Imane Sioudan et Danik Zandwonis

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Guadeloupe. Social. Les salariés de l’ex LGF sont-ils hors jeu ou sur le banc de touche ?

Stade de football vide en Guadeloupe, symbole de la crise des salariés de la LGF

Guadeloupe. Social. Les salariés de l’ex LGF sont-ils hors jeu ou sur le banc de touche ?

Guadeloupe. Social. Les salariés de l’ex LGF sont-ils hors jeu ou sur le banc de touche ?

Stade de football vide en Guadeloupe, symbole de la crise des salariés de la LGF
La liquidation judiciaire de la LGF a laissé 17 salariés dans l'incertitude.

Guadeloupe. Social. Les salariés de l’ex LGF sont-ils hors jeu ou sur le banc de touche ?

Pointe-à-Pitre. Mercredi 12 août 2026 | CCN. 

Depuis plusieurs années, on le voit, le football guadeloupéen vit des heures sombres. La gouvernance de Jean Darton a été catastrophique à tous les niveaux. Son retrait obligé après ses déboires judiciaires et sa condamnation par le tribunal des prud’hommes suite au licenciement d’un salarié sont les preuves visibles que Darton a véritablement « koulé » la LGF. Une fois de plus, face à l’incapacité des responsables de la LGF, c’est le « papa blanc » (la Fédération Française de Football) qui a dû reprendre le dossier au fond de l’eau pour essayer de « sauver » ce qui pouvait l’être. Donc en mars dernier, après 68 ans d’existence, la LGF a été judiciairement liquidée. Quelques mois plus tard, l’ex Ligue Guadeloupéenne de Football devient Ligue de Guadeloupe de Football et le nouveau patron se nomme Kenny Jean Marie. Il est Guadeloupéen, il ne peut en aucun cas ignorer que chômage et précarité sont des réalités récurrentes. Rudy Manin, qui est président d’un club de foot donc bien au fait et attentif à la situation du foot guadeloupéen, a adressé ce courrier à Kenny Jean Marie : sera-t-il entendu ?

Par Rudy MANIN – Président de L’UNAR – Candidat à la présidence de la Ligue Guadeloupéenne de Football (2024).

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Kenny Jean Marie
Kenny Jean Marie le nouveau patron du foot de Guadeloupe

Lors de l’Assemblée générale ordinaire de la Ligue Guadeloupéenne de Football du 21 juin 2026, j’avais pris la parole pour poser une question qui me paraissait essentielle : qu’allait-il advenir des 17 salariés de la Ligue ?

Je l’avais directement adressée à Monsieur Kenny Jean Marie, alors préfigurateur de la nouvelle Ligue et participant à cette Assemblée générale en visioconférence, ainsi qu’à Maître Alain Miroite, présent dans la salle en sa qualité d’administrateur judiciaire.

À cette date, chacun connaissait la gravité du contexte. Par jugement du 24 mars 2026, le tribunal judiciaire de Pointe-à-Pitre avait prononcé la liquidation judiciaire de la Ligue Guadeloupéenne de Football, tout en autorisant la poursuite de son activité jusqu’à la fin de la saison sportive.

Plus d’un mois après cette Assemblée générale, nous restons sans réponse précise. Les 17 salariés ont depuis été licenciés. Certains ont été repris ou sont appelés à l’être par la nouvelle Ligue ; d’autres ont d’ores et déjà été informés qu’ils ne le seraient pas.

Derrière ces emplois, il y a des femmes et des hommes qui ont travaillé au service de notre football, parfois depuis de nombreuses années, ainsi que des familles qui subissent aujourd’hui les conséquences d’une crise dont ces salariés n’étaient ni les décideurs ni les responsables.

LGF : des zones d’ombre sur les critères et les responsabilités

Jean Dartron
Jean Dartron Sa gouvernance catastrophique a « koulé » la LGF

La liquidation judiciaire a fait disparaître la personne morale, mais pas son activité. La Ligue de Guadeloupe de Football a été créée pour assurer l’organisation territoriale du football sur le même territoire, auprès des mêmes clubs et dans le cadre des missions relevant de l’organisation fédérale.

La structure juridique a changé, mais l’activité demeure.

Dans ces conditions, selon quels critères certains salariés ont-ils été repris et d’autres non, notamment lorsque leurs fonctions subsistent et peuvent être confiées à de nouvelles personnes ?

Se pose également le cadre juridique retenu pour leurs contrats de travail. L’article L.1224-1 du Code du travail prévoit, lorsque ses conditions d’application sont réunies, la poursuite des contrats en cours en cas de modification de la situation juridique de l’employeur.

Sans prétendre trancher ici son applicabilité, nous souhaitons savoir si cette disposition a été examinée, par qui et quelles conclusions en ont été tirées.

Les salariés n’étaient pas membres du Conseil de Ligue. Ils ne décidaient ni des orientations budgétaires ni des choix de gestion. Pourtant, ce sont eux qui supportent aujourd’hui les conséquences humaines et sociales les plus immédiates de la liquidation.

Il est donc légitime de demander quelles suites ont, parallèlement, été données concernant ceux qui avaient la charge d’administrer et de gouverner l’ancienne Ligue.

Il ne s’agit ni de réclamer des sanctions par principe ni de désigner arbitrairement des responsabilités individuelles. Mais lorsqu’une gestion conduit une Ligue jusqu’à la liquidation judiciaire, les conditions dans lesquelles elle a été administrée et les responsabilités susceptibles d’en découler ne peuvent rester sans examen. L’ancien Président de la Ligue a certes depuis démissionné de ses fonctions, mais cette démission ne saurait à elle seule clore cette question, qui doit également être examinée à l’échelle de l’ensemble du Conseil de Ligue alors en fonction.

Notre interrogation porte donc sur les procédures disciplinaires internes prévues par les règlements de la Fédération Française de Football et relevant directement de sa compétence. Quelles dispositions ont été prises dans ce cadre pour examiner les responsabilités liées à la gouvernance de l’ancienne Ligue ?

Les instances fédérales compétentes ont-elles été saisies ? Des procédures disciplinaires internes ont-elles effectivement été engagées, comme l’avait annoncé la Fédération Française de Football ? Dans l’affirmative, où en sont-elles aujourd’hui ? Dans le cas contraire, nous souhaitons connaître les raisons pour lesquelles aucune suite n’a été donnée sur le plan fédéral.

Ces préoccupations ne sont pas nouvelles. Lors de l’Assemblée générale du 21 juin 2026, les représentants des clubs ont, dans leur grande majorité, refusé d’approuver la gestion qui leur était soumise au vote, traduisant ainsi leurs fortes réserves sur la manière dont cette période avait été conduite.

Une reconstruction de la Ligue Guadeloupe de Football sans réelle ouverture

La création de la nouvelle Ligue devait permettre de repartir sur des bases plus saines et plus solides. Une reconstruction rendue nécessaire par une liquidation judiciaire doit aussi se traduire par une évolution des pratiques et de la gouvernance.

Or, certaines personnes qui exerçaient déjà des responsabilités dans l’ancienne organisation ont été reconduites dans leurs fonctions ou sont associées à la nouvelle présidence dans le cadre de missions ou de commissions.

Dans le même temps, à notre connaissance, aucun appel à candidatures ni appel à manifestation d’intérêt largement ouvert aux acteurs du football guadeloupéen n’a été organisé afin de permettre à d’autres compétences de participer.

L’urgence est souvent avancée pour expliquer certains choix de cette période de transition. Nous pouvons entendre qu’elle ait imposé des décisions rapides pour assurer la continuité de notre football. Mais la création d’une nouvelle Ligue était connue depuis plusieurs mois et permettait d’organiser, même simplement, une démarche plus ouverte.

Il ne s’agissait évidemment pas d’écarter ceux qui participaient déjà au fonctionnement de l’ancienne structure. Leur expérience et leur connaissance des dossiers peuvent être utiles. Mais reconstruire ne signifie pas reconduire automatiquement ; cela suppose aussi de permettre à de nouveaux profils de proposer leur contribution.

L’urgence peut expliquer que l’on aille vite. Elle n’explique pas que l’on n’ouvre pas.

Nous ne voulons pas que s’installe parmi les clubs le sentiment que la liquidation aurait finalement conduit à un simple changement d’enveloppe juridique, sans évolution réelle des pratiques.

Salariés LGF : une demande de transparence, pas une opposition

Je souhaite également être clair sur le sens de ma démarche.

En ma qualité de président de club et de candidat à la présidence de la Ligue Guadeloupéenne de Football lors de l’élection de 2024, à l’occasion de laquelle la liste que je conduisais, « Nouvel Ère – Convaincre plutôt que vaincre », avait recueilli 38 % des suffrages exprimés, j’aurais pu adopter depuis le début de cette crise une posture d’opposition systématique.

Je ne l’ai pas fait.

J’ai au contraire formulé des propositions lorsque je pensais pouvoir être utile, tout en laissant le préfigurateur conduire sa mission. Ma priorité était que notre football continue à fonctionner et qu’une nouvelle Ligue puisse voir le jour sur des bases solides. Je souhaite pleinement aujourd’hui sa réussite.

Mais soutenir la reconstruction ne signifie pas renoncer à poser les questions qui doivent l’être, ni oublier ce qui s’est passé.

Les clubs qui avaient soutenu ma candidature et la liste « Nouvel Ère – Convaincre plutôt que vaincre » en 2024 sont en phase avec cette démarche. D’autres, qui n’avaient pas fait ce choix à l’époque, partagent aujourd’hui ces préoccupations. Ce courrier n’est donc pas le prolongement d’une élection passée, mais l’expression d’une attente légitime qui la dépasse largement.

Nous souhaitons obtenir des réponses claires sur le traitement des anciens salariés et le cadre juridique retenu, les suites données aux procédures internes annoncées concernant les responsabilités ayant conduit à la liquidation, ainsi que les critères qui président à l’organisation et à la gouvernance de la nouvelle Ligue.

Notre demande est simple : la transparence.

Elle est indispensable pour restaurer la confiance et nous assurer que les enseignements de cette crise ont réellement été tirés. Il serait difficile d’accepter que ceux qui n’étaient pas responsables de la gestion de l’ancienne Ligue soient finalement ceux qui en auront payé le prix le plus lourd.

Les salariés méritent des réponses. Les clubs également.

Rudy MANIN
Président de L’UNAR
Candidat à la présidence de la Ligue Guadeloupéenne de Football (2024)

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