, pourtant majoritaire dans la population locale, quant au sport adapté, si la DRAJES n’y met pas le nez, c’est le désert le plus total.
De même, la formation, encore une nouvelle prérogative de la ligue, est laissée pour compte. Les éducateurs se font rares et les plus investis se forment sur YouTube ou financent eux-mêmes leur montée en compétence dans les institutions du sport français.
Les seuls projets qui émergent sont à mettre au crédit de la volonté féroce de ceux, ou celles qui les portent. Mais ce n’est pas ainsi que le sport fonctionne.
À cela s’ajoutent des difficultés chroniques de gestion. L’incapacité de réunir des justificatifs pour décaisser de nouvelles subventions, et le détournement des enveloppes allouées à des programmes spécifiques.
Les clubs ont donc appris à ne pas compter sur leur seul partenaire majeur.
Un nouveau modèle qui coince le sport guadeloupéen
Mais tous seuls, les clubs ne peuvent pas porter le développement de leur discipline, ils n’en ont ni l’autorité administrative ni les moyens financiers. Cela entraîne même leur paupérisation et celle des parents des athlètes obligés de supporter tout ou partie des frais liés aux compétitions.
Quand arrivent les grandes échéances, les marges sont bien minces. Partir dans la Caraïbe, ou même sur le circuit français cela devrait être l’affaire des ligues grâce à la mobilisation de fonds dédiés avec des frais séparés entre le club, la ligue et en dernier, les familles.
Par ailleurs, le mantra « terre de champions » produit un biais presque mortifère. Les sports ont tendance à ne privilégier que la compétition et le haut niveau dans l’espoir d’aller conquérir les titres et les médailles. Or, si le talent de nos jeunes ne fait aucun doute, il ne pousse pas de champion à tous les coins de rue. L’investissement humain et financier nécessaire à son émergence est énorme.
Alors que les réformes successives de l’éducation nationale ont coupé les liens possibles avec les ligues, il s’agirait de mettre les bouchées doubles sur le loisir, capable de créer le volume nécessaire à la détection des talents.
La mort d’une ligue n’est pas rien. C’est la mort de tout espoir de développement de politique sportive pour une discipline. Une politique qui doit amener à encadrer et révéler le potentiel des pratiquants, et non à mener celui qui la met en place jusqu’aux bancs, de la Région ou du Département.
Par Mary Srenet pour CCN.


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