Imane Sioudan et Danik Zandwonis

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Guadeloupe. Pawol lib. Invitée partout, maîtresse de rien : la Guadeloupe sans voix à la table caribéenne

Guadeloupe. Pawol lib. Invitée partout, maîtresse de rien : la Guadeloupe sans voix à la table caribéenne

Un go-fast navigue à grande vitesse dans l'arc antillais caribéen, illustrant le narcotrafic maritime aux Antilles.
La Caraïbe sous surveillance : le Plan ANTI prévoit le déploiement de radars en Guadeloupe pour intercepter les embarcations de narcotrafic.

Guadeloupe. Pawol lib. Invitée partout, maîtresse de rien : la Guadeloupe sans voix à la table caribéenne

Fort-de-France, Mardi 30 juin 2026. CCN. Pawol Lib.

La Guadeloupe voix caribéenne, c’est l’enjeu de la semaine : deux conférences internationales se tiennent en Martinique sur l’avenir du bassin caribéen, et la Guadeloupe y est invitée — sans parole propre. Pour Michel Morice, ancien chef de cabinet de Victorin Lurel à la Région Guadeloupe et secrétaire fédéral aux relations internationales de la Fédération socialiste de Guadeloupe, cette absence n’est pas une fatalité institutionnelle : elle est le reflet d’une carence politique. Pendant que la Guyane intègre la CARICOM et que la Martinique co-anime le dialogue régional, la Guadeloupe arrive à la table avec deux exécutifs qui ne se parlent pas et sans stratégie internationale depuis dix ans. Les outils existent pourtant. Le congrès des élus a déjà agi. Le contrat de gouvernance concertée a existé. Ce qui manque, selon Morice, ce n’est ni la loi ni les institutions : c’est la volonté politique.

Tribune par Michel Morice
Secrétaire PS en charge des relations internationales

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La Guadeloupe voix caribéenne — ou plutôt son absence — est au cœur de la semaine politique régionale. Deux conférences internationales se tiennent en Martinique sur l’avenir du bassin caribéen, et la Guadeloupe y est invitée. Pourtant, elle y arrivera sans parole propre. Pour Michel Morice, ancien chef de cabinet de Victorin Lurel à la Région Guadeloupe, cette faiblesse n’est pas institutionnelle : elle est politique.

Le calendrier d’une semaine décisive

DatesÉvénement

29 juin
au 3 juillet

Conférence régionale de sécurité des Antilles (Fort-de-France) — États et organisations régionales; présentation du Plan ANTI; déclaration politique
1er au
3 juillet
XVIIIe Conférence de coopération régionale Antilles-Guyane (Martinique) — État et collectivités françaises d’Amérique; plénières, ateliers, feuilles de route
2 juilletSessions « UE et coopération régionale », « sargasses », « diplomatie des organisations régionales » ; premières sessions conjointes coopération × sécurité
3 juilletClôture de la CCRAG ; colloque de la Sorbonne « L’action internationale des outre-mer » (après-midi)

Deux tables, une même question

La première table, celle de la Conférence régionale de sécurité des Antilles, réunit à Fort-de-France une trentaine d’États et les grandes organisations régionales — CARICOM, OECO, AEC — aux côtés des partenaires européens et du G7. On y présente le Plan ANTI, le plan d’urgence contre le narcotrafic aux Antilles et en Guyane, dont le volet « cordon sanitaire » prévoit le déploiement de radars en Guadeloupe. Ce plan, qui concerne d’abord nos pays, a été décidé au sommet de l’État, sans vote ni présentation devant nos délégations — et le voici exposé à trente États étrangers.

La seconde table, celle de la XVIIIe CCRAG, est la nôtre — du moins en principe. Conférence de coopération régionale instituée par la loi du 13 décembre 2000, elle réunit l’État et les cinq collectivités françaises d’Amérique. La Guadeloupe y siège, comme la Martinique, la Guyane, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Il serait donc faux de dire que nous sommes absents : nous sommes invités. La vraie question n’est pas là.

Être invité n’est pas conduire

Car cette conférence est présidée par la ministre des Outre-mer et préparée par un ambassadeur de la République. C’est un cadre conçu, convoqué et piloté par l’État. Y siéger, c’est participer à la coopération que l’État organise ; ce n’est pas conduire une diplomatie territoriale qui serait la nôtre. Entre 2005 et 2014, la Guadeloupe disposait d’une amorce d’architecture diplomatique propre : des postes à l’étranger, un statut d’observateur à l’Association des États de la Caraïbe, une candidature à la CARICOM. Cet outillage a été démantelé à partir de 2015, sans équivalent depuis. Nous avons troqué une voix propre contre un siège d’invité.

Pendant ce temps, la carte se redessine

Le contraste avec nos voisines est saisissant. La Guyane avance : en mai 2026, elle a rejoint la Caribbean Telecommunications Union — un organe de la CARICOM — et son adhésion à la CARICOM elle-même est attendue pour juillet. La Martinique structure : membre associé de la CARICOM, elle accueille et co-anime le dialogue régional. La Guadeloupe, elle, se présente à la table avec deux exécutifs distincts — une Région et un Département qui n’ont jamais accordé leur gouvernance — et sans feuille de route internationale depuis dix ans. Là où la Guyane intègre et où la Martinique structure, la Guadeloupe attend.

Une asymétrie qui ne date pas d’hier

Cette voix, pourtant, la Guadeloupe a déjà tenté de la porter. Le 7 novembre 2011, son congrès des élus départementaux et régionaux se réunissait à Basse-Terre sur la violence et l’insécurité. Les élus y demandaient à l’État une couverture radar autour de l’archipel « pour repérer et faciliter l’interception des bateaux utilisés dans le trafic de stupéfiants », l’installation d’un officier de liaison en Dominique, et votaient le principe de financer eux-mêmes des véhicules pour la police et la gendarmerie. La réponse de l’État fut le retrait. Quinze ans plus tard, ces radars que la Guadeloupe réclamait, l’État s’apprête à les déployer — au titre du Plan ANTI. Le diagnostic était juste, et précoce. Il lui manquait une voix pour le porter jusqu’au bout.

La faiblesse est politique, pas institutionnelle

Qu’on ne s’y trompe pas : notre faiblesse ne vient pas de nos institutions. Les outils d’une voix commune existent. Le congrès des élus peut réunir Région, Département et maires et transmettre une position au gouvernement. La Région et le Département s’étaient même liés par un « contrat de gouvernance concertée » — commissions mixtes, concertation permanente, action coordonnée. Et deux collectivités ne sont pas un handicap : partout dans l’Hexagone, région et département coexistent et coopèrent sans obstacle.

Notre faiblesse vient d’ailleurs. Il nous a manqué non des compétences ni des outils, mais l’ambition, la constance et l’engagement politique de ceux à qui nous confions ces responsabilités. On ne se hisse pas à la table caribéenne par un statut : on s’y impose par la constance, le sérieux et la force d’une volonté politique.

Trouver notre voix : le chantier est ouvert

Il nous faut une seule chose, et c’est la plus difficile : nous concerter, nous comprendre, et cesser la guerre — celle des calendriers électoraux, celle des ego. Le jour où ceux qui nous gouvernent choisiront l’engagement et la concertation plutôt que la rivalité, la Guadeloupe ne se contentera plus d’un siège d’invité : elle parlera d’une seule voix, et cette voix, personne ne pourra l’ignorer.

Les conférences de cette semaine ne sont pas une humiliation à dénoncer : elles sont un miroir. Elles nous montrent une Guadeloupe présente partout et maîtresse de rien. Les outils existent. Le précédent existe. Nos nations voisines montrent la voie. Reste à le vouloir.

Sources : Ministère de l’Intérieur (Plan ANTI); ccrag.fr (XVIIIe CCRAG); Légifrance; résolutions du Xe Congrès des élus (7 novembre 2011).

Michel Morice Secrétaire PS en Charge des relations internationales
© Michel Morice 2026 | Tous droits réservés.

Michel MORICE

Ancien chef de cabinet (2005–2014) de Victorin Lurel à la Région Guadeloupe.
Secrétaire fédéral aux relations internationales de la Fédération Socialiste de Guadeloupe.

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